Dimanche 26 février 2012 7 26 /02 /Fév /2012 13:24

Soudain, il ne fait plus que 66°F et des nuages noirs s’amoncellent. Nous voici à Ocala, dans le centre-nord de la Floride, loin des palmiers agités par la brise et des retraités mutants de Tampa Bay. Pas de photo maison aujourd’hui non plus, ça ne vous passionnerait pas – à moins que vous ne soyez des adorateurs de dauphins, auquel cas je vous demanderai de prendre gentiment vos affaires et de quitter ce blog séance tenante. Car souvenez-vous :

 

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Hier, nous avons décidé de faire plaisir à nos enfants (alors, on l’aura compris, que nous ne leur avions témoigné jusqu’à présent qu’un mépris ennuyé) et de faire un crochet par Clearwater, siège mondial de l’église de scientologie ET patrie de Winter (je cherche encore le lien). Winter, pour ceux qui n’auraient pas d’enfants et/ou pas de cœur, est une femelle dauphin qui a perdu sa queue à la suite d’un accident de pêche et qui a été soignée ensuite par de gentils Américains qui lui ont construit une prothèse de queue – cette édifiante histoire montrant, si j’ai bien compris, à quel point le courage est important, à quel point il faut se battre dans la vie et s'accepter malgré nos différences, etc.

L’histoire de Winter a récemment fait l’objet d’un film. Je ne l’ai pas vu, mais ma femme si, avec les kids. Nathan y est allé en traînant les pieds (« un film sur les dauphins, trop nul ») et en est ressorti une heure et demie plus tard convenablement dévasté, pleurant à chaudes larmes : un petit gars plutôt sensible. L’amener voir Winter à la clinique marine, c’était un peu comme me faire rencontrer Nabokov, sauf que Nabokov a quitté notre réalité et n’a jamais eu besoin de prothèse de queue, lui. (Et puis, aurais-je seulement pleuré ? Pas sûr.)

Bref. Winter nage placidement dans son bassin, il y a des tortues aveugles aussi, des loutres paralysées, une vrai cour des miracles mais tout le monde s’en cogne des autres animaux, ils ne font pas partie du film et je ne compte plus le nombre de fois où on me demande, appareil photo en mains, « which one is Winter ? » comme si j’étais un bénévole – tout ça parce que je porte un polo et que  je suis rasé. A part ça, il y a des handicapés partout, et des obèses, et des obèses handicapés qui, sans doute, pensent que leurs problèmes vont s’arranger dès lors qu’ils toucheront Winter, tant il est vrai que rien n’est impossible si on y croit – des pancartes nous le rappellent tous les trois mètres.

Deux remarques quand même, avant que vous n’enterriez ce poste dans la catégorie "ratiocinations habituelles d’un misérable cynique français" :

La plupart des réserves idéologiques dont nos contemporains se sont faits les champions s’effondrent littéralement dès lors que leurs propres enfants, confrontés à la cible de leur croisade perso, ouvrent de grands yeux emmerveillés, pleurent de joie et de reconnaissance -  ça vaut pour Disneyland, ça vaut pour plein d’autres trucs et, non, je ne citerai pas de noms, il faudrait un post spécial.

Je n’ai rien contre les dauphins en général, ni contre ce malheureux Winter qui, de surcroit, doit subir quotidiennement une dose de stress ahurissante. Mais cette espèce de fascisme de la beauté et de la cuteness me casse gentiment les noix. Sauvons les dauphins, laissons tomber les tarentules. Sauvons les myopathes, que les séropositifs se démerdent.

Deux notes historiques pour finir, et qui ne sont pas forcément sans lien avec ce qui précède. 1) Jetez donc un oeil à l'histoire des Indiens séminoles. Les seuls à n'avoir jamais plié face à l'homme blanc, son sourire compatissant, sa cagoule à pointe et ses ordres d'expulsion. De véritables héros, ces Indiens, d'authentiques résistants de l'ombre. Mais ici, on n'en parle nulle part - ils n'existent tout simplement pas. 2) Avant la Prohibition, les Floridiens picolaient très peu. A partir de 1919, quand des âmes prosaïques ont réalisé à quel point il était facile de planquer des bouteilles de rhum de Cuba et de Jamaïque dans les marais, ils s'y sont mis comme personne. D'une certaine façon, les bienfaits de cette économie parallèle ont permis l'essor véritable de la Floride et son entrée dans la bienfaisante modernité. D'ailleurs, tenez : Al Capone possédait une propriété à Palm Island, Miami Beach (l'île privée qu'on a prise en photo le premier jour). C'est même là-bas qu'il est mort. De ça non plus, on ne cause pas des masses.

