Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
(please follow) the golden path

Films, littérature, etc.

rien pour plus tard

Publié le 22 Juin 2015 par F/.

rien pour plus tard

"Mis à part la respiration qui s'arrête, le sommeil et la mort se ressemblent tant." James Salter est mort vendredi 19 juin dans un club de gym de Sag Harbor, bourgade côtière des Hamptons, lors d'une séance ré-éducative consécutive à une légère faiblesse du cœur. Le cœur : son point faible et d'incandescence, l'axis mundi d'un œuvre délicate chroniquant le déferlement chaotique du temps. Les livres de ce gentleman étaient publiés aux éditions de l'Olivier avec, on le sentait, un soin particulier, de l'amour. Je nourrissais pour James Salter une affection particulière, de celle qu'on réserve aux figures légendaires et lointaines. Il avait atteint un âge étrange (90 ans) où l'on ne meurt plus vraiment parce que, dans l'esprit des gens, on est déjà mort - ou à tout le moins figé dans une sorte de sursis éternel. Il était l'élégance incarnée ; souvent, portait des chemises bleues accordées à son regard bleu-gris. "Il y a des moments ou l'on est important, d'autres ou on existe à peine." La prose de l'homme, tirée à quatre épingles, était toute de concision, de précision. Brûler la vie puis tamiser les cendres, voilà comment il procédait. Chaque mot juste, pesé, évalué comme la balle d'un fusil, rien de trop, rien de gras, rien d'affecté - il parlait de l'amour comme on parle de la guerre (un sujet qu'il connaissait bien, lui l'ancien pilote de l'US Air Force parti en Corée en 1952) au pays terrible des frappes chirurgicales. Ses mémoires, ses histoires, tout se confondait un peu. On avait eu, récemment, l'occasion de s'extasier en privé sur Et rien d'autre (All that is), sixième et dernier roman d'un vieillard alerte à propos duquel - un problème récurrent, avec ses livres - il était bien difficile d'émettre un jugement autre que "c'est parfait." Parce que oui, tout était là, l'essence de la vie raclée jusqu'à l'os, le squelette d'une narration bizarrement exhibée, les circonvolutions de l'âme passées au microscope d'une écriture sèche, volontiers digressive, ne jugeant jamais parce que laissant cette trivialité au lecteur. Et puis plus rien. Lieutenant Horowitz ? Rompez. Sans doute, nous ne mourons pas : c'est juste le monde qui nous quitte. "Cela n'a été qu'un rêve. Une longue journée, un interminable après-midi, des amis s'en vont, nous restons sur la berge."

commentaires

bonjour Tristesse

Publié le 21 Juin 2015 par F/.

bonjour Tristesse

Kuana Torres Kahele et Napua Grieg, bienheureux artistes hawaïens, chantent sur fond de ressac, d'éruptions douces et de cris d'oiseaux la complainte d'un volcan épris mais solitaire : c'est Lava, le court-métrage tire-larmes de James Ford Murphy, présenté en ouverture du fantastique Vice-Versa starring Uku, la grosse montagne placide, et Lele, la belle impossible, qui n'émerge au son de la chanson que lorsque son soupirant disparaît. C'est, surtout, une ballade composée par Jim Murphy lui-même (ukulélé à l'appui, forcément) et qui rappelle que Pixar reste sans rival dans l'art si délicat de la fable : ici, l'on célèbre les noces du l'eau et du feu, l'on chante l'impermanence et la fusion, ce qui arrive quand on n'y croit plus.

