(please follow) the golden path

en avant la musique

Publié le 24 Novembre 2014 par F/.

en avant la musique

Deux films musicaux ce week-end. Dans Frank, de Lenny Abrahamson, Jon, un jeune songwriter solitaire, intègre presque par hasard un groupe de rock complètement foutraque (les Flaming Lips de The Terror, à côté, c'est les One Direction), mené par l'énigmatique Frank, affublé d'une tête de personnage de cartoon dont il ne se sépare jamais. Frank est cinglé, les autres membres du groupe (l'une des filles est jouée par la grandiose Maggie Gyllenhaal) présentent tous un désordre psychotique grave et tout ce joli petit monde part bientôt enregistrer un album en Irlande, dans une maison de campagne complètement paumée. Crise créative, disputes incessantes, menaces larvées, suicide - tout y passe mais Jon s'accroche. Il veut savoir ce qui se passe sous la grosse tête de Frank, génie autiste tout entier habité par sa musique. Largement inspiré de la vie de Chris Sievey, qui possédait en la personne de Frank Sidebottom un avatar macrocéphale, mais aussi, dans une moindre mesure, par celle de Daniel Johnston, Frank est l'un des films les plus étranges qu'il m'ait récemment été donné de voir. Mélancolique, hérissé plus qu'émaillé d'effrayants morceaux de bravoure, y compris musicaux (on navigue entre les Doors et Godpseed), il laisse une impression d'émerveillement et de tristesse durable.

On ressent des émotions comparables, quoique subtilement différentes, au visionnage de Searching for Sugar Man, qui raconte comment des fans sud-africains se sont lancés sur la trace de Sixto Rodrigues, génie pop 70's que certains producteurs n'hésitent pas à comparer à Dylan - musicien totalement oublié aux USA mais jouissant, en Afrique du sud, d'une popularité équivalente à celle d'Elvis Presley. Là-bas, on pense que Sixto est mort sur scène, et qu'il était très connu dans son pays. Je ne vous raconte pas la fin, elle vaut son pesant d'or. L'histoire n'est peut-être pas tout à fait aussi incroyable que ses protagonistes veulent bien le dire, la musique de Sixto Rodriguez, si elle tutoie souvent les cimes, n'est peut-être pas aussi fabuleuse que le prétendent certains (ses deux albums contiennent au moins une demi-douzaine de pépites, cependant) mais le film, superbement monté, alternant interviews, extraits vintage, clips improvisés et rêveurs, est un vrai morceau de bravoure qui m'a plusieurs fois mis les larmes aux yeux. Sixto, à sa façon, est aussi cinglé que Frank, tout aussi étrange et tout aussi beau.

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une riche idée

Publié le 21 Novembre 2014 par F/.

une riche idée

Créé en 1954, le Comité Colbert rassemble des maisons françaises de luxe (78, pour être précis) ainsi que des institutions culturelles. Son but affiché est de "promouvoir l'industrie française du luxe en France et à l'étranger." Parmi les entreprises représentées : Chanel, le Ritz, Guerlain, Louis Vuitton, etc. De prime abord, j'avoue que j'ai un peu de mal à saisir le principe. Le luxe a-t-il réellement besoin d'être promu ? Les gens qui ne s'adonnent pas au luxe souffrent-ils simplement d'un déficit d'information ? "Bonjour, amis du Bouthan, aujourd'hui, nous allons vous parler du luxe, ce concept que visiblement vous méprisez un peu trop." Un responsable apporte des précisions : "Pour le Comité Colbert, une marque de luxe française est l'expression du goût et du style français. C'est une marque née en France, nourrie de culture française, s'appuyant sur des savoir-faire identitaires et dont la création est réalisée en France." Bon, d'accord. La France, en somme. Why not, comme dirait Alain Toubon.

Pourquoi est-ce que je vous parle de tout ça ? Parce qu'à l'occasion de son 60e anniversaire, le Comité Colbert a demandé à six auteurs français de science fiction d’écrire des nouvelles pour imaginer le futur du luxe en 2074 par le biais de l’Utopie. Le résultat est une anthologie gratuite en numérique qui sera présentée notamment à New York, si j'ai bien compris, en présence des auteurs qui resteront quatre jours là-bas, comme le précise avec un enthousiasme non dissimulé Jean-Claude Dunyach, anthologiste et auteur.

La préface du recueil est signée Alain Rey. (J'avoue que je ne connaissais pas ce monsieur. Apparemment, c'est une lacune.) Je l'ai lue, et vous pouvez la lire aussi - c'est gratuit et on comprend très vite pourquoi. A vrai dire, la vision du monde de 2074 qui se déploie à travers ce texte ne devient réellement glaçante qu'à partir du moment où l'on réalise qu'elle ne relève pas de la provocation potache. Étant bon public de nature, j'avoue que j'ai mis le temps. Comme je suis gentil, je vous la fais courte. Le problème du luxe, avant, c'est qu'il n'était pas accessible à tous. En 2074, la situation s'est arrangée. "Symbole de liberté, instrument d’épanouissement, véhicule de générosité", le luxe s'est démocratisé, il est devenu "le recours aux valeurs patrimoniales menacées ou perdues par l'action écrasante de la médiocrité, de la banalité et du laisser-aller." Patrick Bateman n'aurait pas dit mieux. Une autre pour la route ? "A "je est un autre" de Rimbaud répond désormais "tout autre est moi."" Si, si. On a hâte d'y être.

Bref - chacun se fera son opinion. Pour ma part, c'est la première fois depuis longtemps que j'ai eu physiquement envie de vomir en lisant un texte. Mais je suis sans doute une petite nature.

