(please follow) the golden path

en passant par sainte-cécile

Publié le 14 Août 2014 par F/.

en passant par sainte-cécile

on te dit

tu viens

et puis tu ne viens plus

la fatigue tout ça

mais finalement te voilà

18 heures et quelqu'un

a posé une main sur l'épaule

de ce con de bonheur

du calme, petit

fume un peu

reste tranquille cinq minutes

et tout le monde

dit merci

toi parce que

tu voulais tant la voir elle

parce que

dormir tout le temps n'est pas

une vie

et elle est là

le soleil

vos sourires

le rosé frais

quant à sa grâce

pardon mais tu n'aurais pas

un mot plus beau que belle

pour rendre compte

de sa dignité qui hurle ?

et si jamais

tu te demandais

comment se redresser face à la nuit

qui déferle

si tu voulais en savoir plus

sur cette aristocratique courbure

du poignet au cœur

des volutes

prendre ta leçon sur

les reines en général

le flux qui t'échappe

et autres

romans absurdes

comme cette fin

qui se confond avec le chapitre

premier

mon petit gars

tu as frappé

à la bonne porte.

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on t'a pas vu sortir

Publié le 14 Août 2014 par F/.

on t'a pas vu sortir

Les Inrocks spécial rentrée littéraire : une blague annuelle que personne ne comprend, et c'est sans doute mieux comme ça. On parle de Beigbeder, on parle de Bellanger - parce que la France, quoâ - et rien sur le puissant David Vann, rien sur le labyrinthique Siri Hustvedt, et un petit article tout choupi sur Pynchon ("spirale de rebondissements érotiques ou tragiques garantie", nous promet-on : ah, alors si la spirale est garantie, ça va.), et puis 42 mots sur le bouleversant Enon de Paul Harding. La Vie volée de Jun Do, chez l'Olivier ? Bah non, pour quoi faire ? L'année dernière, Les Inrocks avaient réussi l'exploit de passer à côté du Confiteor de Jaume Cabré. Visiblement, ça leur a donné le goût de l'effort.

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haute enfance

Publié le 11 Août 2014 par F/.

haute enfance

Boyhood : tentative d'épuisement en temps réel - quoique concentré - des rêves, espoirs, langueurs et problématiques de l'enfance. Très beau film, dans lequel chaque parent se reconnaîtra un peu, scandé par une bande-son ad hoc, avec Wilco, les Flaming Lips, Bob Dylan et l'une des deux ou trois chansons honnêtes de Coldplay. La simplicité belle de ce début d'existence, la façon tranquille dont Mason Jr., le héros ordinaire, découvre, secoue puis déploie ses ailes pour quitter le nid dysfonctionnel, émeut par sa vérité même. Les enfants grandissent, les parents vieillissent, les acteurs suivent le script, improvisent et, ce faisant, participent à quelque chose d'un peu plus large qu'un film. Ellar Coltrane et Lorelei Linklater jouent et sont eux-mêmes, tout à la fois ; à l'écran, c'est la duplicité même de leur positionnement qui est mise en scène. Ethan Hawke, acteur fétiche de Linklater, interprète le rôle d'un type formidable qui n'est pas vraiment fait pour être père ; on voudrait l'adopter. Patricia Arquette, quant à elle, a fait du chemin et a pris de l'épaisseur depuis l'inoubliable performance duelle de Lost Highway. American mum pugnace et fragile, elle ne cherche, comme chacun de nous, qu'à être la moins nulle possible. Linéaire mais hors du temps, naturel mais entièrement fabriqué, Boyhood est un objet tout à fait singulier, qui interroge l'acte même de filmer de façon assez inédite, à ma connaissance (les cinéphiles me démentiront sans peine). Qu'est-ce qu'un film, sinon une vie passée au montage ? Qu'est-ce qu'une vie, sinon un film incluant toutes les scènes coupées ?

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corée du nord

Publié le 11 Août 2014 par F/.

La Vie volée de Jun Do : grand roman, dont nous reparlerons.

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Publié le 19 Juillet 2014 par F/.