Par F/.
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Samedi 25 février 2012 6 25 /02 /Fév /2012 12:47

Journée de transition. Pas pris de photo, tiens. Pas envie. To begin with ? Un parc de lamentins aux abords de Fort Myers. De lamentins, point. L'hiver est trop chaud, paraît-il. Pff, à peine 32°C. Moi, je dis que le lamentin est nettement surévalué. Ensuite ? Une annexe municipale pour essayer de payer notre amende légendaire. Dans la salle d'attente : des blacks, uniquement des blacks. Les blancs ont certainement tous un avocat pour gérer ces conneries. Au guichet, une Portoricaine à barbe nous explique qu'elle ne peut rien faire parce qu'on n'est pas dans le bon county. "I'm so sorry guys." Elle nous suggère de passer par internet. Mais ça ne marche pas non plus. Note to self : la prochaine fois, apporter un avocat gonflable, gonflé, marrant, hystériquement incompétent et optimiste.

 

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Naples, que nous avons quittée hier, est la capitale mondiale du golf. Ouch. Des retraités WASP que la crise a manifestement oubliés s'y traînent en déambulateur et font assaut de politesses exacerbées avec force craquements de lifting. En France, quand deux petits vieux se croisent, ils évoquent le temps qu'il fait et leurs problèmes de santé. "Et vous, madame machin, ça va, quand même ?" "Oh moi, vous savez, avec mon arthrose..." "Et encore, c'est rien, vous avez vu l'hiver qu'ils nous annoncent ?"  A Naples, la question de la météo est réglée d'emblée (il fait soit beau, soit très beau) et, pour le reste, c'est bonheur obligatoire. Vous avez un cancer de la prostate ? Votre nièce est morte ? Vous venez de subir un quintuple pontage ? On s'en tape, souriez. "It's a wonderful day, isn't it ?""Oh, darling, this is soooo amazing."

 

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A Sanibel - petite merveille d'île en croissant qui ferait passer Saint-Tropez pour une décharge publique peuplée de sans-abris communistes -, le moral est pareillement au beau fixe. Le PIB de l'île doit excéder sans problème celui de n'importe quel pays d'Afrique centrale et la préoccupation principale des habitants réside avant tout, on l'imagine, dans le choix d'un nouveau moteur pour le yacht des enfants. La disposition particulière des plages, face au Golfe du Mexique, fait que le sable est couvert de zoulis coquillages. Une particularité ? On a le droit de les ramasser sans se faire tirer à vue. Ceci étant, nous avons fini la journée dans un endroit fort sympathique :

 

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... où les serveurs aboient gentiment votre prénom pour vous prévenir que votre commande est prête et où on a le droit de faire cuisiner le poisson qu'on a soi-même attrapé. Résultat ?Katia a pris une Caesar Salad. Aujourd'hui : longue route vers le nord avec escale à Clearwater. Restez démocrates.

Par F/.
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Vendredi 24 février 2012 5 24 /02 /Fév /2012 03:25

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Enfin du danger ! Par exemple, j'écris ces lignes dans une suite du Best Western de Naples, Florida, tandis que nos enfants comatent gentiment sur le lit kingsize de notre suite bizarrement surclassée devant Cartoon Networks et que ma femme, n'écoutant que notre faim, a repris la voiture pour aller quérir n'importe quoi de gras et de sucré au drive-thru le plus proche. Ce matin, traversant les Everglades d'Est en Ouest par la fameuse route 41 (dite "Tamiami trail"), nous avons délaissé la Shark Valley pour nous concentrer directement sur la Loop Road, un chemin plus ou moins officiel et plus ou moins praticable plongeant sans hésiter au coeur des marais. Des panneaux donnent le ton dès l'entrée : beware les alligators, ne les nourrissez pas, ne les énervez pas, gardez vos enfants à portée de main, ne lancez pas un défi idiot à votre teckel, inutile de seulement songer à nous faire un procès si la situation tourne mal, ah oui, et faites gaffe aux panthères, aussi. Ces mises en garde puériles nous amusent. Les alligators ? A mains nues, on se les prend. De fait, on en voit un peu partout au bord de la route, avachis - des sénateurs en armure. Tailles diverses, léthargie chronique.

 

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A un moment, la Loop road s'arrête. Il y a des maisons, ici, des choses oubliées derrière des palissades défraîchies. Qui vit ici ?

 

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Frustrés, nous faisons demi-tour, bien décidés à la prendre dans l'autre sens. Dans l'autre sens, elle s'arrête aussi. Merde alors. Katia, frustrée, descend pour photographier une famille d'aigrettes blanches. Soudain, on entend un grand splash. Ma femme revient, livide. "Euh. Je crois que j'ai failli marcher sur un alligator." Alice a la voix qui tremble. "Remonte dans la voiture maintenant. Remonte dans la voiture." Ah, ah, les chochotes. Ça me rappelle cette scène de Jurassic Prak où... "Ce con aurait pu me manger la jambe", murmure Katia en redémarrant. "This is sooo going on my blog", je pense. "Je suppose que ça va finir sur ton blog", elle dit.