Bon, pour être honnête, l'une des premières questions que je me suis posées, en découvrant la teneur du projet et en lisant les mots de Jean-Claude Dunyach sur un forum de SF (Jean-Claude qui avait l'air authentiquement heureux et fier), c'est : est-ce que j'aurais participé à ce truc si on me l'avait demandé ? Sous pseudo, peut-être, mm ? (Hélas, cette option n'était manifestement pas proposée ; d'un autre côté, c'est bien d'assumer). Après tout, quatre jours à NYC avec - potentiellement - des copains, ça ne se balaie pas comme ça d'un revers de main, surtout si la sauterie est financée par des gens qui ne savent visiblement pas quoi faire de leur blé. (La question de la promotion du genre SF me paraît ici relever de la pure galéjade. En quoi la SF pourrait-elle sortir grandie de cette farce ? Si quelqu'un arrive à me l'expliquer sans s'exciter et - surtout, sans me parler de diffusion, parce qu'à ce compte-là, on peut aussi distribuer des nouvelles gratos à tous les lecteurs d'Eric Zemmour, et alors quoi ? -, je lui tire d'avance mon chapeau). Apparemment, les participants ont eu droit au préalable à une visite guidée de certaines entreprises. Qu'ont-ils découvert de merveilleux ? Les a-t-on aiguillés dans leur choix ? Ont-ils reçu des instructions ? On ne sait pas. Je n'ai pas lu leurs nouvelles et je ne le ferai pas. Elles relèvent du publi-rédactionnel et c'est un genre qui ne m'intéresse en rien. On peut néanmoins conjecturer (les intéressés me démentiront) qu'aucun des auteurs n'a participé à l'entreprise avec une idée subversive en tête et que, s'il l'a fait, il lui sera difficile de le crier sur tous les toits. Ah, mais il est facile de se moquer, de montrer du doigt. Pour de bon, donc, la question que devraient se poser tous les auteurs de SF et sympathisants qui n'ont pas été conviés à cette étonnante fête du bon goût (et je m'inclus dans le lot, on aura compris - les frontières ont l'air assez souples), c'est "aurais-je eu les couilles de dire non, et pourquoi ?". Ou, pour formuler les choses autrement : "aurais-je dit oui, et me serais-je ensuite auto-convaincu que ce n'est pas si grave, qu'il faut bien vivre ma bonne dame, que le luxe n'est pas un mal en soi (arrivé à ce stade, il serait néanmoins judicieux, à mon avis, de distinguer le produit de luxe du concept lui-même, basé sur la rareté et l'exclusivité, et se demander si la démocratisation dudit concept s'apparenterait à autre chose qu'à une glorification décomplexée et tout à fait inédite de l'ego sous sa forme la plus vile, i.e. un simple réceptacle à plaisirs - le consommateur comme machine repue et comblée, youpi) et que toutes les critiques qui me tomberaient dessus par la suite ne relèveraient in fine que d'une jalousie mal placée ou d'un rigorisme idéologique dépassé ?" Personnellement, je me suis interrogé en tant que propriétaire parisien nanti et ancien élève d'une école de commerce qui promettait à ses étudiants un salaire d'embauche moyen équivalent au PNB d'un pays d'Afrique centrale. Et la réponse, mûrement réfléchie, a été "non".
Pourquoi donc, mec ? Eh bien, déjà, je peux me payer un voyage à New York tout seul. Je ne crois pas trop m'avancer en disant que c'est aussi le cas de la majorité des auteurs de l'anthologie. Si Chanel veut me filer du blé, pas de soucis. Mais alors à mes conditions. C'est-à-dire 100 000 € par an renouvelables par tacite reconduction et sans la moindre contrepartie, thanks. Et puis, surtout, je suis un garçon assez frustre. Le luxe ne me fait pas rêver. Bien sûr, comme tout le monde, je préfère boire du bon vin que de la piquette et porter des fringues qui me tombent bien. Mais les belles vitrines, les voituriers, le petit doigt relevé, l'étoffe magique d'un foulard à 2000€, au mieux ça me fait rire - et certainement un peu plus que le mec qui trime pour fabriquer ledit foulard, il faut bien le dire. Quant à la grande blague éternelle de la droite, "créons plein de richesses comme ça on en profitera tous - surtout moi", elle ne m'arrache même plus un sourire. Ma conception personnelle du bonheur, c'est une soirée entre potes. Du pâté Auchan fera l'affaire. Du Champagne aussi, bien sûr. Ou du cassoulet en boîte, ou des 8/6, ou que dalle. En fait, je m'en tape. Tout ce que je sais, c’est que vivre dans le monde du futur décrit par Alain Rey me donnerait envie de sauter immédiatement par la fenêtre d'un gratte-ciel new-yorkais. Et que quand on participe à une anthologie, on en cautionne implicitement la préface (c'est là une position qui se discute, et qui n'est pas très facile à tenir, je le concède ; ou alors c'est qu'on voue une estime sans équivoque au préfacier.)

On aurait aimé une once d'humanité, dans le projet Rêver 2074. L'ébauche d'une réflexion, d'une vague remise en question, d'une éthique - après tout, le mot "rêve" a été choisi à dessein, non ? -, voire, soyons fous, d'un débat sur l'essence du bonheur ou la nature du SENS - les capitales sont d'origine - données par le luxe, en lieu et place de ce festival de néologismes moisis censé tracer les lignes de force d'un avenir radieux. Las : chez ces gens-là, monsieur, on ne rêve pas ; on vend - c'est d'ailleurs bien pour ça que le recueil est gratuit. Consommez, mes bons, jouissez, votre âme vous dira merci et, oui, relax : nous prenons l'AmEx platinum.

