Que dire ?
Que dire ?
Rectify est une nouvelle série américaine terriblement prometteuse qui, allez savoir pourquoi, me rappelle dans l'esprit certains romans de Denis Johnson. Emprisonné à l'âge de 16 ans pour le viol et le meurtre de sa petite amie de l'époque, Daniel Holden est libéré pour vice de procédure après avoir passé dix-neuf ans en prison dans le couloir de la mort. Son retour à Paulie, Georgie, ne se fait évidemment pas sans mal. Difficultés d'ajustement, dira-t-on. Sa famille, qui tente de faire bonne figure, est partagée entre doute, amour et incompréhension. Certains habitants de la ville, par ailleurs, restent persuadés de la culpabilité de Daniel. Série gothique au sens sudiste du terme (la quête de rédemption du personnage central n'est rien d'autre, semble-t-il, qu'une tentative de réappropriation du réel, qui le conduit à mélanger passé et présent, quotidien et fantasmes), Rectify prend son temps et lacère la perception du nôtre. La première saison ne compte que six épisodes. Une seconde vient d'être signée.
Synchronicité involontaire : il y a quelques jours, j'ai pu enfin regarder Into the abyss de Werner Herzog. Le cinéaste interviewe deux détenus (l'un condamné à mort, l'autre à quarante ans de prison) inculpés pour un triple meurtre au Texas, ainsi que les familles des victimes, le père d'un détenu, sa femme, un bourreau, etc. Les derniers entretiens menés avec Michael Perry, le condamné à mort, sont enregistrés huit jours avec son exécution par injection létale. Le jeune homme a trouvé Dieu, semble-t-il. Il laisse un trou béant derrière lui, une sorte de soleil noir auquel personne ne semble en mesure de donner un sens. Filmé d'une main presque tremblante, Into the abyss vaut avant tout par les questions du cinéaste et les silences qui leur succèdent. Ce n'est pas vraiment un film contre la peine de mort. C'est un film sur l'incompréhension, le néant, l'irréductibilité d'un certain mystère. Dans une interview à Paris Review, le metteur en scène ne dit pas autre chose : "I had a discourse in London, a public discourse, and the title of it was “Filming the Abyss: Paleolithic Caves and Death Row.” In a way, both are looking deep into abysses. A cave is looking into an abyss of time that is unfathomable, or almost unfathomable, and filming on Death Row really was filming into the abyss of the human soul."
Mince, les gens, je crois que j'ai besoin qu'on soit gentil avec moi quand je regarde un film. Je crois que j'ai besoin que le film m'explique clairement de quoi il parle - bien que, dans le même temps, je sois désespérément amoureux de l'état de confusion provoqué par n'importe quelle série B merdique foulant allégrement cette règle d'or du pied. On sait bien que la vie n'est pas simple.
Bref, hier après-midi, on a regardé Dark Skies, film qui raconte l'histoire d'une famille qui pourrait être la vôtre, si vous étiez assez cinglés pour prendre un crédit sur trente-cinq ans dans l'espoir de vous fondre dans la middle-class républicaine du trou du cul du monde (libre). La famille Barret possède donc un chouette pavillon dans une banlieue résidentielle nickel, bourrée de voisins fachos et ultra-soupçonneux, ainsi que de chiens nécessairement germaniques. Problème : des extra-terrestres lui rendent visite. En tout cas, c'est ce qu'on s'emploie à nous faire croire, à grands renforts de signes et de présages bien lourds - atelier d'art plastique improvisé dans la cuisine à la Rencontre du 3e type, pluie d'oiseaux morts, crises de somnambulisme filmées-mais-fuck-la-caméra-ne-marche-pas, etc. Au bout d'un moment, les enfants se réveillent même avec des marques sur le corps. Alors ça, ça craint, c'est bizarre, et ça sent les services sociaux (qui sont annoncés, d'ailleurs, mais ne se pointent jamais - le scénariste avait cours de krav-maga). Le père ne gère pas la situation comme le ferait un honnête homme blanc. Précisions qu'il est au chômage et que les factures s'accumulent. Ah, le nul. Aurait-on affaire à la chronique d'une mauvaise intégration sociale, suivie de la dépression réglementaire et de son inéluctable dénouement, le meurtre au fusil à pompe ? (La mère s'en tire à peine mieux mais au moins, elle a un boulot : elle est donc moins suspecte.) Au bout d'une trentaine de minutes, tandis que l'aîné des kids commençait à mater des films porno-soft et à parler mal à ses parents, je me suis dit : d'accord, c'est une métaphore sur l'adolescence, et comment les enfants vous échappent, et comment ils deviennent des saloperies d'E.T. incompréhensibles malgré le fait que vous ayez passé quinze ans de votre vie à leur lire des histoires d'oursons gourmands et à confectionner des muffins pour la fête de l'école. Eh bien en fait non : il y avait vraiment des extra-terrestres. Vraiment, j'ai de plus en plus de mal à comprendre le cinéma américain d'aujourd'hui.