 

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L'après-midi, nous retrouvons Tod, un sosie de Dustin Hoffman (dixit ma femme, très éprouvée) pour une ballade de trois heures en canoë dans la mangrove. Un truc assez incroyable, cette promenade. Trois bateaux, le calme absolu, des tunnels obscurs, des étangs placides où passent, indolents, des alligators de dix pieds de long. Au détour d'un ilôt, un héron bleu se déploie juste au-dessus de nos têtes. Le cliquetis de sa voilure évoque une sorte de ptéranodon mécanique. Au fond de l'eau : des crabes, bleus eux aussi et à la chair succulente, paraît-il. La mangrove, pour sa part, est vert sombre, gris argent. Le crépuscule arrive. Le sang doré du ciel se répand sur la surface immaculé d'un lac. Au retour, dans la nuit complète ("regardez ! murmure Dustin, là, c'est Jupiter, et là, c'est Vénus" - pour ce que j'en sais, ce type raconte n'importe quoi juste pour épater ma femme), nos lampes frontales ouvrent la voie. On n'entend plus que le clapotis de nos rames. Nathan, qui est assis devant moi, flippe sa race parce que des araignées descendent juste devant son nez, rehaussées par le halo rouge de sa lampe. "You're doing great, lance Tod. You're a brave little guy." Au fil de l'eau, des yeux écarlates nous fixent. Les alligators n'ont pas peur de nous. J'ai arrêté de faire des blagues. Nous passons à deux mètres d'un monstre. Tod est très calme. Il fait des petits bruits de gorge et nous recommande de "continuer à pagayer." Et Alice de s'inquiéter encore : "Je pense qu'on devrait s'en aller, maintenant." Décidément, il n'y a que moi à faire preuve de courage, dans cette famille ; ça, ou je suis complètement inconscient. Enfin, nous mettons pied à terre. Trois heures et demie de temps suspendu et de silence spectral. Dustin nous serre dans ses bras. "We did it !" Ouais. Il est 9h du soir, on est trempés, dévorés par les moustiques, ma fille s'est pissée dessus et mon fils est arachnophobe à vie, mais we did it et on est bien contents. Vous allez dans les Everglades ? Demandez Tod, le meilleur guide du monde.

 

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Par F/.
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Jeudi 23 février 2012 4 23 /02 /Fév /2012 09:20

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Aujourd'hui : tranquille. Descente dans les Everglades vers Flamingo Post, après un arrêt au stand Robert is here, qui vend les meilleurs jus d'orange pressés in the whole wide world. Et puis soudain, je ne sais pas : une furieuse envie d'acheter un sac, des bottes, une ceinture, une veste.

 

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Par F/.
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Mercredi 22 février 2012 3 22 /02 /Fév /2012 12:48

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Quand ils ne font pas la guerre aux autres pays, quand ils ne ruinent pas l'économie mondiale, quand ils n'exécutent pas des blacks à la chaîne, quand, surtout, ils ne vous collent pas des amendes de 256 motherfuckin dollars, les Américains sont adorables. Dans le cimetière de Key West, où j'ai tenu, pour quelque inexplicable raison, à entraîner ma tribu, une dame à vélo s'arrête à notre côté, tout sourire. "Je serais vous, je regarderais la troisième tombe en partant de la gauche, deuxième rangée. Il y a une fille qui vous regarde." La fille en question est un iguane. C'est comme ça, à Key West : les iguanes tiennent compagnie aux morts. Ils se glissent dans les fissures et évoquent l'éternel déclin du parti républicain. Emmerveillés, nous engageons la discussion avec la dame (je ne parle pas de l'iguane, hein). Elle vit ici depuis un bon bout de temps et elle trouve ça : "oh my god, sooo amazing". Et comment, salope. Katia dit qu'elle veut habiter ici elle aussi. Serait-ce un appel du pied ? Je demande à la dame ce que fait son mari comme boulot. "Oh, banquier." Ah oui d'accord. Ceci étant, en revendant un appart parisien, on peut acheter à peu près n'importe quoi, c'est connu - y compris une maison à KW avec master bedroom included. Resterait à trouver une occupation. Katia prétend qu'elle veut bien faire des ménages chez les gens riches (comme la dame en vélo). Moi, je suis OK pour faire gardien de cimetière. Banquier, faudrait peut-être pas exagérer. 

 