Dès lors, signer une nouvelle prémâchée dans un recueil préfacé par un monsieur bizarre (je reste poli ; en fait, cette texte m'a paru le symptôme sans précédent d'une hystérisation surréelle du libéralisme dans ce qu'il peut avoir de plus puant - un truc à faire passer Alain Minc pour un dangereux marxiste, moyennant quoi "guignol" n’est pas le premier mot qui m’est venu à l’esprit), un plaisantin malsain, donc, qui nous explique sans rire que luxe = générosité et que la France est "source de joie pour la planète entière", vraiment, non, ce ne serait pas possible. (Une suggestion pour ce 60e anniversaire, monsieur Rey : mettez votre verve facétieuse au service d'un discours qui convaincra tous vos amis de distribuer l'ensemble de leurs merdes clinquantes aux nécessiteux. Bien sûr, les pauvres ne méritent pas cette grâce mais, au moins, ils auront une chance d'apprendre l'avenir.) Quant aux auteurs du recueil, well, le fandom va se foutre de leur gueule pendant un petit moment, je suppose qu'ils s'en doutaient, je suppose aussi qu'ils s'en moquent (je ferais pareil) et qu'ils pensent que tout ça n'est pas bien grave, et j'espère au moins pour eux - leur bilan carbone ne s'en trouvera pas affecté - qu'ils voyageront en classe affaires, et que quelqu'un prendra des photos, les plaisanteries les plus courtes n'étant pas toujours les meilleures. Par ailleurs, je serais ravi d'accueillir leurs commentaires ici. Il est plus probable (et, à vrai dire, je l'espère) que je ne sache pas tout.

En attendant, deux petits liens de propagande trotskiste pour la bonne bouche : Yossarian et la salle 101.

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la patte de l'auteur

Publié le 18 Novembre 2014 par F/.

la patte de l'auteur

En ces temps de gueule de bois / sidération post-rentrée littéraire, L'Ours est un écrivain comme les autres est un livre more than welcome, le genre de roman enchanteur qui vous plaît et semble vous venger - avant que vous vous souveniez que personne ne vous force à subir tout ça. Publié il y a près de vingt ans aux États-Unis, l'ouvrage n'a rien perdu de sa riante actualité. C'est, grosso modo, l'histoire d'un ours qui découvre un roman enterré au pied d'un arbre, qui le prend sous le bras et qui part à New York pour faire carrière. Le premier agent littéraire qui croise sa route flaire immédiatement le potentiel. "C'est un livre extraordinaire. [...] Mais je ne vous apprends rien, bien sûr." L'animal opine, pense surtout aux barres de chocolat qui traînent dans sa poche. L'agent sourit. "Personne ne vous a jamais dit à quel point vous ressembliez à Hemingway ?

- Qui ?

- Qui, en effet ! Il se peut fort bien que vous soyez celui qui va le reléguer dans l'oubli."

Voici notre ours lancé. De quoi avez-vous besoin pour faire carrière dans le monde des lettres ? De miel, d'innocence et de dix mots de vocabulaire - votre nature décontractée et la propension maladive de votre équipe à plaquer sur tout ce qui bouge et respire une grille marketing basée sur la connerie globale supposée de l'humanité occidentale contemporaine feront le reste. "Ce que j'adore dans votre livre, lui confie une chargée de com', c'est qu'il emporte le lecteur, tout en restant dans le politiquement correct." L'ours lui répond qu'elle sent bon. La jeune femme déglutit. Ce franc-parler. Cette spontanéité. "Elle n'était pas tout à fait à l'aise avec [lui]. Il ne parlait ni d'argent ni de pourcentage."

Tout écrivain perd des lecteurs à partir du moment où il laisse entrevoir un pan de sa personnalité. Vous êtes trop beau, trop malin, trop con, trop gentil, trop à droite, trop vieux, trop calculateur - vous êtes un être humain, et ça craint. L'ours n'est qu'un ours ; il vit dans le présent, dans la jouissance, il est strictement lui-même, et c'est plus que suffisant. Il avale des tartes, le monde littéraire avale tout le reste. Ours 1, humanité 0.

"Vous êtes bien silencieux [...]. Vous aimez méditer avant une interview ?

- Qu'est-ce qu'une interview ?

- C'est bien d'être un peu blasé. Mais faites attention à ne pas perdre votre spontanéité."

C'est chez Cambourakis (décidément), c'est de loin le livre le plus hilarant de la rentrée (pas difficile, me direz-vous) et c'est signé William Kotzwinkle, qui fêtera bientôt son 76e anniversaire.

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de choses et d'autres

Publié le 6 Novembre 2014 par F/.

de choses et d'autres

Une réédition bienvenue, présentée dans une nouvelle traduction signée Jean-Baptise Coursaud, et une nouvelle réussite à porter au crédit des éditions Cambourakis, qui mériteraient vraiment leur heure de gloire : Le Palais de glace de Tarjei Vesaas, un texte d'une poésie saisissante que j'ai découvert il y a vingt ans. Deux fillettes au cœur de l'automne norvégien, un palais de glace - "puis enfin la goutte claire qui s'écroule dans la neige". Le reste, c'est Doris Lessing qui le dit : "Combien simple est ce roman. Combien subtil. Combien inoubliable. Combien extraordinaire." Et elle dit vrai. Le Palais de glace est une expérience sensorielle, sensuelle et féérique comme seule la littérature peut en offrir. Précipitez-vous.

Nouvelle collection chez Points : Points vivre, consacrée à la spiritualité. J'ai déjà noté deux titres : Le Jardinier de Tibhirine, de Jean-Marie Lassausse avec Christophe Henning, petit livre consacré à la nouvelle vie de ce monastère algérien endeuillé le 21 mai 1996 par l'exécution barbare de sept frères, un texte d'une grande beauté et d'une grande simplicité qui se termine sur les mots "Incha Allah !", et Divine blessure de Jacqueline Kelen, qui vante les mérites amers de l'épreuve et de la souffrance inhérente à toute expérience humaine et s'attaque, via nombre d'exemples puisés dans la mythologie, à la notion de transcendance.

49 jours, le premier tome de La dernière guerre, sort aujourd'hui au format poche. Plus de détails ici.