De Vice-Versa lui-même, que dire ? C'est un film bouleversant d'intelligence, tout simplement, et je sais déjà que je le reverrai, ne serait-ce que pour ne plus réfléchir et analyser sans cesse ce qui se passe à l'écran - une des nombreuses malédictions dont est affublée l'espèce humaine et dont le réalisateur a sans doute bien pris l'ironique mesure. Quelques scènes, donnant une idée de l'ampleur conceptuelle de l'ensemble : Joie et Tristesse empruntent le raccourci de l'abstraction pour rejoindre le train de la pensée qui ne roule que le jour - la nuit, dans les studios des rêves, des réalisateurs fatigués placent des filtres sur leurs caméras tandis que des gestionnaires de souvenirs, calepins en main, arpentent des labyrinthes quasi infinis pour détruire ce qui ne sert selon eux plus à rien. Des îles conceptuelles qu'on croyait éternelles s'effondrent dans le gouffre de la mémoire morte surplombant les tunnels de l'inconscient, Tristesse, hilarante, pleure d'être si triste et se laisse traîner au sol en gémissant que tout est sa faute tout le temps, Peur et Colère se disputent la place devant la console de contrôle cependant que, dans le monde physique, une pré-ado paumée, incapable de comprendre ce qui se passe, entre comme anesthésiée dans la terra incognita de l'adolescence. Et c'est un film pour enfants aussi, figurez-vous, fascinant d'invention, exceptionnellement intelligible, un bijou cérébral coloré et joyeusement triste qui ne parle que de deuil. Selon une étude américaine citée par Pete Docter, le wonderboy croyant d'Emeryville à qui l'on doit déjà Monstres & Cie et le merveilleux Là-haut !, la capacité à décrypter des émotions n'est jamais aussi forte que chez les jeunes filles de 11 à 13 ans. La mienne en a 12 mais comme le dit Joie : "franchement, je ne vois pas ce qui pourrait se passer."

bonjour Tristesse
commentaires

vers l'infini et au-delà

Publié le 19 Juin 2015 par F/.

vers l'infini et au-delà

"Où sont vos plaisanteries maintenant ? vos escapades ? vos chansons ? et ces éclairs de gaieté qui faisaient rugir la table de rires ? Quoi ! plus un mot à présent pour vous moquer de votre propre grimace ?" C'est dans les entrailles de la scène 1 de l'acte V du Hamlet de Shakespeare que feu David Foster Wallace a déniché le titre de son magnum opus, Infinite Jest (L'Infinie comédie en VF), commencé "plus ou moins" en 1986 et publié dix ans plus tard chez Little, Brown - un roman monstre dont la traduction française, annoncée depuis une bonne décennie, arrive enfin en septembre. Lucides, les éditions de l'Olivier ont commencé par envoyer aux journalistes les épreuves des 200 premières pages (le livre final devrait en compter 7 fois plus). J'y ai retrouvé la tirade mirifique qui m'avait tant plu au moment de la sortie américaine : "Dieu semble avoir un mode de gestion laxiste dont je ne suis pas fan" - bref. Faute de mieux, je copie/colle le résumé de ce roman irréductible qui relève moins, à mes yeux, d'un improbable exercice méta-fictionnel que d'une ode hystérique et gargantuesque à la fiction elle-même, à l'essence même du personnage ("fiction's about what it is to be a fucking human being", répétait Wallace, qui a par ailleurs fini par se pendre) - la pochade mortellement sérieuse d'un Pynchon hilarant et dépressif qui n'aurait jamais eu la chance ou le malheur de voir se consumer les sixities : "Le lieu : l'Amérique du Nord (les U.S.A., le Canada et le Mexique ont fusionné pour former une fédération.) L'époque : le futur proche. La Société du spectacle a gagné, et la population hébétée par la télévision, les loisirs et la consommation à outrance ne songe plus qu'à se distraire. Le décor : une académie de tennis et un centre de désintoxication. Les personnages principaux: la famille Incandenza, qui rappelle la fameuse famille Glass des romans de Salinger, avec ses parents excentriques et ses enfants, géniaux - dont Hal, adolescent tennisman surdoué. Mais aussi un groupe de séparatistes québécois, « Les Assassins en Fauteuil Roulant », entrés en résistance. Ils convoitent une arme redoutable : une vidéo clandestine créée par le père Incandenza, L'infinie comédie, qui suscite chez ceux qui la regardent une addiction mortelle. Que dire de plus ? Ce livre risque de semer une infinie pagaille lors de la rentrée littéraire : les journalistes qui décideront de le lire sérieusement (j'en avais moi-même avalé 600 pages en V.O. il y a des années, avant d'abandonner pour je ne sais plus quelle raison - après quoi je m'étais envoyé le reste de sa production publiée en français chez les amis du Diable Vauvert) pourront difficilement se consacrer au reste, et il ne s'agit pas seulement d'une question de temps. Quand vous revenez d'un voyage sur la lune, est-ce que vous avez vraiment envie de refaire de la trottinette tout de suite ?