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L'Eco-center de Key West est gratuit, raison pour laquelle personne n'y va. C'est une sorte de musée vivant sur la faune et la floce locale. "The kids will looove it", nous répète-t-on. Ces gens n'ont pas l'air de comprendre que nous sommes français. On s'en fout, de ce que les enfants aiment. Ils devraient déjà nous remercier de les avoir mis au monde. "Hi guys, hi kids ! How are we doing today ?" Un bénévole sans âge nous explique qu'il y a un film génial à voir. Va pour le film. En dépit des apparences, nous ne sommes pas des gens emmerdants. Le film, d'une beauté délirante, quasi élégiaque, est consacré à une peintre qui habite ici depuis qu'elle est toute petite et qui plongeait à moitié à poil dans la mangrove dès son plus jeune âge pour communier avec les beautés de la nature. Salope, toi aussi. Les Américains sont tellement frimeurs. Au comptoir d'accueil, je montre à une jeune femme une carte des Keys hyper détaillée que j'avais repérée à Bahia Honda et qui pourrait bien me servir pour un prochain roman, tant il est vrai que je ne suis pas du genre à me casser le cul. Je tente un sourire. "Savez-vous où je pourrais acheter une carte semblable ?" La jeune femme soupire, part en coulisses, revient avec la carte en question. "Tenez. Puis-je vous aider d'une autre façon ?" Je t'aime, ô pays des mille possibles, land of milk & honey où toutes les difficultés s'aplanissent comme par magie ! En sortant, je tâte mes poches. "Oh-oh. Je crois que j'ai oublié mon Samsung quelque part." Katia me décoche ce regard que je ne connais que trop bien. "Pourquoi t'ai-je épousé ?" disent ses yeux. Et aussi "Pourquoi n'es-tu pas encore dans le Livre des Records, catégorie "l'homme qui perd le plus de trucs au monde ?" Hey, pas de panique, poupée : en fait, il était dans la voiture. Ah-ah, je t'ai bien eue, hein ? Pour nous remettre de nos émotions, je me tape un hot-dog mangue / piments préparé par un couple hyper enthousiaste qui écoute les Black Keys en faisant sauter des oignons (j'ai trouvé cet endroit dans Trip Advisor, catégorie cool et pas cher, et ils ne mentionnaient même pas les Black Keys). Nous parlons de Paris et d'Attack and release. Le cuistot se retourne. "Oh woah, man, this album was really amazing." D'accord, compris : nous allons habiter ici. Précision d'importance, tout de même : je porte mon t-shirt où il y a une poule qui fait "moo". J'ai l'impression que ça me rend exagérément sympathique car ce matin-même, la serveuse de Denny's m'a déjà complimenté. Je vais le porter pendant dix jours, on verra bien.

 

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L'après-midi : visite de la maison d'Hemingway. A vrai dire, je n'aime pas vraiment Hemingway. C'est un type qui a passé son temps à tuer des lions, à tuer d'autres écrivains, à tuer des éléphants, des poissons, des termites, tout ce qui passait à sa portée, en fait, et qui a fini par se tuer lui-même en laissant tout le merdier à sa femme de ménage. Je trouve ça malsain, d'être obsédé par la mort à ce point. N'empêche : la maison qu'il a occupée avec sa (troisième ?) épouse est vraiment sympa. Surtout le bureau. "Moi aussi j'aurais le Nobel facile si on me donnait un bureau commme ça", glissé-je à Katia. Elle opine - même pas un ricanement. Je crois qu'elle est de nouveau amoureuse.

 

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Pourquoi sommes-nous là, me demandez-vous ? Simple : dans la maison d'Hemingway, il y a des chats, des dizaines de chats, et la moitié au moins ont six doigts. Creepy, eh ? Et l'entrée ne nous a coûté que 26 dollars !

 

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Bon, notre verdict ? Key West est une ville tout à fait géniale, où on s'imagine bien glander jusqu'au restant de ses jours, jouer aux cartes entre deux cyclones ou décorer une maison de façon obsessionnelle en attendant la fin des temps. Il y a beaucoup de bars, des chats mutants, des iguanes débonnaires, des gays, des bikers, des hippies. Ah oui, et tout le monde lit : de vrais livres, avec du vrai papier, sous des porches, sous des arbres, des heures durant. La mort dans l'âme, nous repartons vers Key Largo, après un crochet chez Denny's, où Nathan avait oublié son pingouin en peluche. Ah, ah, c'est pas à moi que ça arriverait, un truc pareil.

 

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Le soir : bouffe à Mrs. Mac's Kitchen, l'une des meilleures adresses de Key Largo, avec de l'alligator à la carte. Oui, eh bien pour moi, ce sera nachos, hein - restons corrects. A la table voisine : deux couples de bikers québécois. Dans la voiture tout à l'heure, Katia m'a expliqué qu'elle trouvait les bikers "sexy". What ? Ce pays la rend folle.

Par F/.
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Mardi 21 février 2012 2 21 /02 /Fév /2012 11:57

Les Keys : un chapelet d'îles comme des points de suspension, une question qui n'en finit pas, des lopins de terre reliés par des ponts gigantesques (des ponts blancs, un océan vert, toujours l'impression que le truc a été designé par un chef décorateur à la retraite, un monsieur heu-reux), une torpeur tropicale incroyablement paisible, hors du temps, sans enjeu. Premier arrêt à Islamorada, dans une sorte de marina hippie où batifolent, en toute quiétude, des bataillons de pélicans et d'aigrettes. Les types qui vendent des t-shirts donnent tous l'impression d'être des auteurs méconnus reconvertis dans la pêche au gros. "Je veux vivre ici", décrète Katia. Tiens, j'en étais sûr.