Tue-moi tue-moi ne me laisse pas crever de rien ne me laisse pas mourir sans que personne ne me touche par simple flocalisation ne me laisse pas finir à cause de rien je ne suis pas rien je mérite que tu me tues que tu me poignardes dans le dos que tu m’étrangles que tu m’assassines mais pas de mourir comme ça avec rien dans le dos avec rien en plus avec rien qui m’arrête dans mon élan et ma force je ne veux pas m’arrêter pour rien tue-moi je veux que tu me tues que tu m’assassines je n’ai aucun pouvoir sur ma mort je ne veux pas mourir par mourrissement je suis de la valeur à tuer je suis un élan qui ne s’arrête pas qui ne s’arrêtera pas si tu ne me tues pas dans mon élan mon combat est digne d’un assassinat je suis un combattant tue-moi que je puisse me défendre et te regarder dans les yeux te voir toi le garçon qui va avoir le dessus je me défendrai je perdrai je serai tué par toi qui vas me tuer pour ta raison parce que je suis un vaillant combattant dans son élan en trop [...]

Caisses, Christophe Tarkos, P.O.L.

 

Les martyrs ne sous-estiment pas le corps, ils le font élever sur la croix, en cela ils sont d'accord avec leurs adversaires.

Les aphorismes de Zürau, Franz Kafka, Gallimard.

 

 

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vers chez les morts : du nouveau

Publié le 16 Juillet 2014 par F/.

vers chez les morts : du nouveau

Petit point-route pour ceux que le sujet concerne : 1) Le projet ne s'appellera pas comme ça, rassurez-vous. 2) Le projet a a priori trouvé son éditeur - je révèlerai son nom quand j'aurai le contrat en mains, mais c'est un éditeur chez lequel j'ai déjà publié et en qui j'ai toute confiance. 3) Je contacterai bientôt tous les participants pour discuter avec eux, précisément, des modalités, avant de revenir vers eux pour des questions plus éditoriales, au cas par cas. En gros : je serai le seul à être payé (avance sur droits / mais il n'y aura pas de droits d'auteur pour moi, tout l'excédent sera reversé à une association qui reste à trouver - si certains d'entre vous ont des idées à ce sujet, d'ailleurs, ils peuvent se manifester dès maintenant ; nous pensons qu'il serait très intéressant de mettre en place un partenariat, logo contre pré-achats, par exemple), mais vous recevrez des exemplaires, évidemment, ainsi que des lettres-accord attestant votre participation à l'entreprise. Ceux que le principe dérange (no hard feelings) sont invités à se manifester dès maintenant afin que nous ne perdions pas de temps en échanges superflus. 4) Sur la question de l'anonymat : chacun fera comme il l'entend, je pense, vrai nom ou pseudonyme, mais je continue à plancher sur le sujet.

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sous la peau, au-dessus du reste

Publié le 8 Juillet 2014 par F/.

sous la peau, au-dessus du reste

Under the skin - Jonathan Glazer le répète en interview - est un film qui fonctionne comme un corps. Une transe lente et éminemment sensorielle qui s'adresse à l'inconscient par secousses électriques. Pas étonnant que certains spectateurs ne l'aient pas aimé. Ce n'est pas un film qui est fait pour être aimé (et il faut rendre hommage au courage de son réalisateur, qui ne recule jamais devant son projet), mais pour être vécu, et de préférence pas très bien. J'ai mal dormi cette nuit. Et j'ai aimé mal dormir. Ces images, cette plongée dans la nuit, c'était une chose merveilleuse et inouïe.

La peau est la barrière entre l'être et le réel. Scarlett Johansson (et quelle meilleure actrice pour incarner une extra-terrestre, une étrangère au monde, que cette femme que nous ne connaissons pas, ne comprenons pas, et qui ne nous comprend pas non plus ?) déambule dans un Glasgow hyper-réaliste peuplé de laideur et de pluie : "chez nous". Les scènes d'extérieur, où on la voit fendre la foule comme un rêve balloté par le sommeil, ont été tournées en caméras one-cam, qui la rendent invisible - parmi les aveugles. Scarlett, pâle, pulpeuse, paumée - une sorte de Béatrice Dalle grande époque / Blanche-Neige perdue dans la forêt des hommes - est là pour faire l'expérience du désir tandis qu'un double muet et phallique sillonne le pays à moto pour effacer ses traces. Scarlett jette son dévolu sur des hommes choisis au hasard, ceux qui veulent bien. Elle les attire dans l'ombre, puis dans le noir total. Ils la regardent. Et ils s'enfoncent. "I am dreaming", répète l'un d'eux, un monstre voyant, le seul assez lucide pour savoir que cette transe-là n'est plus l'affaire du monde extérieur. Oh, cette lente, sublime noyade. Cette désintégration - ce qui reste de nous lorsque nous nous soumettons au désir de l'autre.