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pour en finir avec la pensée unique de gauche islamophile totalitaire gay

Publié le 5 Novembre 2014 par F/.

pour en finir avec la pensée unique de gauche islamophile totalitaire gay

Comme Jean-Marie Le Pen, Eric Zemmour a toujours été du côté des petits : les métallos, les sans-grades, les oubliés de la République écrasés par la botte hautaine de l'élite germanopratine gauchiste asexuée. Je n'ai pas lu son livre, mais l'homme a l'air courtois et sympathique. Au concert de Prince, il y a quelques mois, il est passé devant tout le monde, courbant bravement la tête sous les quolibets de la bobocratie marxiste pédésexuelle bougnoule. Oui, vous avez bien lu ! Prince ! Un Noir se trémoussant sur des rythmes discoïdes tribaux ! Alors que certaines vipères maoïstes conspirationnistes adeptes du fist-fucking consentant s'échinent encore à tenter de faire passer notre bon Rico pour un waciste ! Mais de se moque-t-on, au nom du Seigneur ? Et qui sommes-nous pour juger ? Pourquoi ne balayons-nous pas d'abord devant notre porte, tiens, plutôt que de laisser ce travail à des mercenaires d’Al-Qaïda efféminés anti-libéraux de mes couilles ? Apparemment, l'essentiel de nos problèmes, à nous les trotskistes invertis féministes décadents du 6e, viendrait du fait qu'une fois éhontément exemptés d'un service militaire qui aurait pu commencer à nous remettre dans le droit chemin, nous avons passé notre temps à regarder Hélène et les garçons en mangeant du couscous-boulettes à pleines mains. Force aujourd'hui est de reconnaître, à l'heure où la France se livre telle une catin haletante aux coups de boutoir de l'hydre cryptocommuniste basanée de banlieue, le bien-fondé de ces assertions frappées au coin du bon sens. Je n'ai rien contre le couscous, notez. J'ai même un excellent ami arabe non djihadiste. Mais tout de même. Si nous, les jadis über-mecs, nous ne nous étions pas mis à écouter Desproges et à porter nous-mêmes nos enfants au lieu de laisser nos connasses de bonnes femmes s'en occuper comme il se doit, la France aujourd'hui serait toujours la première puissance mondiale de l'univers et nous pourrions chasser l'éléphant à l'ancienne, secondés par des boys yabonbanania au doux teint d'ébène avides de mourir pour nos valeurs. Au lieu de quoi nous écoutons Radio Nova en grignotant de la World Food typique de petites bites socialo-passives adeptes du terrorisme égalitaire.

Fort heureusement, il nous reste un cerveau. Et il nous reste Eric Z., le rempart dernier contre la barbarie multi-culturaliste, le Gandalf serein (on sait pourtant à quel point les orcs peuvent être arabes, quand ils s'y mettent) face à la tempête pro-pédérastie léniniste nord-africaine qui s'annonce, ce héros tranquille dont la faconde de gentleman sans attache ni parti susciterait bien en mes entrailles quelque tressaillement infra-humide si je n'était pas récemment tombé sur cette éclairante équation : homosexualité = mariage homosexuel = anéantissement total et absolu de la race blanche dans les plus brefs délais avec l'appui secret des oukases mélanchonnistes de Centre-Afrique. C'est pourquoi, d'un élan primesautier, j'ai résolu il y a peu de délaisser les sirènes des propagandistes écolo gay aux cheveux crépus et à l'haleine terroriste qui se prétendaient mes amis pour me mettre à l'écoute de mes compatriotes, les vrais, ceux qu'en leur sommeil la douce voix du Général de Gaulle berce encore de ses encouragements affligés. Et croyez-le ou non, ô amis blonds aux yeux bleus, mais j'ai vu la lumière - blanche, cela va de soi -, j'ai vu la lumière, à tel point que des larmes de reconnaissance française de souche humectent mes paupières non-bridées à l'heure où j'écris ces lignes. Alors si, comme moi, vous ne vous estimez pas encore digne de lire le Suicide français (une auto-critique préalable s'impose, a priori, ou à tout le moins un séjour en camp de re-virilisation façon scouts d'Europe à la découverte, par exemple, des merveilles du Danemark rural), lisez au moins ce que les Vrais Français (comprenez : les courageux libres-penseurs immunisés contre la logorrhée des égalitaristes sodomites en burqa) en disent.

"Le livre d'Eric Zemmour est un sacré pavé que tous les hommes libres de France - et tous ceux qui aiment la France, où qu'ils soient -, doivent connaitre."

"Zemmour rappelle que l'on peut avoir un esprit critique dans notre monde qui se perd."

"Le Livre des Lumières...... du XXIème siècle ! Bravo Monsieur Zemmour pour votre lucidité, votre intelligence. [...] A mettre dans les mains des jeunes !!!"

"On se rend compte que finalement la Révolution et son totalitarisme égalitaire a conduit à une décadence de la France depuis 1789 ! Dieu, le roi, la patrie !"

"Il n'y a pas à juger ou critiquer ce livre, puisqu'il ne fait que décrire une réalité objective."

"Même si on peut avoir quelques désaccords mineurs avec l'auteur, on ne peut qu'apprécier cette bouffée d'air frais."

"... écrit dans un admirable style français."

"Bien entendu ce livre est la cible des critiques de toute l'intelligentsia médiatique."

Tout à fait d'accord, cher et courageux "amazon customer." Et j'en profite pour adresser ici un avertissement solennel aux tristes bien-pensants anarchistes issus des back-rooms arabisantes qui viendraient par mégarde à lire ces lignes et entendraient m'opposer leurs pitoyables arguties de cocos inscrits aux alertes de YouPornGay : continuez à bouffer des merguez à la Fête de l'Huma pendant que vos dirigeants se gobergent en tringlant des prostituées slovènes dans des bains de Ruinart, espèces de petits branlotins inconséquents, et vous verrez : dans trois ans, paf, des mosquées partout, une femme voilée lesbienne au pouvoir et, euh - enfin, vous m'avez compris.