 

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A Grassy Key, arrêt au Dolphin Conservation Center où, moyennant 600 dollars, vous pouvez nager cinq minutes avec un cétacé qui ne vous a rien demandé. Pas pour nous, ça, on est au-dessus de ça, et en-dessous de 600 dollars, aussi. On s'avance sur le ponton. Il y a plein d'enclos. Des dauphins en semi-liberté s'ébattent. Alice est folle d'excitation. "C'est le plus beau jour de ma vie." On n'a pas le droit de toucher les dauphins, évidemment, mais Katia décide que si. Allongée sur un ponton, dissimulée par un buisson, elle rampe telle une GI, centimètre par centimètre, tandis qu'une femelle passe et repasse devant elle, de plus en plus proche et amicale. Je suis chargé de faire le guet. Là-bas, à l'autre bout du parc, des gens applaudissent parce qu'un type de 300 kilos vient de se faire tracter par deux mammifères compatissants. Katia tend le bras. "J'y suis presque !" Enfin, la demoiselle dauphin sort gentiment son rostre. Contact établi ! Commentaire d'Alice (qui n'a pas le bras assez long) : "Je suis affreusement jalouse mais je suis quand même contente pour toi." Au fait, le saviez-vous ? Les dauphins ne dorment pas complètement. S'ils faisaient ça, ils oublieraient de respirer et se noieraient comme des merdes. Donc : une partie du cerveau seulement se repose, tandis que l'autre assure les fonctions de base. Dingue ! Exactement comme BHL !

 

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Pause déjeuner. A notre table, un type engage la conversation. Il est algérien, il vit dans le Connecticut, sa fille apprend le français, il nous a entendu parler, il veut savoir d'où nous sommes, notre groupe sanguin, tout ça. Je lui parle anglais, il me parle français, la situation devient ridicule. "Algérien ? dis-je. Alors ça, c'est marrant (en fait, pas tant que ça), il se trouve que j'ai vécu en Algérie", poursuis-je, lancé comme un train de marchandises dans les Grandes Plaines. Deux minutes plus tard, il s'avère qu'à quatre ou cinq années près, le type aurait pu être l'un des élèves de mon père à l'université de Boumerdès (بومرداس pour les intimes) près d'Alger. "On doit y aller", dit Katia, sans doute effrayée par l'envergure de mon réseau social. Bye, dolphins !

 

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A Bahia Honda, nous allons à la plage en discutant de la différence de prononciation entre "bitch" et "beach". Ah, ces Français. Bon, nous avons découvert une autre plage, sur Marathon Key, un putain de décor de carte postal dont Lonely Planet vantait les splendeurs avec emphase, mais il paraît que Bahia Honda c'est le top du top (c'est marqué sur internet) alors c'est parti. J'indique la route à Katia. Un barrage nous accueille. C'est dix dollars l'entrée. Ma femme ergote. "Donc, là, on paie pour un truc qu'on aurait pu avoir gratos il y a un quart d'heure, c'est bien ça ?" Je hausse les épaules. "Non mais laisse tomber, celle-là, elle va être mieux." En fait, non : elle est un peu moins bien. Je vais écrire à Lonely Planet pour leur demander d'être plus explicite. Bon, qu'à cela ne tienne. C'est un lagon blanc-émeraude, après tout. Les enfants se baignent, moi aussi, ma femme reste sur le sable : à moins de 25°C, cette étrange créature considère que les conditions ne sont pas propices à la baignade. Et après, il y a des gens qui s'étonnent que j'écrive beaucoup.

 

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Direction Key West. Nous nous élançons gaillardement sur la route 1. Une sirène mugit. Nous voilà pris en chasse par un véhicule de police. "Oh merde, souffle Katia." Oh merde indeed. Nous nous arrêtons sur le bas-côté. Le type sort, façon No country for old men. Il ne sourit pas du tout. "Was I driving too fast ?" roucoule Katia. "Yes ma'am, you were." Ma femme tente une opération de charme, le genre de manoeuvre cousue de fil blanc qui nous a permis de nous sortir de bien des situations délicates en France. Le problème, c'est que nous ne sommes pas en France, ici, et que notre flic est le genre de mec vacciné aux opérations de charme depuis 1968 - depuis, j'imagine, que son meilleur pote est mort sous ses yeus durant l'offensive du Têt. Bad Cop nous explique un truc auquel nous ne comprenons rien. Il dit "fifty five" et retourne à sa voiture. Katia blémit. "Cinquante cinq dollars ?" Je parcours mon guide à la va-vite. La police de Floride est réputée pour son extrême sévérité et ses amendes ahurissantes. Ah bon d'accord. Au bout de dix minutes, notre ami est de retour. J'imagine une fin alternative. "Ma'am, I'll ask you to step out of the car.". Là, Katia sort un flingue, lui tire une balle dans le front et souffle sur le canon. Je grimace, crispé. "Mais chérie enfin, qu'est-ce que tu fabriques ?" Elle range son gun. "Ta gueule, ou passe ton permis." Sur quoi elle redémarre en trombe, rajustant ses ray-ban. Finalement, je suis assez fier d'elle. Le problème, ce sont les enfants. "Papa, pourquoi maman elle a tué le monsieur ?" Je me retourne, souriant. "C'était un porc fasciste, ma chérie. Ce n'est pas grave. Il ira au paradis de toute façon." Bon, finalement, l'amende est de $256. Fifty five, c'était une allusion à notre vitesse. Un petit conseil, amis touristes en devenir : drive safely. Nous repartons. Katia est, comment dire ? Morose. "C'est fini. Je n'irai pas à Banana Republic." J'essaie de la convaincre que si, voyons, ne nous laissons pas abattre. Salaud de porc fasciste, quand même. Te rends-tu seulement compte que tu es en train de flinguer la balance commerciale de ton pays ?