Under the skin est traversée de fulgurances d'une beauté renversante et de scènes à la limite du soutenable. C'est un film qui questionne comme on arrache la peau pour voir palpiter le cœur. Jusqu'où ? Jusqu'où sommes-nous prêts à aller ? Et qu'est-ce qui nous retient, surtout ? Celle qui vient d'ailleurs ne connaît ni l'empathie, ni l'amour, ni le regret. Un peu la peur, sans doute. Le réflexe de se protéger du feu qu'on a soi-même allumé, jusqu'à ce que cela ne soit plus possible, jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Mais ce qui l'intéresse avant tout, c'est le contact. Le sublime brûlant de cette seconde, de cette respiration.

La suite du processus ne résiste pas à la dégradation. La satisfaction. La concrétisation : le mal incompressible. Dans son rapport parfait à la femme, l'homme en désir n'est qu'un noyé, un aveugle, un pantin qui agite les bras et pour finir se dissout. Mais la plupart des hommes, nous le savons, se défendent, et restent hommes à cause de cela. Désespérés mais en vie.

Les vrais cinéphiles, dont je ne suis pas, vous expliqueront à quel point et dans quelle mesure Under the skin questionne la grammaire même du médium. Et, en effet, on a parfois la sensation de voir le premier film du monde, ou le premier film d'un autre monde. Ce goût de l'ailleurs et du jamais-vu érigé en principe tient le spectateur dans un état de veille permanent alors qu'il devrait en toute logique sombrer : la mise en scène devient un garde-fou.

Expérience sensorielle et intime, rêverie étouffante, pourvoyeuse d'états-limites intensément hypnagogiques, Under the skin est un joyau unique qui place son réalisateur dans un repli de dimension inconnu, quelque part entre Kubrick et Viola. Que vous le vouliez ou non, c'est un film qui inocule, qui dépose des secrets au creux de votre âme, et cette violence ressemble à la marque des chefs-d’œuvre.

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a day in the life

Publié le 30 Juin 2014 par F/.

a day in the life

6:25 : lever. Ma fille, 11 ans, est avachie sur le canapé. Elle regarde la saison 24 des Simpsons et éteint précipitamment pour faire croire qu'elle dort, reposant la télécommande devant son visage soi-disant endormi, mais je ne suis pas né de la dernière pluie. Un enfumage intéressant s'ensuit (en gros, "ce ne sont pas ces droïdes que vous cherchez.").

6:30 : mails, FB, rien de bien palpitant - le Costa Rica a battu la Grèce aux tirs aux buts, un Nigérian annonce que son pays va gagner 2-0 contre la France.

6:35 : lecture. Un texte pour Super 8 sur Kindle, il est question de JD Salinger (décidément) et d'une conspiration, mais l'écriture est banale. Ma fille remet les Simpsons, volume minimal.

7:22 : réveil de La Femme - "ah, déjà ?, dis-je, charmé. Le truc, c'est que j'aurais bien aimé prendre ma dou -" Trop tard : la salle de bains n'est plus accessible.

7:23 : petit-déjeuner de ma fille.

7:24 : fin du petit-déjeuner de ma fille.

7:29 : café.

7:35 : Réveil de mon fils, 9 ans, par ma fille, munie d'une oie en peluche qui parle allemand et cite les Inconnus ("j'ai beau être matinal, j'ai mal.") Pour finir, l'un des pingouins du fils est sauvagement kidnappé.

7:40 : Petit déjeuner roboratif de mon fils. Par ailleurs, ce salopard a encore une leçon d'anglais à mémoriser - oui, il aurait pu s'avancer.

7:41 : préparation de l'interview de Paul Harding. Je lis ce que les gens ont écrit à propos de son livre sur amazon.com, notamment. "As well-written as it is, it was just too relentless in grief that I can't say I like it and I'm not sure who I'd recommend it to."

8:10 : départ de La Femme. Consignes - certaines seront respectées.

8:15 : départ de mon fils. J'écris les questions de l'interview. Je les trouves convenues et empruntées, mais je me dis que j'improviserai si le mec est sympa, et je ne doute pas qu'il le sera.

8:30 : je lis de nouveau.