Une précision : si vous n'êtes pas contents, si vous pensez que j'en fais un peu trop, c'est le même prix. Je vous laisse à vos palabres du Café de Flore, à vos attouchements contre-nature et à vos séjours au Maroc. Je vais lire ce livre, je vais en lécher amoureusement chaque page, et ce n'est certainement pas vous, les parangons du discours unique left-winged négroïde de tantouzes, qui me direz quoi en penser. De toute façon, et comme le dit si bien Zemmour lui-même : "on ne peut plus rien dire sans se faire insulter de racisme."

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en réponse à votre honorée du tant

Publié le 5 Novembre 2014 par F/.

en réponse à votre honorée du tant

On peut regretter le charme de l'écriture épistolaire à l'ancienne, le temps où un facteur pouvait tomber de sa bicyclette, remplacé par ces instants si cruciaux où vous expliquez à vos bien-aimés followers que Yahoo Mail, bordel, c'est fini pour vous. On peut aussi se laisser aller à un contentement béat : Au bonheur des lettres, recueil de "courriers historiques, inattendus et farfelus " tirés du fameux site Letters of note et publié en France par les Éditions du Sous-Sol, tient allègrement ses promesses et, à vrai dire, personne ne chialerait s'il devenait le best-seller de Noël - en tout cas pas moi. Offrez-le donc, ou offrez-le vous discrètement si personne ne vous semble digne de découvrir ce que Iggy Pop raconte à ses petites fans, ou si la dernière missive de Virginia Woolf à son Leonard de mari demeure encore un mystère pour vous. Ce coffe table book érudit contient plus de cent lettres, fac-similés + traductions tour à tour hilarantes, déchirantes, à peine croyables ou intensément réconfortantes, et constitue une publicité assez convaincante (pardonnez-moi, j'enfile ici mon costume de Cap'tain Banal...) pour le, ahem, pouvoir des mots. Voyez les choses comme ça : vous recevez une lettre comme l'une de celles rassemblées dans cette anthologie, et votre vie change comme si on lui donnait un gros coup de pied au cul - en bien ou en mal, mais elle change (parfois, c'est même votre mort qui change : par exemple, si vous êtes Spencer Tracy et que Katharine Hepburn vous écrit 18 ans après votre infarctus fatal.)

Cinq exemples de lettres cool prises au hasard et que vous trouverez dans Au bonheur des lettres : celle de Raymond Chandler à l'éditeur du magazine Atlantic Monthly qui a tenté de retoucher l'un de ses textes ("quand je coupe un infinitif, bordel, je le coupe pour qu'il reste coupé") ; celle du neveu d'Adolf Hitler à Franklin D. Roosevelt, alors que l'armée américaine refuse de l'enrôler ("dans le monde d'aujourd'hui, chacun doit se poser la question de savoir quelle cause il entend servir") ; celle de Groucho Marx à son copain Woody Allen, auquel il avait temporairement arrêté d'écrire ("je sais que tu fais six trucs à la fois - donc cinq à teneur sexuelle") ; celle de Francis Crick, qui vient grosso modo de découvrir la structure de l'ADN, à son fils de 12 ans ("en d'autres termes, nous pensons avoir découvert le principe de duplication mécanique de base par lequel la vie reproduit la vie) ; et celle, enfin, du boss du marketing Campbell's à un certain Andy Warhol ("Je prends la liberté de vous faire livrer deux caisses de notre Tomato Soup à cette adresse.")

Vous l'aurez compris : Au bonheur des lettres, c'est l'histoire des siècles et de l'audace - missives lancées telles des flèches, soufflées comme des baisers, bouteilles lancées dans le grande océan sombre, pichenettes décochées aux étoiles. Le livre est massif, il coûte 36€ - soit une fois et demi plus cher seulement que l'étron fumant d'Eric Zemmour, dont nous reparlerons, hélas - et je vous conseille de ne pas le laisser traîner sur la table de l'apéro quand vous avez des invités parce que soyez-en sûrs : quelqu'un va s'en saisir et ne pas écouter du tout ce que vous avez à dire sur la disparition des classes moyennes ou cette folle au bureau qui vous pique tout le temps votre agrafeuse.

Une dernière pour la route ? La note adressée à ses supérieurs par un certain Ian Main, après qu'il a reçu un script de l'inconnu John Cleese intitulé L'hôtel en folie : "Je crains d'avoir trouvé celui-ci aussi nul que son titre."

Réjouissant, on vous dit.

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il faut trouver la Voie

Publié le 4 Novembre 2014 par F/.

il faut trouver la Voie

Vu Lucy de Luc Besson. "Pourquoi ?" pourrait à bon droit se demander le lecteur. A quoi je rétorque : pourquoi le ténia est-il hermaphrodite ? Pourquoi David Foenkinos vend-il plus de livres que David Foster Wallace ? Pourquoi la carte orange était-elle jadis orange ? (On pourrait aussi poser de nombreuses questions à propos de Nadine Morano ou de la vie en général, mais est-ce bien le moment ?). Bref, c'est ainsi, "The world is full of obvious things which nobody by any chance ever observes", comme disait Conan Doyle - j'écris "j'ai vu Lucy" comme je pourrais écrire "j'ai mangé des gaufres" à ceci près que mon système digestif, dans le cas présent, reste impuissant à me soulager : ce film va rester en moi sous une forme ou une autre ce qui, sous un angle purement karmique, ne paraît pas à première vue, mais je dis bien "à première vue", une excellente nouvelle.

Ne jugeons pas trop vite, cependant. Ne tirons pas, par exemple, de conclusions trop hâtives du fait que le réalisateur ait déclaré, après Arthur et les Minimoys, qu'il arrêtait sa carrière. Regardez Nietzsche : tous les grands visionnaires de ce monde n'ont-ils pas connu au moins UN passage à vide - la conséquence, en général, de la distance toujours plus grande les séparant de leur public bienveillant mais fondamentalement bovin ? Non, non, Besson n'a pas pu seulement se dire : "je vais faire un film". ll devait y avoir autre chose. Un plan secret. Un message.