 

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(cliché non contractuel)

 

 

Key West by night, Duval street, tout le monde est crevé mais cet endroit est assez incroyable : des bars criards tous les trois mètres et dans les rues adjacentes, baignées de pénombre, d'antiques villas coloniales assoupies, rêvant sous les palmiers. Nous regarderons tout ça demain plus en détails. D'autorité, je nous conduis chez un faiseur de hamburgers hors-pair qui nous réconcilie fissa avec l'existence. Le cuistot, un biker débonnaire, prépare aussi de somptueux beignets de conque à l'aïoli. Je le préviens qu'il va être dans mon blog. "No problem, man."

 

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Par F/.
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Lundi 20 février 2012 1 20 /02 /Fév /2012 12:10

Tout le monde connaît en principe le jeu amusant du "Je suis français, je suis radin, je vais me taper le petit déj' le plus obscène du monde et de la galaxie pour ne plus avoir à claquer le moindre cent au cours de la journée." Tout le monde connaît aussi son pendant inévitable : vers midi, vous avez encore la dalle. Est-ce que cette triste constatation doit vous empêcher d'engloutir, dès 8h30, force waffels, oeufs brouillés au fromage, pains de saucisse, muffins, bagels, doughnuts, yaourts, éventuellement fruits et autres café crémeux ? Of course not.
Lestés de deux pounds supplémentaires par tête de pipe, nous mettons le cap sur Miami Beach via downtown. Le centre des affaires, naturellement désert (nous sommes dimanche), nous surprend beaucoup : lignes ultra-épurées, tons bleu acier & vert émeraude, blanc, euh, libéral ? - des cyclistes esseulés longent des palmiers frémissant et nous avons l'impression de traverser un genre de no man's land vitrifié & parfait, sur lequel planent, eh bien, ce qui ressemble à des aigles.

 

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Miami Beach : la plage est sublime et là aussi nous sommes très étonnés : les gens se baignent, l'eau est bonne, belle, cristaline, bref : nous avons bien fait de ne pas emporter nos serviettes.


Un mojito compense mollement la frustration. Au retour, nous faisons un crochet par Palm island, l'île des stars. Un gardien nous laisse entrer. "Si vous roulez sans vous arrêter et que vous ne prenez pas de photos, ça ira." Oui, oui, monsieur. A noter : Scott Storch, blanc et cocaïnomane notoire, producteur notamment de The Roots, est né en 1973 et habite quelque part ici. On l'emmerde.

 

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Léger arrêt au stand : un restau qui vient d'ouvrir offre à tout le monde des bières et des pizzas gratuites (les clients, légèrement incrédules, sont rabattus par un vieux déguisé en Mario Bros)  puis cap sur la United Airlines Arena, homeland des Miami Heat. Bon, il faut bien le dire : ce match nous a coûté un bras, et on était un peu anxieux de voir comment les kids, fracassés par le décallage horaire, allaient réagir. Nous n'avons pas attendu longtemps. Au bout de deux minutes, Dwyane Wade et LeBron James étaient devenus leurs meilleurs potes.
Spectacle extraordinaire qu'un match de la NBA en live. Le jeu, d'abord, flamboyant, irrésistible, et puis les à-côtés : le show permanent dans les tribunes, les speakers survoltés, les "Let's got heat" quand Miami a la balle, les "He fails !" quand Orlando essaie d'avoir la balle, les exhortations de l'écran central à siffler chaque lancer franc adverse ("Make some noise !") et puis les pauses, surtout. Où peut-on voir : une course de bébés, des vétérans à la Homeland salué par un hymne américain joué à la clarinette, Lil Wayne et Bill Clinton repérés (et acclamés) sur écran géant, des cheerleaders quinquagénaires, une mascotte bondissante et un hymne métal joué par des violonistes black ? Finalement, les Heat l'emportent assez facilement : James et Wade marquent 25 et 27 points sans forcer leur talent.

 

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Après ça, nous cherchons l'appart de Dexter. Nous sommes fatigués. Mes indications sont imprécises. Non, en fait, elles sont totalement fausses. Qu'est-ce que c'est que cette adresse à la con ? Je nous emmène dans le nord, à mille lieues de Miami Beach où est tourné le fameux générique bon teint. Little Haiti : pas d'électricité, des gamins dans les rues, des ombres, la nuit - Katia me dit que c'est comme à Disneyland derrière les attractions, bienvenue de l'autre côté du miroir. Grâce ai plafonnier allumé (parce que j'essaie de lire la carte), tout le monde voit bien qu'on est blancs, et complètement paumés. Réflexion faite, que le Dark passenger se démerde.