commentaires

métaphysique pop

Publié le 17 Juin 2015 par F/.

métaphysique pop

Deux chansons qui font pleurer. Non : deux chansons qui font que tout s'arrête. Le monde, votre jugement. Vous êtes dans la rue, vous écoutez ça au casque et c'est comme si Dieu vous prenait sur ses genoux, allez, petit, souris pour la photo - paaarfait, et maintenant dégage, t'es pas tout seul. Chacune résume tout ; j'ignore laquelle est la plus puissante, la plus vraie, sans doute, on tient là le yin et le yang d'une certaine poétique pop existentielle, une voix, des violons, quelques minutes, et on ne vous dira jamais la vie en mieux.

A ma gauche, Is that all there is, écrite par le duo infernal Leiber and Stoller, auquel on doit notamment Stand by me, Stuck in the middle with you (popularisée par Reservoir Dogs), un certain nombre de hits d'Elvis Presley et, tiens ? une chanson reprise par Edith Piaf sous le titre L'homme à la moto... et dont la version la plus connue est celle interprétée, d'une voix merveilleusement lasse, par Peggy Lee. Is that all there is, c'est la vie en quatre actes - le feu, le cirque, l'amour, la mort -, l'histoire d'une femme perpétuellement déçue. Alors, c'est tout ?

I remember when I was a very little girl, our house caught on fire.
I'll never forget the look on my father's face as he gathered me up
In his arms and raced through the burning building out to the pavement.
I stood there shivering in my pajamas and watched the whole world go up in flames.
And when it was all over I said to myself,
"Is that all there is to a fire?"

Is that all there is?
Is that all there is?
If that's all there is my friends
Then let's keep dancing
Let's break out the booze and have a ball
If that's all there is

And when I was 12 years old, my daddy took me to a circus.
"The Greatest Show On Earth."
There were clowns and elephants and dancing bears.
And a beautiful lady in pink tights flew high above our heads.
And as I sat there watching, I had the feeling that something was missing.
I don't know what, but when it was over,
I said to myself,
"Is that all there is to a circus?"

Is that all there is?
Is that all there is?
If that's all there is my friends
Then let's keep dancing

Let's break out the booze and have a ball
If that's all there is

And then I fell in love, with the most wonderful boy in the world.
We would take long walks by the river
Or just sit for hours gazing into each other's eyes.
We were so very much in love.
Then one day, he went away and I thought I'd die.
But I didn't.
And when I didn't I said to myself,
"Is that all there is to love?"

Is that all there is?
Is that all there is?
If that's all there is my friends, then let's keep-

I know what you must be saying to yourselves.
"If that's the way she feels about it why doesn't she just end it all?"
Oh, no, not me.
I'm in no hurry for that final disappointment.
'Cause I know just as well as I'm standing here talking to you,
That when that final moment comes and I'm breathing my last breath
I'll be saying to myself-

Is that all there is?
Is that all there is?
If that's all there is my friends
Then let's keep dancing
Let's break out the booze and have a ball
If that's all there is

 

 

A ma droite : It was a very good year composée en 1961 par Ervin Drake (qui nous a quittés il y a quelques mois dans une indifférence générale, et avait pour sa part composé dans les années 40 le très beau Good Morning Heartache chanté par Billie Holiday) et rendue célèbre par Frank Sinatra en 1965 dans sa version en D mineur. La légende veut que le The Voice, un peu chafouin à l'aube de son cinquantième anniversaire, se soit arrêté de nuit au beau milieu du désert californien tandis que la chanson - la version du Kingston Trio, la première - passait à la radio, et ait eu la brillante idée d'ajouter plein de cordes. Ray Charles, Homer Simpson et les Flaming Lips comptent parmi les autres intérprètes de ce standard immortel, qui voit le narrateur se pencher avec mélancolie sur les douces années de sa jeunesse et leur inévitable cortège de romances.

