(please follow) the golden path

La Réunion (7)

Publié le 23 Avril 2014 par F/.

Retour sur la côte après quatre jours dans les Hauts - deux à Salazie, deux aux abords du volcan et de la magnifique forêt de Bellouve. Une descente dans le cirque de Mafate, qui m'a donné une idée de roman, et une randonnée sur le volcan, 5h A/R et une bonne dose de chance, car le ciel était dégagé presque tout du long. Bercé par l'indolence de l'île, j'ai un peu perdu le désir de poster ici et sur Facebook. Il faut réapprendre avec patience et humilité à ne pas vivre les choses uniquement pour pouvoir en témoigner, d'autant que les mots - les miens en tout cas - ne seront jamais à la hauteur des expériences vécues ces derniers jours. Je posterai néanmoins quelques photos ici si je trouve du temps pour ça une fois rentré à Paris. A signaler, deux nuits passées dans un gîte fantastique à Plaine-des-Cafres : l'Estagnon, c'est son nom, se signale par un accueil remarquable et des prestations hors-normes. Nous le recommandons très chaudement. Ariel, le propriétaire, m'a appris à jouer avec les araignées de l'île, impressionnantes mais totalement inoffensives. La Nephila Nigra femelle me fait beaucoup rire : dès qu'on la touche, elle se met à secouer farouchement sa toile pour bien faire comprendre qu'il ne faut pas l'énerver ; c'est là, semble-t-il, sa manifestation d'agressivité maximale. C'est aussi, paraît-il, l'araignée qui tisse les plus grandes toiles du monde.

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La Réunion (6)

Publié le 18 Avril 2014 par F/.

Fin de mes interventions hier soir. Je ne vais pas décerner des bons points, mais mon passage au collège Le Bernica, à Saint-Paul, était tout bonnement un prodige d'organisation et d'enthousiasme.

Pour fêter la fin de mon périple, l'incomparable Gino - qui en vérité est bien plus qu'un chauffeur : un ami - nous a invités à dîner chez sa copine, dans les hauteurs de Trois-Bassins. La copine en question, une pré-sexagénaire alsacienne d'une gentillesse assez surnaturelle, habite une case labyrinthique où s'épanouissent chatons, margouillats et Nephila inaurata placides (je vous laisse chercher sur Google, ça vous fera la surprise). Nous avons mangé un carry aux patates douces qui avait apparemment mijoté toute la journée. Ah, le plaisir de déambuler nuitamment sur l'herbe mouillée du jardin de Marie-Paule, parmi les phasmes et les étoiles ! Et le fantôme de Pierre Bottero était là, quelque part, souriant comme à son habitude.

Retour à minuit. J'espère qu'on pourra bien continuer à écouter Free Dom en métropole. Dès qu'on monte en voiture, les enfants réclament la radio, désormais. Je peux vous dire que c'est autre chose que France Inter.

Aujourd'hui : glandouille masque-tuba à l'Ermitage. Demain : départ pour Salazie, le nord et l'est de l'île. J'ignore si je pourrai poster de là-bas.

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La Réunion (5)

Publié le 15 Avril 2014 par F/.

La Réunion (5)

Demain mercredi, à la Librairie Gérard de Saint-Denis, je dédicacerai mes livres de 15h à 17h.

Aujourd'hui, je suis allé dans un lycée professionnel de Sainte-Marie - une salle du CDI entièrement aux couleurs de Bal de givre à New York, dont plusieurs élèves ont traduit le début en créole. Très, très chouette intervention, et assez émouvante, à vrai dire - nous avons beaucoup parlé de mort.

Hier, Piton St-Leu et Trois-Bassins, au terme de routes sinueuses dans les Hauts noyés de brume. Pour la première fois hier après-midi, et à sa demande, j'avais emmené ma fille avec moi. Je me demande ce qu'elle a retenu de mon intervention, à part le fait que nous allons essayer de goûter aux larves de guêpes frites. La recette a l'air simple, et tous les enfants d'ici raffolent de ce plat plutôt facile à préparer, une fois que vous avez enfumé le nid. Quelques larves sautées dans un peu d'huile à la poêle, assaisonnées de sel et poivre uniquement - ce n'est pas plus bizarre que de manger des escargots ou des crevettes, hein ?

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pendant ce temps, à Kangaroo Island

Publié le 15 Avril 2014 par F/.

pendant ce temps, à Kangaroo Island

L'illustrateur glande en Australie, l'auteur chasse le tangue à La Réunion, il est plus que probable que nous n'entendions plus jamais parler de ces deux malfrats, alors voilà : Le Mystère de la momie, qu'on trouvera dès demain en vente dans toutes les bonnes boucheries-charcuteries du Loiret, devrait rester un peu comme leur testament spirituel.