Par F/.
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Dimanche 19 février 2012 7 19 /02 /Fév /2012 14:04

Départ à 7h30 : Benoît, le frère de Katia, s'est proposé de nous conduire. How nice of him. Nous protestons pour la forme.
- Mais non voyons, c'est samedi, reste avec ta meuf au lit.
- C'est ça, je vous connais : vous allez me le reprocher ensuite.
- Pas du tout.
- J'arrive.

Roissy, 8h15. L'embarquement est à 10h30. Nous n'avons jamais été aussi en avance quelque part de toute notre vie. Merci beaucoup, Benoît. A cause de toi, ma femme a acheté Psychologie magazine tellement elle s'emmerde.

Finalement, décollage à 12h30. Bah, une heure de retard, qu'es-ce que c'est ? Americain Airlines, welcome on board : les hôtesses ont 60 ans, elles font la gueule, il n'y a pas d'écran individuel et pas de prise non plus, contrairement à ce qui était indiqué sur le site. Il va donc falloir économiser les Nintendo 3DS des enfants. C'est un peu comme se ballader dans le désert avec une glacière et dire aux gens : "on a du coca glacé mais on le boira plus tard, OK ?
- Sinon, glissé-je à Alice, tu peux lire un livre.
- Non, je me réserve pour après.
- Ah, ah.

Onze heures de vol. Katia s'évertue à compter en heure française. D'accord, alors disons qu'il est minuit et que nous sommes à Dallas. Escale de quatre heures. Bah, qu'est-ce que quatre heures ? J'achète un hamburger, Katia achète des doughnuts, personne n'a faim, les enfants essaient de recharger leurs consoles.

Dallas - Miami : deux heures de vol encore. Turbulences monstres. Regard un brin inquiet de ma chère et tendre : "Euh, on n'a jamais eu ça, si ?" Moi, très brave. "Mais si voyons." (Intérieurement : "Seigneur, si on s'en sort, je te promets de... Attends, attends, fausse alerte, on va s'en sortir finalement.")

Landing : 1 am local time. Oui, tout ça est un peu long mais d'un autre côté, j'ai (re)lu les 3/4 de La Symphonie des spectres dont je dois rédiger la préface pour Denoël. Mâtin, quel roman !

Comptoir de Dollar, 2 am :
- Alors en fait, nous n'avons plus de voitures pour l'instant.
- Mais... Nous avons réservé.
- Je sais. Il y en aura peut-être une dans 1/2 heure.
- "Peut-être ?"
- Ah mais alors là ça ne va pas être possible.
- Calme-toi, chérie.
- Je sais. Je comprends. Vous pouvez me crier dessus. Je suis payée pour ça.
- Nous ne voulons pas vous crier dessus. Nous voulons la voiture que nous avons réservée.
- Je sais. Je comprends.
- Maman ? Nathan m'embête !

Bref. A 2.30 am, nous avons enfin notre voiture, et nous filons droit dans la direction inverse de celle que nous devions prendre. Katia (qui conduit, et essaie de se souvenir en temps réel comme fonctionne une boîte de vitesse automatique) :
- Ah mais alors là ça ne va pas être possible.
- Calme-toi, chérie. Tu as vu si c'était le 37e avenue, là ?
- Non. C'est ton job.
- Relax, je demandais ça à tout hasard. C'est pas comme si on était paumés dans Miami à 3 heures du mat après 23 heures sans sommeil.

Finalement, nous trouvons l'hôtel sans problème, au coeur de Coconut Grove. Je suis presque aussi fier que la fois où je nous ai emmenés direct sur la six-voies de L.A. avec un bilan de zéro victimes pédestres. Evidemment, il n'y a plus aucune place au parking du Hampton Inn mais j'ai envie de dire que c'est un détail. Nous nous couchons, légèrement las. Comme prévu, nous nous réveillons 4 heures plus tard. "Bon, annonce Katia, ce serait dommage de passer cette journée à ne rien foutre."
Tu l'as dit, baby.

Par F/.
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Samedi 18 février 2012 6 18 /02 /Fév /2012 06:12

Les gens nous demandent souvent : "oh mais pourquoi la Floride ? C'est plein de vieux." Nos réponses varient selon l'interlocuteur. "Nous sommes vieux" ; "Ma femme veut une ceinture en alligator, qui suis-je pour la lui refuser ?" ; "Nous sommes déjà allés partout, mec" ; "Et toi, tu sais pour qui tu votes au premier tour ?" La vérité, c'est que nous avons toujours voulu aller en Floride parce que nous voulons : voir l'appart de Dexter, voir la maison de Hemingway, voir LeBron James en action, voir des alligators en action, voir des dauphins en action, voir une fusée au repos et voir, euh, des vieux. And that's what we gonna do, baby.