Sur le plan scénaristique, si vous me permettez cet abus de langage, Lucy se situe à peu près à égale distance de The Tree of Life, Taxi et les Teletubbies, c'est-à-dire dans un endroit qui n'existe pas. On y trouve des galaxies, de tueurs sans âme (= chinois), des extraits de documentaires animaliers façon National Geographic (de loin les meilleures scènes) et une Scarlett Johansson .munie d'une expression faciale unique - la tête que vous feriez probablement vous aussi si on vous tendait le script en vous disant : "nous allons te payer pour jouer ce rôle et, non, ce n'est pas une blague grand format orchestrée par Grégoire Delacourt".

Le fil narratif suit la progression interne et externe de la dénommée Lucy qui, au départ, utilisait 10% de son cerveau, et va ensuite en utiliser 100%, tout ça à cause d'une drogue bleue qu'on lui a fourrée dans le ventre - on connaît le goût des Chinois pour les taquineries en tous genres. La question de savoir quel intérêt des dealers pourraient trouver à diffuser une drogue permettant aux consommateurs de devenir plus intelligents qu'eux est absolument accessoire, comme l'ensemble des questions que vous pourrez vous poser devant ce film si vous arrivez à vous poser des questions et non pas à vous endormir, à démolir votre écran à mains nues en hurlant des imprécations mandchoues ou à faire n'importe quoi susceptible de vous permettre, vous aussi, de dépasser ces fichus 10% d'activité cérébrale.

Et voilà qu'inopinément surgit le grand secret de Lucy, sa magie, sa prouesse, ce qui lui confère ce charme existentiel si particulier, et fait de son créateur un bienfaiteur de l'ombre pour les siècles des siècles : ce film nous explique par l'exemple que nous sommes cons à bouffer du foin. Si nous étions autre chose, nous ferions autre chose. Moi, par exemple, j'aurais pu aller acheter des pâtisseries portugaises, j'aurais pu regarder ce match d'Aston Villa, j'aurais pu me gratter les couilles en ne pensant à rien, mais non : j'ai choisi de regarder Lucy. On en revient à la question de départ - à ce moment si émouvant et fragile où la conscience, telle une fleur douée d'une forme d'intelligence rudimentaire, se déploie doucement sous la brise et articule, quoique de façon encore très frustre, la question "pourquoi" - de laquelle découlent toutes les autres, et qui mène probablement au secret ultime du monde. Dès lors, rien - ni l'inanité surnaturelles des dialogues, ni les soi-disant béances du "scénario" (des gouffres que notre pensée doit remplir), ni la pitoyable réalisation 80's (rien ne doit détourner l'attention du message central), sans parler de la direction d'acteurs (qui croyaient sans doute, les malheureux, qu'on leur demandait de jouer dans un film, et non de participer à un programme d'éveil des consciences) et de la conclusion éminemment WTF de l'ensemble ("je suis à 100%, je suis devenue Dieu, voici le résultat de ma sapience consignée sur une clé USB, maintenant je m'en vais parce que j'ai du travail, bonne chance avec l'humanité, bitches") - ne doit (et ne peut) être pris au premier degré. En un sens, bien sûr, c'est beaucoup plus rassurant pour Luc Besson que pour nous, parce que nous mesurons en direct live les 90% qui nous séparent de l'intelligence totale, mais au moins savons-nous maintenant ce qui nous reste à faire : employer nos vies, armés de cette revigorante sapience, à leur donner un sens. Le chemin est long, mais seul le chemin importe - et Besson est déjà loin devant, hissant haut sa sage lanterne. "There is a light, comme le chantait Morissey, that never goes out".

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affolé de son art

Publié le 3 Novembre 2014 par F/.

affolé de son art

Je dois, à propos du peintre Katsushika Hokusai (葛飾 北斎), considéré peu ou prou comme l'artiste japonais le plus célèbre du monde, confesser une ignorance quasi totale. La Grande Vague de Kanagawa et son fascinant bleu de Prusse, première des estampes composant les Trente-six vues du mont Fuji, m'était évidemment familière, mais vous pouvez connaître "Longtemps je me suis levé de bonne heure" sans être pour autant un grand spécialiste de Proust. A vrai dire, j'ai été littéralement sidéré par cette exposition. Par l'ahurissante puissance de travail du "Fou de dessin" qui changeait de nom à chaque phase créatrice, par son trait virevoltant (sa main semblait guidée par un esprit tyrannique, mais il s'y soumettait, semble-t-il, avec une grâce si légère qu'il aurait pu peindre mille ans), par sa profonde, sincère et comique humilité ("Cinq ans de plus et je serais devenu un grand artiste", marmonnait-il sur son lit de mort), par la merveilleuse variété de ses talents, de sa technique et de ses œuvres (dessins, gravures, estampes, peintures, bronzes, mangas, daruma), et par la joie fondamentale, surtout, qui s'exprimait à travers elle - je dis cela sans rien savoir de son existence -, cette joie mêlée d'un apparent naturel qui reste à mes yeux l'expression la plus pure du génie créatif et le fait toucher du doigt la cime ultime de l'Art, ce point où, à force d'imiter la réalité, il en crée une nouvelle, fondamentalement unique. Dans un tout autre domaine, on pense bien sûr à Goethe, peut-être son contemporain le plus illustre, autre fou de la vie dont les nerfs agiles et tendres, raconte Pietro Citati dans l'incomparable ouvrage qu'il a consacré à son œuvre, "capturaient les vibrations qui parcourent le Grand Sensorium de l'Univers." Il faudrait un livre entier pour circonscrire l'influence profonde qu'exerça Hokusai sur ses contemporains et ses successeurs, japonais et européens, artistes majeurs ou artisans plus triviaux. Fort heureusement, il en existe plusieurs. Je les voudrais tous. J'aimerais, surtout, que ceux qui connaissent ce peintre mieux que moi (salut, François Place, hello, Jérôme Noirez), me fassent part de leur ressenti et du miracle de leur rencontre première.