8:45 : départ de ma fille.

8 :46 : douche.

9:15 : départ en Vélib' pour Belleville et café avec le sémillant Serge L. en prévision d'un RV avec un producteur.

9:30 : pour une fois, je suis le premier au RV. Serge m'explique qu'il est dans une phase créatrice très féconde. Joie.

10:00 : RV avec le producteur (qui s'intéresse à la Brigade Chimérique). Pour rester prudent, disons que ça se passe très bien. Prochain RV fin août après signature des contrats.

12:00 : détour par Paris Store. J'achète du curry japonais, de la sauce sucrée, des bières, et aucun légume.

12:15 : retour au bercail en deux roues.

12:30 : déjeuner. Le cochon d'inde de ma fille (qui est en fait le mien, mais elle ne le sait pas) a l'air content de me voir. Il n'a pas mangé depuis 3h.

13:00 : lecture et sieste réglementaire de 15 minutes, j'ai beaucoup de mal à fonctionner sans ça.

13:30 : boulot sur un scénario de BD pour Delcourt - une adaptation d'une novella de l'ami RJ Ellory. Le cochon d'inde m'observe, perplexe. Mec, à quoi rime toute cette agitation ?

15:30 : départ pour Saint-Sulpice en métro, pour une fois. Pris dans ma lecture, je me goure de sens au changement. Dans les écouteurs : le dernier Kasabian, qui n'est pas vraiment à la hauteur de ses prédécesseurs.

16:00 : Interview de Paul Harding pour Chro(nicart) dans un hôtel près des jardins du Luxembourg. Il est question de deuil, de Mystères grecs, de science, de fantômes, de transcendance.

17:00 : retour au bercail, en vélo toujours. Je me dis que je n'ai rien foutu aujourd'hui mais puis-je m'en vouloir ? Un coup de fil inattendu me retarde.

18:00 : France-Nigéria, poussif, stressant. Même mon fils s'emmerde.

20:00 : soirée de pré-vacances chez Claro. Sont notamment présents : Paul Harding, son traducteur Pierre Demarty, Nicolas Richard (qui s'est occupé du nouveau Pynchon), Jérôme Dayre, libraire devant l'éternel. Au menu : makis maison, guacamole, vin rouge.

23:30 : retour à la maison à pied avec la Femme. Nous raccompagnons Jérôme - c'est la mafia du 12e. Algérie-Allemagne, petits frissons mais finalement non.

0:30 : coucher / ce soir, je ne lis pas.

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pendant ce temps dans le New Hampshire

Publié le 26 Juin 2014 par F/.

pendant ce temps dans le New Hampshire

Une tendance intéressante sur Facebook, ces derniers temps : celle de réclamer la mort des gens. Ça marche pour les grévistes et pour les amateurs de foot, par exemple - des criminels, vous en conviendrez, pour qui le châtiment se doit d'être à la hauteur du forfait. Il faudrait les pendre, lit-on. Leur tirer une balle. Leur arracher les tripes, les pousser d'une falaise. Hé, les mecs, il y a un truc qui existe en vrai et qui s'appelle les jeux vidéos. Vous devriez essayer.

Ou bien des livres ? Ça tombe bien, la rentrée littéraire s'annonce musclée. Pynchon, Vann, Palahniuk, des essais de Sebald, Hustvedt (dont on me chante les louanges) - j'ai tout ça à la maison, sur des tables, par terre, et d'autres merveilles dont je m'efforcerai de parler intelligemment dans le prochain numéro de Chro(nicart). Dernières pépites lues : La Mauvaise pente, de Chris Womersley, qui ressemble beaucoup à Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme, en un peu plus, disons, humain - et Enon de Paul Harding, un bréviaire halluciné frappé d'un sceau de ténèbres : on y suit un certain Charlie Crosby dévasté par la mort de sa fille de 13 ans, trébuchant sans fin au milieu d'un cimetière, de sa vie - "quelques cerfs erraient sur les greens de golf à ma droite, et le marbre des pierres tombales était luminescent".

[Aujourd'hui, devant vos yeux ébahis, je vais appeler P.O.L. pour tenter de comprendre pourquoi ils refusent de m'envoyer le Carrère (j'ai plusieurs idées à ce sujet, aucune n'est plaisante).]