 

When I was seventeen it was a very good year
It was a very good year for small town girls and soft summer nights
We'd hide from the lights on the village green
When I was seventeen

When I was twenty-one it was a very good year
It was a very good year for city girls who lived up the stair
With all that perfumed hair and it came undone
When I was twenty-one

Then I was thirty-five it was a very good year
It was a very good year for blue-blooded girls
Of independent means, we'd ride in limousines their chauffeurs would drive
When I was thirty-five


But now the days grow short, I'm in the autumn of the year
And now I think of my life as vintage wine from fine old kegs
From the brim to the dregs, and it poured sweet and clear
It was a very good year

It was a mess of good years

 

 

Alors, quelle est votre préférée ? (Oh, et je ne doute pas que d'autres titres de la même veine - beauté musicale + élégante simplicité + gouffre sans fond) vous viennent à l'esprit : le cas échéant, merci de faire partager.

commentaires

avant-rentrée

Publié le 15 Juin 2015 par F/.

avant-rentrée

Le temps s'échappant de mes doigts telle une poignée de sable pré-estival, je vais me permettre, une fois n'est pas coutume, de copier/coller/tronçonner un statut FB de Marie Musy, qui est au métier de libraire ce que Lionel Messi est, ces temps-ci, à celui de footballeur : "Je n'ai rien [...] contre la rentrée littéraire d'août-septembre [...] mais là on est en juin et je trouverais [...] fort utile, en fait, qu'on laisse et qu'on donne encore du temps aux livres parus entre, oh disons, janvier et maintenant. Les absents n'ont pas tort, ils ne sont simplement, pour la plupart des lecteurs, pas encore là, alors parlons des présents." Dont acte. Voici quelques livres formidables dont je n'ai hélas pas eu le temps de parler ailleurs et qui méritent plus que votre attention :

Jours tranquilles, brèves rencontres de Eve Babitz, pour commencer. Ouaip, il serait dommage de ne se souvenir de cette grande dame, née en 1943, que comme le sujet d'un cliché célébrissime signé Julien Wasser la présentant en train de jouer aux échecs contre Marcel Duchamp à 20 ans et dans le plus simple appareil. Eve Babitz, c'est, paradoxalement, une petite Nico californienne pragmatique qui aurait eu la bonne idée de ne pas mourir (et pourtant, ce n'est pas passé loin : en 1997, un stupide accident à base de cigare mal éteint a failli avoir raison d'elle, qui a mis un terme définitif à sa carrière). Eve Babitz, ci-devant filleule d'Igor Stravinsky, maîtresse de Jim Morrison et d'Harrison Ford, protégée de Joan Didion, c'est la pétulance et le glamour à l'état pur (on se penchera avec grand intérêt sur ce très bel article de Vanity Fair) mais c'est aussi - et surtout - un talent littéraire des plus vivaces. Son premier livre traduit en français est un chant d'amour dédié aux beautés vaporeuses de Los Angeles, dont l'introduction livre d'emblée la clé : "Il est bien connu que ce qui relève de la fiction doit avancer tout droit et ne pas serpenter parmi les buissons qui contemplent le comté d'à côté. Malheureusement, avec Los Angeles, c'est impossible." Un ouvrage d'une férocité, d'une drôlerie et d'une sensibilité irrésistibles.

Banjo de Claude McKay est paru récemment dans la collection replay des Éditions de l'Olivier (Olivier Cohen himself est venu en causer sur Nova il y a huit jours dans l'émission Neo Géo et c'était très chouette). Claude McKay, dont un passage de Marseille, depuis quelques jours, porte désormais le nom, est resté célèbre pour l'usage que Winston Churchill a fait de son poème If we must die : If we must die, O let us nobly die / So that our precious blood may not be shed / In vain ; then even the monsters we defy / Shall be constrained to honor us though dead ! ... afin de convaincre les Américains d'entrer en guerre contre l'Allemagne nazie. Jamaïcain naturalisé, poète en flammes, auteur engagé, McKay, qui parcourut longuement la Russie bolchévique dans les années 20., est l'auteur de trois romans. Banjo, le deuxième, se voit ici offrir une nouvelle édition. Salué en son temps par Césaire et Sanghor, c'est un poème foisonnant, endiablé et dénué de véritable intrigue, éminemment musical bien sûr, électrisé de blues et de jazz, une fanfare sans fards grouillant de putes, de bastons et de gueuletons joyeux sur fond de docks marseillais qui chante les amours impossible et l'ailleurs comme remède : "Allons, mon pote, on a assez de fric, à nous deux, pour se tirer bien loin d'ici." Délicieux comme l'été de vos rêves, trop sec, trop fort, inoubliable.