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Réunion (4)

Publié le 12 Avril 2014 par F/.

Jeudi matin : un collège dans les hauteurs de Saint-Louis, des enfants qui chantent en créole (merveille !) et en guise de bienvenue : des gâteaux, tiens. Heureusement, on ne déjeunait qu'une heure plus tard. A présent, je pèse 163 kg. Ce matin, pour la première fois, je n'ai pas pris de petit-déjeuner ; mais trop tard, ça ne change plus rien.

Jeudi après-midi : collège Matisse à La Ravine des Cabris. Oui, il existe réellement un endroit qui s'appelle La Ravine des Cabris ; ça fait ma joie et ça me console d'avoir vécu à Bourg-la-Reine et Choisy-le-Roi, mmmvoyez. La prof de français, pimpante, adorable, est bretonne. Merde, j'ai l'impression que tout le monde ici est breton ou alsacien.

Jeudi soir : une dodo sur le front de mer avec Léo Henry & wife. Je n'arrive pas à voir Léo à Strasbourg, c'est vrai que c'est beaucoup plus simple comme ça. Il me raconte sa virée à Mafate avec sa bonhommie détachée habituelle. J'aime cet homme, il m'apaise.

Vendredi matin : collège Ravine des Cabris à Saint-Pierre. La meilleure intervention de ma vie, n'ayons pas peur des mots. Des questions extraordinaires, inédites, légères. On m'offre de la vanille. I'm in heaven. Par suite => restaurant à Saint-Louis avec un impressionnant aréopage de profs et documentalistes super chaleureux. Tout le monde mange des trucs métro sauf moi. Nous parlons du PSG (trois fans à la table) et de l'OL (un fan - d'une extrême courtoisie). Nous parlons de l'OM, des supporters de l'OM qui sont plus joyeux de voir perdre Paris que de voir gagner Marseille (autant dire qu'ils ne sont pas joyeux très souvent, ces temps-ci). Ami marseillais, si tu lis ces lignes, pourquoi tant de haine ? Le foot, c'est juste 22 mecs très riches qui courent après un ballon - et ce sont les plus riches qui gagnent. Nous devrions boire des coups ensemble et dire du mal de Monaco.

Vendredi après-midi : collège Plateau Goyaves à Saint-Louis. A la fin de l'intervention, qui est plus celle des élèves que la mienne, en fait, quelque solides jeunes filles à la peau chocolat restent avec moi, toutes tristes de me voir partir. N'y tenant plus, et dans un élan qui ne me ressemble guère, je les embrasse l'une après l'autre. Nous sommes au bord des larmes. Hey, les gens de Plateau Goyave : je ne vous oublierai jamais.

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Réunion (3)

Publié le 10 Avril 2014 par F/.

Le matin vers 6h40 avec le veilleur de nuit on siffle Somewhere only we know de Keane parce que RTL2 ne passe à peu près que ça ou des messages pour dire que ça va être une super journée sur La Réunion.

Croyez-moi, quand vous trouvez un mec avec qui vous pouvez siffler cette chanson en toute innocence, même s'il vous parle tout le temps de l'OM et de son glorieux avenir (?), vous le serrez mentalement contre votre cœur.

Hier après midi c'était quartier libre et je suis allé à pied au lagon mais je n'ai pas pu me baigner parce qu'il y avait des vagues de 8 derrière la barrière de corail et qu'on pouvait presque entendre les pensées des requins, des pensées du genre Happy meal. Et donc à la place j'ai lu un livre qui expliquait que Kafka n'était pas aussi désespéré qu'on le croit.

Je poursuis mon périple. Mardi, collèges de Saint-Benoît et de Saint-André, interview dans le quotidien local, et je crois qu'il faut parler de ce moment où je me suis retrouvé sur une deux-voies à 150km/h avec une draconologue prof d'anglais de 55 ans prénommée Daisy.

Hier soir petit débat dans un bar du front de mer devant un parterre de documentalistes et de profs. A dîner, il y avait du zèbre, j'ai juste goûté, c'est bon, le zèbre. Le serveur était un supporter de l'OM. Quand je suis parti il m'a demandé si on se serrait la main. Nous les Parisiens on serre la main de tout le monde et notamment celle des gens malheureux.

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Réunion (2)

Publié le 8 Avril 2014 par F/.