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leave Pynchon alone

Publié le 11 Octobre 2014 par F/.

leave Pynchon alone

Je ne sais pas très bien ce qu'est la littérature, et je n'aurai jamais (ou jamais plus) la prétention d'expliquer ce qu'elle devrait être. Beigbeder, si. Il faut dire qu'on le paie pour avoir un avis et pour l'orner des bons mots ; c'est une démarche qui donne rarement des résultats concluants.

Ceux qui me lisent savent l'affection assez particulière que m'inspire l'auteur de 99 francs. Un jour, dans un TGV, je l'ai abordé. "J'aimerais bien discuter avec vous", ai-je déclaré. J'étais jeune. Je pensais que confronter des points de vue pouvait être intéressant. Je me disais, je vais lui faire découvrir des trucs, au fond, il doit se sentir assez seul. Mais Beigbeder semblait bien, confortablement assis dans son fauteuil de 1ere classe, et je suais un peu, et j'écrivais de la fantasy ou je ne sais quoi, aussi, pourquoi diable aurait-il levé le cul de son siège ? "Je vous paie une bière", ai-je ajouté, piteux. Je me dis maintenant que le choix de la boisson n'était pas approprié. Je me dis maintenant que je n'étais pas approprié. Le résultat, c'est que, dans mon esprit, l'homme est toujours resté à la hauteur de l’œuvre, ce qui n'est pas réellement une excellente nouvelle.

Je ne sais pas très bien ce qu'est la littérature. On peut décider de juste raconter une histoire, et le féaire de la meilleure façon possible. J'ai un ami qui s'y emploie et qui gagne mieux sa vie que Beigbeder. Je suis content pour lui, d'autant que c'est un garçon humble et généreux. Qu'est-ce que le style ? Nous en parlons parfois. Qu'est-ce que le talent ? Qu'est-ce qui fait que Picasso est un meilleur peintre que Paul Dugenou, qui vend des aquarelles à Montmartre, qu'est-ce qui fait qu'on ne peut pas discuter cette vérité sous peine de voir le monde s'effondrer ? Qu'est-ce qui fait qu'on peut lire Katherine Pancol puis, je ne sais pas, moi, Gonçalo M. Tavares (même si un certain principe de réalité nous incline à penser que cela arrive rarement), mais jamais le contraire ? Je pourrais écrire des pages là-desssus ; je ne vais pas le faire. Il est samedi matin, et je relis cet article gentiment idiot. Quand la consternation menace de se muer en colère, j'ouvre le dernier Paul Harding. Le sourire revient. Ce petit tressaillement de l'âme, les livres comme muraille, le roman comme viatique.

Mais mince, Pynchon, Pynchon, quoi !

Fonds perdus n'est pas le roman le moins accessible du monde. Il faut s'accrocher, un peu. Tout de même, on peut penser que Beigbeder arrive à terminer un livre, parfois. Lui qui ne parle que de ça, lui qui met régulièrement notre patience à l'épreuve avec ses petits jugements définitifs et sa mignonne dialectique pubarde appliquée à la grâce - on peut imaginer qu'il a tout de même fini par, disons, s'imprégner un peu du vrai truc, non ? C'est supposé être son boulot. Et donc, j'ai du mal à comprendre comment quelqu'un qui écrit et qui lit et qui aime tant ça, a priori, qu'il n'entend rien faire d'autre de sa vie - comment quelqu'un qui professe, envers et contre la coke, le strass et les magazines pour hommes un amour aussi sincère pour la littérature peut écrire autant de conneries en si peu de lignes.

Ce n'est pas digne, monsieur Beigbeder. Ce n'est pas honnête. Soit vous êtes infoutu de vous attaquer à autre chose qu'une histoire simple avec un style simple sujet-verbe-et-complément-à-la-rigueur, et alors, ce serait gentil de faire votre coming-out une fois pour toutes ("alors voilà, les gars : pour moi, un roman, c'est un script de ciné avec des adverbes, et ceux qui pensent le contraire sont des snobinards élitistes aigris qui vont tuer la littérature"), soit vous y croyez quand même un peu, au roman, et alors, par pitié, par respect pour ses lecteurs et pour vous-même, évitez de parler de Pynchon. Dans ses meilleurs moments, votre diatribe évoque le reniflement hautain d'un ado de 14 ans devant une toile de Rothko : "je peux en faire autant." Mais les ados grandissent, monsieur Beigbeder. Ils peuvent même apprendre. Apprendre Pynchon, on vous l'accorde, ça prend du temps, ça demande quelques efforts. Évidemment, ces efforts seront récompensés au centuple ; voire : ils feront de vous un autre lecteur et, sans doute, c'est ce qui vous fout un peu les jetons, ça peut se comprendre - vos rédac-chefs risquent de hausser un sourcil. Le fait est là, cependant : quiconque est un jour "entré" en PynchonLand, quiconque a jamais ressenti ce frisson d'exaltation inouï résidant précisément dans le fait de ne pas tout "comprendre" sinon le fait qu'il était vital de se déprendre de la limpidité ("[...] Rappelez-vous que la simplicité, c’est de la foutaise ! clamait Nabokov devant ses étudiants endormis. Aucun grand écrivain n’est simple. Le Saturday Evening Post est simple. Le style du journaliste est simple. Upton Lewis est simple. Maman est simple. Les “digests” sont simples. La damnation est simple. Mais les Tolstoï et les Melville ne sont pas simples."), quiconque s'est senti brinquebalé par la langue magique du maître comme un rondin de bois emporté par un fleuve puissant vers mille chutes joyeuses et folles sait ce que la littérature doit à ce bon vieux Thomas. Beigbeder, lui, ne le sait pas, et je suis sincèrement très triste pour lui. Mais que faire ? Acquiescer, sourire compatissant aux lèvres, au récit de sa non-rencontre absolue avec l'un des plus grands auteurs actuellement en activité ? Applaudir à ses éternelles bravades d'ado attardé ? Que reste-t-il, à ce stade, à lui conseiller ? Essayer Tom Robbins ? Revenir à la pub - comme s'il l'avait jamais quittée ? Ou, simplement, lui suggérer d'arrêter avec tout ça ?