J'suis pas plus con qu'un autre, enfin, de Henry Miller aux éditions Buchet Chastel : 50 pages du grand fantôme de Big Sur publiées initialement en français en 1977, fautes d'orthographe et de syntaxe comprises. Pourquoi lire ce livre ? Parce que le génie de Miller s'y trouve concentré, péremptoire et indompté, un fleuve tumultueux, débarrassé par définition de toute afféterie stylistique, parsemé d'aphorismes et de songeries inspirées du genre "Nous nous souviendrons des auteurs qui nous ont donné de la joie plus longtemps que ceux qui nous ont fait penser." Miller parle de Dostoïevski, des rues de Paris, de son séjour de Simenon, de Lewis Carroll, de tout et de rien - ça s'achève trop vite, bien sûr, mais ça vous donnera furieusement envie de découvrir, si vous ne la connaissez pas, l’œuvre d'un géant qui, ici-même, n'avait pas besoin de savoir écrire pour le faire. (Oh, et ce petit livre m'a remis en mémoire le fait que j'ai bel et bien PERDU dans un déménagement un putain de feuillet original d'Henry Miller, cadeau d'un ami post-lycée dont le grand-père, traducteur, éditeur, avait côtoyé James Joyce, Samuel Beckett et Anaïs Nin, et avait gardé de ces années mythiques d'innombrables feuilles de papier A4 noircies de l'écriture ample, penchée et vengeresse de Miller - pensées drôles, vachardes -, la mienne déplorait, si je me souviens bien, le fait que la plupart des femmes couchaient de préférence avec des hommes friqués - d'un autre côté, l'aurais-je affichée dans mon salon ? N'empêche, je me boufferais.)

commentaires

Chicago now

Publié le 15 Juin 2015 par F/.

© Sacha Goerg
© Sacha Goerg

En septembre. 114 pages. Chez Delcourt / collection Mirages. A Chicago dans les années 50. Avec Sacha Goerg aux pinceaux, et d'après une histoire de l'ami R.J. Ellory. En pré-publication cet été dans Le Parisien magazine (je vous dirai).

commentaires

passer la sixième

Publié le 15 Juin 2015 par F/.

passer la sixième

Vous entrez en sixième. Votre enfant entre en sixième. Vos petits-enfants. Votre neveu, votre nièce, le fils de votre meilleure amie. Un petit-cousin ? L'ami du copain du filleul de votre concierge ? OK, quelqu'un de votre connaissance entre en sixième : l'Anti-guide de la 6e est fait pour vous (ou pour lui, ou pour elle). En 170 pages illustrées en couleur par Marine Blandin, et pour la modique somme de 9,90€ (voire moins encore si votre bien-aimé libraire vous accorde une remise de 5%), il permettra à sa lectrice/son lecteur d'aborder sans stress excessif cette étape tragi-comique de la scolarité, aussi intimidante qu'un fleuve boueux infesté de piranhas sachant que les piranhas, en vérité, ne s'attaquent quasi jamais à l'homme. Qui est Miss Embrouilleuse ? Qu'est-ce qu'un parent impliqué ? A quoi ressemble le programme d'Arts plastiques ? Pleurer est-il le meilleur moyen d'apitoyer ses parents ? Que veut réellement dire un prof quand il demande "Tout le monde a compris ?" Les réponses se trouvent à l'intérieur. Et le livre sort mercredi.

commentaires

au suivant

Publié le 3 Juin 2015 par F/.