 


 

Hier soir, fou que je suis, j'ai tenté de prendre ma femme en défaut lors du traditionnel check-in :

- Ciseaux à ongles ?
- J'ai.
- Nurofen 400 ?
- Facile.
- Les jumelles garanties 30 ans que je viens d'acheter à prix d'or sur un coup de tête absolument puéril ?
- Yes.
- (...)
- Quoi d'autre ?
- Attends, je réfléchis.
- Réfléchis, mais vite.
- OK, t'as les places de basket ? Les attestations ESTA ? Les billets d'avion ? Ta carte bleue ? Les putain de passeports ? La carte de Floride ? Les deux adaptateurs ? Le câble pour relier mon lecteur MP3 au lecteur MP3 de la voiture même si je sais bien que les photos sont non contractuelles ?
- Oui. Oui. Oui. Oui. Oui. Oui. Oui. Oui. Oui.
- Il manque un "oui".
- Non.
- Tu es forte. J'admets que tu es forte.
- Bon, quoi d'autre ?
- T'as prolongé les livres de la bibliothèque ?
- Non.
- Moi je l'ai fait.
- C'est très bien : c'est le seul truc que tu as fait de la journée.
- Oui mais ça c'est parce que, si je fais les valises, tu diras que c'est mal fait.
- Tout le monde peut faire des valises. Même toi.
- Tout le monde peut télécharger des épisodes de Desperate Housewives et c'est pourtant moi qui m'en charge.
- Tu as raison. J'oublie parfois à quel point tu travailles dur.

Comme vous le voyez, nous avons besoin de repos. Et ça tombe à merveille : dix heures d'avion jusqu'à Dallas, une escale de cinq heures sur place et une arrivée à Miami à 1h du mat heure locale - rien de tel pour partir du bon pied. Stay tuned !

 

http://www.thegrio.com/assets_c/2012/02/LeBron-James-Thumbs-Up-thumb-400xauto-30596.jpg

Par F/.
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Vendredi 17 février 2012 5 17 /02 /Fév /2012 06:16

Déjeuner avec Jean-Luc F. et un (très) jeune et (très) talentueux dessinateur avant-hier dans un excellent restau cambodgien du 10e, pour un projet qui promet beaucoup mais dont, comme d’habitude, je ne pourrai rien dire tant qu'il ne sera pas signé. Je passe chercher Jean-Luc chez lui. Il a beaucoup aimé Blue Jay Way (qui est sorti hier) et ça me met en joie, d’autant plus que Oliver G. a plutôt kiffé lui aussi, et Inès G. itou : les choses se présentent bien. Nous discutons de Crumb, de l’édition, de la révolution prochaine, de mes projets et rencontres, aussi, car il se trouve que l’animal lit mon blog. « En fait, ricane-t-il, dès qu’on déjeune avec toi, tout le monde est au courant. » Alors là pas du tout. Bon, je l’ai déjà dit je crois, mais je suis toujours ravi de voir ce mec. C’est l’un de mes deux ou trois papas de l’édition, en vérité, un géant bienveillant, une réserve inépuisable de conseils, d’encouragements et d’aphorismes lumineux.

 


Il y a quelque temps, Jérôme Noirez mentionnait dans une notule nippone de son merveilleux et trop modeste blog une éruption logorrhéique aussi spectaculaire qu'inattendue sur le forum d’ActuSF. Docile, je suis allé voir de quoi il retournait. Effectivement, ça fout un peu les jetons si on prend ça pour autre chose que, disons, l’expression d’un certain ennui métaphysique appliqué à la littérature de genre. Et quand bien même. En fait, j’ai essayé de joindre Jérôme hier pour lui faire part d’un truc autrement flippant, à mon avis : l’interview téléphonique que j’ai donnée à Sud Radio, consacrée à l’un des bouquins que nous avons écrits en binôme.

 

http://pmcdn.priceminister.com/photo/enquete-sur-les-loups-garous-de-fabrice-collin-893165411_ML.jpg

 

Je vous mets le lien mais, sans déconner, je ne suis pas fier. Primo parce que je n’étais pas absolument pas préparé à livrer une interview aussi détaillée sur un sujet aussi éloigné de mes préoccupations du moment, ensuite – et c’est nettement plus embarrassant – parce que le journaliste croyait manifestement tout ce qui était écrit dans le livre. Ou bien il faisait super bien semblant et cet entretien était en réalité un truc au troisième degré auquel je n’ai strictement rien pigé. Quoi qu’il en soit, prêtez une oreille : ça, ça fait peur.

 


A part ça, nous avons dîné avec les Oliver & Inès G. susmentionnés hier soir, et une merveilleuse odeur de fondeur bourguignonne embaume désormais tout l’appart, ainsi qu'un suave parfum d'amitié sincère. Nous ne connaissions pas les Gallmeister il y a trois ans et il nous manquait vraiment quelque chose. Nous aimons à peu près tout chez ces gens - de leurs livres à leurs enfants. Tiens, je pourrais dire ça aussi du sémillant Pascal G, croisé hier dans les couloirs de Gallimard - à ceci près que je connais moi bien ses enfants et que cet imbécile publie de la SF.

 


 

Reçu hier le monstrueux Histoires parallèles de Péter Nádas, +mille pages et une couverture noire à la Bourbon Kid - nous en reparlerons évidemment. Alors OK, les gars, la Hongrie se tape Viktor Orban. Mais elle possède aussi, en la personne de Péter Nádas et de Péter Esterházy, deux des plus grands écrivains du siècle encore en activité. 

Par F/.
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