Réunion (2)

Mon chauffeur s'appelle Gino. Il était déjà là il y a six ans et il se souvient de moi ("ta femme portait un short court"). C'est un mec positivement génial, d'une extrême courtoisie, doté d'une propension très nette à raconter sa vie, toute sa vie, en truffant ses histoires de jeux de mots lacaniens trop forts pour moi. Une fois, il s'est occupé de Carole Martinez et apparemment, ça l'a beaucoup marqué, et elle aussi - tu m'étonnes.

Gino et moi allons passer de nombreuses heures en voiture ensemble (aujourd'hui, par exemple, nous allons à Saint-André puis à Saint-Benoît, qui est un peu la ville diamétralement opposée à Saint-Gilles, voir carte), et il va donc peut-être falloir que je m'invente une vie intéressante. Mais peut-être pas. Peut-être que je vais juste l'écouter parler et écrire un livre sur lui. Apparemment, Pierre Bottero l'avait mis dans un de ses romans.

Hier, premières rencontres, deux collèges : l'un au Port, l'autre dans les hauteurs, tout à fait spectaculaire, avec une documentaliste adorable. Le problème à La Réunion, c'est qu'on veut te faire bouffer tout le temps. Petit déjeuner, collation à 10h parce que les élèves ont préparé des gâteaux, dîner vers 11h30, goûter, apéro, dîner. Je suppose que si tu veux remanger un truc vers minuit, c'est possible.

Ce soir, je vais aller voir Chelsea-PSG au Bar de la Marine, équipé d'écrans géants et tenu comme il se doit par des Marseillais. L'OM est encore très populaire, sur cette île, je sens qu'il va falloir que j'apprenne à répondre d'autres trucs que "le foot" à la question : "avez-vous d'autres passions" si Paris se qualifie.

L'hôtel où je réside par une semaine est branché sur RTL2. C'est bizarre d'être très content ET d'avoir envie de mourir en même temps à 6h57 du matin.

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vers chez les morts - un nouveau point

Publié le 6 Avril 2014 par F/.

vers chez les morts - un nouveau point

Où en est-on ? Une soixantaine de textes reçus à ce jour. Terribles, parfois, émouvants presque toujours, forts la plupart du temps, habités par un sentiment d'urgence vital. Un éditeur s'intéresse d'assez près au projet. Je dois encore discuter avec lui. Pas vraiment du "quand" : plutôt du "comment" - on ne se lance pas à la légère dans l'accompagnement de ces cris. Des questions sont soulevées, passionnantes. Qui suis-je, en l'état, quelle est ma position, quel est la matière du projet, son essence ?
J'avais, au moment de lancer ce projet, indiqué une deadline. Elle est aujourd'hui passée. Ceux qui voudraient envoyer des textes peuvent encore le faire - quand j'aurai une date butoire officielle, je la ferai connaître.

Merci, en tout cas. Merci à tous ceux qui ont participé, ou entendent le faire maintenant. Cette aventure est allée bien plus loin que je l'aurais pensé, mais elle n'est pas encore terminée.

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Réunion (1)

Publié le 6 Avril 2014 par F/.

Onze heures de vol de nocturne - j'ai prié les dieux pour ne pas être placé juste à côté d'un petit merdeux vagissant & incontrôlable de moins de 3 ans et mes prières ont été exaucées. Ceci étant, j'ai dormi deux heures, je pense. Essayé de regarder Yves Saint-Laurent (j'ai tenu 20 mn), Walter Mitty (j'ai tenu 30 mn) et réussi à regarder dans son intégralité Les Trois Frères / le retour, un film absolument fascinant qui tient presque de la proposition artistique en ce qu'il ne contient pas le moindre élément comique. D'habitude, quand je regarde des merdes de ce genre (ce qui ne m'arrive, précisons-le, que dans les situations les plus extrêmes), je souris tout de même une ou deux fois. Là, non. Sidérant, ce film. Même pas triste, même pas pathétique. Juste : entièrement non-drôle.

Bref.

Arrivé à Saint-Denis vers 11h, j'ai été accueilli par les épatantes Nathalie et Dominique et conduit directement à mon hôtel de Saint-Gilles - un établissement idéalement situé tenu par un type assez cinglé et rigolo à sa façon, avec lequel je m'entends déjà formidablement bien.

Je pense être l'un des deux clients de l'hôtel. Peut-être le seul. Il me semble qu'il y a un petit chat - faut voir, c'est pas clair.

Je suis allé me baigner tout à l'heure dans une mer à 28° qui vous prive de façon assez implacable du léger frisson dû à l'habituel delta de température entre l'eau et l'air. C'est intéressant, cette impression d'être l'ingrédient principal d'une soupe. Repéré, dans la foulée, le Bar de la marine, institution marseillaise située sur le port et qui diffusera Chelsea-PSG mardi soir ; voilà qui promet.