Il y a quelque temps, à la maison, on s'est fait un mini-cycle Brad Anderson. The Machinist (son film le plus connu, un très joli truc para-lynchien mais tenu, tourné dans une Espagne transformée en Hollywood), The Call (Halle Berry, qui répond au 911, tente de localiser un tueur qui a déjà frappé par le passé - intéressant, mais la fin verse dans un grand-guignol convenu, on sent le producteur un peu nerveux, grinçant des dents) et Transsibérien, réalisé avec quatre centimes, très bien fichu (un couple dans le train, on leur refile une valise - ils auraient dû l'ouvrir). Autres films vus : Captain Phillips, le dernier Greengrass inspiré d'une histoire vraie (des pirates somaliens prennent le capitaine d'un bateau en otage), très prenant, alors que le pitch ne me disait rien, et Last days of summer de Jason Reitman, (trop ?) langoureusement filmé, tiré du roman Long Weekend de Joyce Maynard laquelle, transition habile, sera présente au Festival America en septembre - nous en reparlerons. Ce dont nous ne reparlerons pas, en revanche, c'est du fait que je connais surtout Joyce Maynard comme la "petite amie" de ce joyeux sociopathe de JD Salinger, une expérience racontée en long et en large dans le saisissant Et devant moi, le monde et, non, je n'embrayerai pas plus que ça sur le nouveau Beigbeder - la seule pensée que cet homme ait pu consacrer un roman à l'ermite de Cornish, fût-ce au travers de sa brève relation avec Oona O'Neill, me donnant envie de courir à poil dans les Rocheuses avec un sac en plastique sur la tête.

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tant que ça reste dans la famille

Publié le 11 Juin 2014 par F/.

tant que ça reste dans la famille

On ne mesure pas forcément l'importance du soutien que l'Argentine apporta aux anciens nazis après la guerre. Il ne s'agissait pas de fermer les yeux. Il s'agissait d'accueillir, d'aider, de protéger. A la fin des années 40, selon le chercheur argentin Uki Goñi, le recel de nazis par l’Argentine devint une véritable insititution. Le nouveau gouvernement de Peron désigna une anthropologue antisémite comme Commissaire à l’immigration et un supposé ancien agent de Ribbentrop comme son chef du renseignement. Nombreux, parmi les responsables nazis (et les collaborateurs français) ayant échappé au premier (et en définitive assez lâche) coup de filet, sont les dignitaires qui ont coulé en Argentine des jours heureux, durant des années voire des décennies. Le Médecin de famille, tiré du roman Wakolda de Lucía Puenzo (que je n'ai pas lu / mais je vais le faire), raconte l'histoire d'une famille argentine venue s'installer à Bariloche, au pied des Andes, cœur de la "Suisse argentine". Eva, la mère d'ascendance germanique, rouvre l'hôtel de ses parents sur les bords d'un splendide lac de montagne. Qui sont les Allemands qui habitent ici, travaillent ici, envoient leurs enfants dans des écoles allemandes ? C'est d'abord assez peu clair. Mais parmi eux : un médecin, qui propose à Lilith, leur (petite) fille de 12 ans, de tester un traitement expérimental pour pallier son défaut de croissance, et s'intéresse aussi de très près à la grossesse d'Eva, laquelle attend des jumeaux. La mollesse de la mise en scène et la fadeur relative du scénario, qui joue sur un symbolisme intéressant (le père fabrique des poupées, le bon docteur aimerait investir - il aime beaucoup les poupées, elles sont parfaites) mais trop partiellement exploité à mon goût, ternissent en partie l'intérêt que l'on peut porter au film, sorte de thriller sous anesthésie. Reste que l'histoire, tirée en partie de faits réels, est tout à fait sidérante ; et qui pourrait se risquer à verser dans le baroque et l'outrance pour décrire ce qui, déjà, dépasse l'entendement ? Il faudrait un géant aux épaules d'airain. Il faudrait une colère qui dépasse la colère. Le docteur, dont tout le monde aura sans doute deviné le nom, procède pour sa part avec calme et minutie, comme au bon vieux temps. Il est le Mal absolu, celui devant lequel le Bien se sent idiot et désarmé. "Nombreux étaient ceux qui continuaient de croire en lui, dit le roman, le soutenaient à distance, lui écrivaient des lettres dans lesquelles ils le traitaient en messie." Le fils d'un dieu banal et ricanant, en somme, dont rien ne semble pouvoir satisfaire les terribles appétits.

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