Le drame de Beigbeder, un drame qu'on devine intime, c'est qu'il perçoit dans la littérature quelque chose qui lui plaît et qui en même temps lui échappe. Quelque chose qu'il n'aura jamais et qu'il ne sait même pas nommer. C'est l'histoire du tyran tout-puissant qui convoite la femme du paysan, cette femme d'une beauté d'autant plus surnaturelle qu'elle s'ignore. Il la fait enlever, il la viole un peu parce que c'est son job, puis il se roule à ses pieds, suppliant : "aime-moi !" Aime-moi, ou explique-moi comment moi je devrais faire pour ne plus t'aimer. Mais la femme ne dit rien. Elle regarde ailleurs, digne. Elle sait que le tyran va reprendre ses tenailles et qu'elle n'y survivra pas. Elle sait aussi qu'elle a gagné, et que c'est très malheureux.

Monsieur Beigbeder, s'il vous plaît : relâchez la littérature. Vraiment, vous ne serez pas plus avancé quand elle sera morte, personne ne paiera la rançon d'ici là et puis, surtout, ce monde offre mille autre plaisirs, mille autres distractions. Des livres simples, le sourire d'un enfant, une promenade au parc. Sans rire, monsieur Beigbeder, vous embarrassez tout le monde, comme je vous ai embarrassé sans doute avec ma bière il y a longtemps. Le tout petit royaume dont vous essayez d'être le monarque se partage entre ceux qui ne savent même pas de quoi vous parlez et ceux qui le savent trop bien. Hélas ! Ceux-là vont avoir envie de vous payer un coup à leur tour, parce qu'on ne peut que prendre en pitié l'inappétence tragique que la littérature suscite en vous. On ne va pas s'en sortir, avec vos conneries. Continuez plutôt à nous parler de Salinger, si vous devez absolument parler. Salinger écrit de façon assez simple : ça pourrait être intéressant de savoir si cette simplicité-là n'est qu'apparence, et si elle peut se diluer dans ce que les naïfs dans mon genre ont l'impudence d'appeler la grande littérature.

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midi, Marie, dix ans

Publié le 29 Septembre 2014 par F/.

midi, Marie, dix ans

Oron-la-Ville est une localité suisse du canton de Vaud - 1438 habitants au dernier recensement. Samedi était un jour de soleil, avec des rires, des guitares, des ombres allongés sur les trottoirs de septembre.

La Librairie du midi est cet endroit merveilleux situé à quelques encablures de Lausanne qui ne vend quasiment que des bons livres, et du vin. La librairie du midi fêtait ce week-end son dixième anniversaire, avec Claro, Julien Blanc-Gras, et un autre type affublé d'une chemise à fleurs qui racontaient des bêtises sur eux et les livres qu'ils avaient aimés.

Donner envie : on ne sait faire que ça, ici.

J'ai rencontré Marie et Nicolas il y a un peu plus de deux ans. J'ai rencontré, il me semble, les libraires du futur d'aujourd'hui, avisés & passionnés, d'une générosité folle, pourvus de goûts terriblement affirmés qui, très souvent,se révélaient les miens aussi. Confiteor. Le Chardonneret, l'essentiel du catalogue Terres d'Amérique et Gallmeister. Nous nous sommes retrouvés au milieu de ces livres comme en des endroits secrets, et chaque fois de nouvelles portes s'ouvraient, qui agrandissaient le territoire.

La Librairie du midi est cet endroit merveilleux où des livres s'ornent de cœurs, où Jaume Cabre et Ron Rash vendent cent fois plus que Valérie T. ; vous entrez, et vous ressortez lestés d'impatience, avides, vous revenez le souffle court, hagard, Marie la gentille sorcière vous tient sous sa coupe, vous êtes piégés, la librairie est le piège qui vous protège des mauvaises tempêtes.

Je voulais acheter cinq livres, samedi, j'avais fait une pile, je me faisais une joie parce que, quand j'aime les gens et que je lis les livres, je me souviens des gens, même s'ils sont trop loin ils sont là, entre les pages, et ça réchauffe drôlement. Mais Marie et Nicolas ne m'ont pas laissé payer. Ils sont comme ça, et personne n'est surpris. Pour la fête des dix ans, on mange de la raclette, il y a des lectures, des concerts, et des clients, de 3 à 83 ans au bas mot, et le verbe est haut, des gens adorables avec, sur la figure, ce sourire ravi qui veut dire : je suis tellement content que cet endroit existe.

Je suis tellement content que cet endroit existe. Et Marie, et Nicolas. La Suisse n'est pas si loin. Quand on ouvre un livre un grand, on enjambe le lac, les montagnes et les plaines et on sait qu'on se retrouve là, au milieu des Indiens, de la guerre, des amours folles et de la vie.

Merci, La Librairie du midi, et merci, ses parents, et à dans dix ans, sérieux : tant qu'il y aura des gens comme vous, Marie & Nicolas, tant qu'il y aura vos amis, et ce concentré si léger d'intelligence et de passion, on saura où venir pour reprendre faim et foi.

La Librairie du midi, Le Bourg 18, 1610 Oron-la-Ville, Suisse

Téléphone : +41 21 907 14 56

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