Début des rencontres demain. On m'a prévenu que j'allais beaucoup manger parce que les élèves ont l'habitude de faire des goûters. OK, les mecs, j'ai pas peur, je suis prêt.

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atterrissage contrôlé

Publié le 4 Avril 2014 par F/.

atterrissage contrôlé

Demain soir, je m'envole pour La Réunion. Deux semaines de rencontres dans les CDI locaux plus une semaine de vacances. C'est la troisième fois que je me rends sur cette île et je dois dire que j'ai du mal à considérer toute la partie collèges comme un boulot en soi. J'adore les gens là-bas, j'adore l'ambiance - je pars confiant.

Au cas où, sans rire, mon avion serait détourné par des extra-terrestres de la CIA sur une base secrète de l'Oural, je me sens néanmoins comme contraint de vous faire part de mes derniers émois et déceptions culturels, histoire que ce blog achève de remplir la mission qu'il s'était lui-même assigné.

Des livres, pour commencer. Mon sang à l'étude, de Joachim Schnerf chez l'Olivier, sorti hier. Un garçon attend les résultats d'un test VIH et gamberge un peu, on comprend ça. 80 pages bien tendues pleines d'angoisse et de vie - une sorte de Cléo de 5 à 7 livresque qui aurait troqué l'ivresse illusoire de la découverte du soi contre le méchant courage du réel. Ah, et Le Brigand bien-aimé, d'Eudora Welty, chez Cambourakis (lequel éditeur fait l'objet d'une très belle interview dans le numéro 3 du toujours vert Le Chant du monstre - ne manquez pas non plus l'article sur les Mathématiques existentielles). Eudora Welty, donc, qui nous a quittés il y a 13 ans déjà, et qui écrivait comme personne à l'ombre des arbres du Mississippi et des figures éternelles de la mythologie, nous offre avec ce premier roman un conte de Grimm sudiste hanté par une ménagerie fantasque d'Indiens, d'oiseaux et de fauves avides - une merveille, au sens primal du terme.

Un film qui m'a convenablement emmerdé, ensuite : Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des plaines). OK, j'ai toujours considéré la psychanalyse, notamment freudienne, comme une vaste blague chère et pas drôle - "un pâté de mythes grecs", selon le mot cher à Nabokov mais d'accord aussi : je vous accorde que ce n'est pas un argument. Ce qui m'a dérangé, en fait, c'est à quel point la psychanalyse, justement, ne travaillait le film qu'en surface. Dans la vraie vie, le bouquin de Georges Devereux (le psy de Jimmy P.) est censé s'attarder sur, je cite, « l’existence d’une personnalité ethnique liée à une aire culturelle d’une part et l’existence de troubles psychiques commune à tout humain d’autre part." Moi, j'ai eu l'impression que tous les éléments étaient présents dès le départ, bien en place, et que le film procédait non à une exhumation mais à un référencement tout à fait convenu, le "caractère ethnique" de la personnalité de Jimmy se dissolvant gentiment dans des travellings sur les espaces du Kansas. (Je précise, à toutes fins utiles, que j'aime beaucoup Arnaud Desplechin, et pas seulement parce que c'est le frère de sa sœur fabuleuse.)

Autre déception, dans une moindre mesure, The Take Off and Landing of Everything, le dernier album d'Elbow. Vraiment, ça m'emmerde de dire ça, mais il ressemble drôlement au précédent, ce 6e LP, qui ressemblait lui aussi à celui d'avant. Toutes les chansons sont jolies, agréables, doucereuses - et c'est bien ça le problème : rien ne dépasse. Enfin, je suppose que ceux qui ne connaissent pas encore Guy Garvey et sa bande seront sans doute conquis ; ça semble le cas du journaliste du Daily Telegraph, par exemple, qui perd un peu le sens commun : "an album of world-beating standard yet still intimate and friendly, an epic of the everyday, a romance of the real." On le saura pour la prochaine fois : "romance of the real = des violons."

En revanche, et même si son côté première de la classe peut agacer, je me prosterne devant le 4e LP éponyme de St. Vincent, alias Annie Clark, que je ne saurais décrire autrement que comme un grand album pop audacieux et tourbillonnant, d'une inventivité à mon sens sans équivalent dans le paysage mainstream actuel (en un sens, et même si ça n'a pas grand-chose à voir, je pense au Homogenic de Bjork, avec laquelle la native de Tulsa partage un goût pour la, disons, démesure excentrique contrôlée).

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