au suivant

Dans quel film soi-disant d'horreur peut-on entendre des extraits de La Chanson d'amour de J. Alfred Prufrock de T.S. Eliot et de L'Idiot de Dostoïveski sur l'inéluctabilité de la mort ? J'avais déjà dit tout le bien, me semble-t-il, que je pensais de The Myth of the american sleepover de David Robert Mitchell, teen-movie d'une poésie et d'une beauté hors-normes, témoignant du véritable amour du réalisateur pour son sujet. Teenage angst, trouble des désirs et des corps, splendeur qui s'ignore : It Follows (que ne fait jamais vraiment peur mais intrigue sans cesse), qui forme de cette rêverie le pendant surnaturel, est une petite bombe existentielle à $2M et si horreur il y a, elle ne réside que dans cet insatiable questionnement : qu'est-ce qui nous suit ? L'intelligence du film, qui présente un monde en apesanteur, sans adultes, qui multiplie les contre-champs stressants et les plans fixes, c'est bien entendu de ne jamais répondre. Qu'est-ce qui nous suit ? Le "it" de la seconde tropique freudienne, soit la partie chaotique, a-temporelle de notre esprit, celle qui ignore le refus, autrement dit : allez savoir (l'expression américaine "go figure" serait bien sûr mille fois plus appropriée). Il est amusant de constater à quel point la critique yankee, jouant le jeu, s'est engouffrée dans cet espace sans limites, détectant à travers l'appareil symboliste déployé tout le long du film des allusions au SIDA et/ou à la révolution sexuelle - un certain dévoiement coupable fustigé dans 9 slasher movies sur 10. Car pour D.R. Mitchell, il ne s'agissait de rien d'autre, en définitive, que d'un rêve récurrent dans lequel quelqu'un, qu'il ne reconnaissait pas, le suivait. Le virus du SIDA est loin de se transmettre automatiquement. La peur, si. Le doute aussi. L'Amérique, qui n'a de cesse au cinéma d'interroger la cruauté insigne de ses adolescents et la vacuité hagarde de leur regard, a trouvé en la personne de Mitchell un chercheur bien plus subtil et efficace que la plupart de ses prédécesseurs. Ses ados, il les aime, il les caresse de sa caméra - il les suit, surtout, il les suit partout. A part la mort (voir mon récent post sur Kurt Cobain), il n'existe aucune façon connue d'échapper à la caméra que nous sommes. C'est pourquoi, à un moment, nous renonçons à fuir.

commentaires

when i was an alien

Publié le 2 Juin 2015 par F/.