Miny Pointue n’a peur de rien : ni des dragons, ni de la nuit,
Ni des fantômes qui braillent au loin
Et encore moins des chauves-souris.
Pour une petite fille vampire, elle porte déjà très bien son âge :
Toutes ses dents, ça va sans dire.
Et pas une trace de bronzage.
Ses deux parents l’aiment beaucoup et à vrai dire on les comprend
C'est chouette quand elle vous saute au cou
Et boit votre sang en ricanant.
Souvent, hélas, la demoiselle prend un petit peu trop de place,
Et on a beau être immortel
Au bout de trente ans on se lasse
Allongé dans son grand cercueil, le père de Miny réfléchit
Et si pour pallier cet écueil
On l’envoyait en Roumanie ?
En Roumanie, quelle bonne idée ! se réjouit aussitôt la mère
On aura qu’à lui annoncer
Pour son centième anniversaire !
Trois jours plus tard, au crépuscule, notre Miny fait sa valise,
Le voyage s’annonce assez nul,
Elle aurait préféré Venise.
Ne t’inquiète pas, disent ses parents, tu vas voir, tu vas adorer,
Et puis on s’écrira souvent
Mille ans vraiment c’est vite passé.
Et voici Miny dans son train, en route pour la Transylvanie,
Un coin où d’après les Roumains,
La nuit jamais ne se ternit.
Dans sa valise, une seule adresse : celle du grand-oncle Dracula
Celui qui lui tapait les fesses
Quand elle volait des chocolats.
Heureusement, songe la fillette, tout ça c’est quand j’étais bébé,
Maintenant je suis mega-choupette
Je suis sûr qu’il va m’adorer.
Je serai aux Imaginales vendredi et samedi prochain. Toujours un plaisir, il faut bien le dire. Mon programme figure ici. On remarquera notamment, à la date du samedi, un déjeuner auteur. Je ne suis pas certain de bien piger le principe. Je suppose que ça veut dire que je vais manger avec des gens qui, euh, voudraient manger avec moi mais seraient trop timides pour le faire dans un cadre normal ? Des fois, tout ce truc d'auteurs me désole un peu. Je veux dire, la vie est courte. Si vous voulez parler à un auteur ou manger avec un auteur, just do it. Peut-être qu'il ne voudra pas. Peut-être que vous en tirerez des conclusions intéressantes. Ah, je dois également préciser que j'ai participé à l'anthologie du festival spécial elfes + assassins. Ouais, je sais : en 2013. La faute en incombe spécifiquement à l'anthologiste, Sylvie Miller, qui a fait montre à mon endroit d'une patience presque angoissante. Je n'aime pas les elfes. Je ne les ai jamais aimés. Je ne comprends même pas le concept d'elfes. Des immortels très beaux et super chiants, c'est ça ? J'ai juste parcouru le recueil mais je pense que d'autres auteurs sont d'accord avec ça. Je pressens des meurtres cruels et de pénibles agonies tragicomiques. En tout cas, si vous venez à Epinal, je serai très heureux de causer avec vous. De ça ou du reste.