when i was an alien

C'est plutôt facile de vouloir mourir. Parfois, on a l'impression de n'être que génétiquement équipé, et assez mal, encore, pour résister à l'idée de suicide : on a l'impression que ça ne tient qu'à ça, le temps que vous fassiez des gosses. Équipé, Kurt Cobain ne l'était pas. Un père inexistant, une mère qui pensait que l'amour ressemblait à une surprise trouvée dans une boîte de céréales, son esprit se résumait à une centrifugeuse cinglée remplie de billes en fer et des maux de ventre chroniques le torturaient. But hey, comme dirait Frank Black, si vous n'avez pas mal tout le temps quelque part, si vous n'avez pas sans cesse envie de hurler, si la vie ne vous apparaît pas tout à la fois comme un cadeau redoutable et comme un risible paquet de merde, c'est peut-être que vous êtes complètement con, non ? Kurt Cobain ne l'était pas. Kurt Cobain prenait des drogues. Soulevait sa guitare, l'arrachait à la pesanteur, la fracassait au sol : chroniquement aussi. On sait maintenant que deux accords suffisent pour envoyer le monde se faire foutre. Hurler. S'allonger sur une voie de chemin de fer et regarder le train arriver en hurlant plus fort que vous. Le train passe sur l'autre voie. Merde : cela veut sans doute dire que vous devez monter un groupe. Mais si vous êtes seul parce que vous savez, et si vous êtes non-équipé, que votre perception aiguë des choses et des personnes vous fouaille les tripes à chaque seconde, ça risque d'être facile. Trop facile. Nirvana. Extinction des feux. Fin de la souffrance. Libération. Trois disques. Dès le deuxième : succès planétaire, absurde, destructeur. Kurt Cobain dessine de petits personnages qui vomissent et qui saignent. Kurt Cobain n'est qu'amour mais c'est trop peu pour le feu du monde. Kurt Cobain supplie : "Entertain us". Kurt Cobain veut avorter le Christ. S'endort pendant les interviews. Transforme ses bras en passoire. Montre sa bite à la caméra. Lui, le porte-parole débraillé d'Aberdeen. Lui, le prophète sans message - à moins que "fuck you" soit la nouvelle parole divine (notez que ce n'est pas impossible). Courtney arrive, l'ange révélateur. Kurt "fait" un enfant. Le voici libéré de la mort permanente. De fait, la vraie mort ne tardera pas. L'un des moments les plus forts de Montage of heck, le magnifique documentaire HBO écrit et réalisé par Brett Morgen qui m'inspire cette rêverie matinale, tient dans ses deux premières minutes. Interviewé chez lui, Krist Novoselic soupire. Il est quasi chauve, maintenant. Semble un peu étonné d'avoir traversé cette vallée de flammes. Il dit en substance que tout était très clair. "Nous aurions dû voir les signes." Back to 1992. Festival de Reading. Des dizaines de milliers de fans crient leur dévotion à travers la nuit fuligineuse. Affublé d'une perruque pisseuse, Kurt débarque en chaise roulante, poussé par le journaliste Everett True. Krist l'encourage. "He’ll pull through. With the help of his friends and his family, he’ll pull through”. Kurt a le sourire le plus désolant du monde : un enfant à qui on vient d'expliquer la signification du terme "leucémie lymphoblastique." Soudain, il se lève. S'agrippe à son micro comme une vieille grabataire. D'une voix chevrotante, entonne le "Some say love is a river" de Bette Midler. Puis s'effondre, foudroyé en pleine lumière. Sur quoi le générique déboule, tel un psychopathe poursuivi par un essaim de guêpes. Le fond sonore ? Territorial pissings - le morceau le plus radical du groupe (et mon préféré, à vrai dire - il me rappelle mes 19 ans, j'étais en école de commerce, j'attendais d'être sauvé), morceau qui, faut-il le rappeler, s'ouvre sur l'injonction suivante : "Come on people now, smile on your brother and everybody get together, try to love one another right now " et s'achève sur "Just because you're paranoid, don't mean they're not after you". Tu aimes les gens, mais ils t'aimeront quand même. Ton nom scandé. Les rires de ta petite fille. Tu crèveras de savoir qu'on est toujours plus seul qu'on le croit. (Et je n'ai pu m'empêcher de songer, en écoutant ce presque vieux et très beau Kurt chanter d'une voix littéralement déchirée l'immortel et anonyme My girl - "I'm going where the cold wind blows..." - que, dans ce monde nouveau, le monde de l'iPhone 28 et des gémissements FB, ledit blondinet aurait eu la bonne idée de se flinguer beaucoup plus tôt ou de monter un groupe de folk anonyme et de partir faire la tournée des pubs du Kansas - une solution comme une autre pour arrêter de souffrir en vain.)

commentaires

et au milieu coule une rivière

Publié le 1 Juin 2015 par F/.

et au milieu coule une rivière

La triste vie de Bedřich Smetana : seul survivant d'une famille de onze enfants, il se marie : trois de ses propres filles décèdent. Sa femme meurt à son tour, aussi discrète qu'un soupir. Épousailles encore. Sa nouvelle femme le prend en grippe. "Je ne puis vivre plus longtemps sous le même toit qu'une femme qui me hait et me persécute." Si, tu peux. Mais tu es épuisé. Tu deviens sourd, d'une oreille, de la seconde. Pas assez pour ignorer les critiques qui s'abattent sur ton œuvre cependant, les jalousies, les sombres manœuvres de tes rivaux ourdies dans l'ombre. Mais Smetana compose encore : chacun connaît au moins sans le savoir La Vltava, deuxième poème de Má Vlast, merveilleux cycle de six poèmes symphoniques consacrés à la mère patrie. Il faut imaginer ce que devient la musique pour un sourd : chaque note posée sur la portée, des clés pour un monde impossible. Fermez les yeux et vous verrez la Moldau s'écouler, lente, inexorable, les paysans danser, la nuit de Bohème s'animer de mille prodiges. Et puis l'homme s'exile à Jabkenice, au nord-est de Prague (Kafka choisira Siřem au nord-ouest, lui, quoique pour d'autres motifs - décidément, cette petite mère a des griffes), et puis il devient fou, et puis il devient violent, comme si ces années convulsives ne pouvaient partager leur désir d'être taillées en pièces qu'entre la tuberculose et la syphilis. Des cauchemars grimaçants assaillent le maître. On aimerait connaître le torrent furieux qui les accompagnait. Smetana finit ses jours dans un asile. Demeure le fleuve.

commentaires

Afficher plus d'articles

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 > >>