Durant l'automne 1999, alors qu'il devenait tout à fait évident (à mes yeux) que j'allais cesser de travailler pour des éditeurs de jeu de rôle et tenter un truc rassurant et rémunérateur à la place, du genre romancier, je me suis pointé dans une boutique parisienne bien connue pour revendre l'essentiel de mes trésors. J'ai toujours eu une façon un peu absurde de rompre avec mon passé, à la limite de la colère. Il y en avait pour 80 000 francs à l'époque, mais le milieu du JdR m'avait rincé, j'avais un procès sur le dos, je venais de, non pas rencontrer, mais "commencer à sortir avec" celle qui allait devenir ma femme et vous savez comment c'est : la fille regarde vos armoires, son regard exprime un mélange de tendresse et de consternation, et vous avez très peur que la consternation l'emporte. "Essaie d'être adulte", serinait une voix dans votre tête. Personne ne me forçait (je connais des copains qui ont gardé leurs jeux, certains, même, qui jouent toujours) mais il me semblait qu'il fallait en finir de façon radicale et grandiose. L'acheteur m'a arnaqué, comme il se doit, mais je m'en suis tout de même tiré avec une somme substantielle et je suis passé à autre chose. Hier soir, en tentant de ranger la bordel baroque qu'est devenue notre cave, et suite aux demandes répétées de ma fille, je me suis employé à retrouver le carton où je pensais avoir gardé quelques jeux. J'ai été atterré de constater que le petit connard narcissique que j'étais à l'époque n'avait conservé que les jeux sur lesquels il avait bossé, et encore, pas tous. J'ai remis Rêve de dragon à ma fille, religieusement. Pourquoi ai-je gardé celui-là ? Je n'ai pas bossé dessus, que je sache. Ah, et puis je crois que ma fille est trop jeune (dix ans), qu'elle ne va rien capter - elle s'est enfermée dans sa chambre avec ce bouquin de trois cents pages, elle me demande de lui acheter des dés à huit faces, qu'est-ce que ça va donner ? Pour info : certains jeux des années 80 valent maintenant 100€ sur PriceMinister ; je pourrais être riche. En résumé, j'ai été un ado gentil, un crétin naïf lui a succédé, j'ai écrit des jeux et ça a tué le joueur en moi, aujourd'hui, je ne sais plus trop.
GROUPLOVE (un groupe de post-ados yankees branchés power-pop - du genre à placer des chansons dans FIFA 12 ou dans Glee) ne changera ni l'Histoire du rock ni votre vie mais avec un peu de chance, et pour peu que vous disposiez d'enceintes correctes, il foutra un chouette bordel dans votre jardin cet été.
Tu cours au commencement, sur les ailes de la musique, tu as le temps, rien ne compte, les traces humides tes pas s'effaceront un jour mais ça, bien sûr, tu n'y penses pas, tu as le temps, tu le sais : il est dans ta poche. Il y a cette sensation de possible, de tout-est-possible, les seules horloges qui battent la mesure sont si lointaines qu'il ne peut s'agir des battements de ton coeur et tu passes des gens, tu croises des ombres lasses, les obstacles craquellent et disparaissent, facile, tu souris, Buzz Aldrin, tu adresses des signes, à qui/à quoi, et le monde est parfait à jamais. Ça pourrait durer, tout ça ; ça devrait. Mais lorsque tu te rends compte que tu connais déjà cet arbre, tu es déjà engagé sur la voie du retour. Ta foulée se fait plus lourde, alors, profonde, cette lourdeur, elle ne te ressemble pas mais c'est toi. Une musique se rapproche : pas celle que tu voulais entendre et pourtant : elle insiste, enfle, prend la place de l'autre. Des feuilles abîmées voltigent sur ton passage. Tes traces ne sont plus là, tu en formes d'autres, plus larges, plus affirmées mais on dirait que le monde entier s'en moque. Des gens arrivent dans l'autre sens, animés d'un sourire d'autant plus jeune et cruel qu'il n'a pas conscience d'être. Le vide de ton regard dit celui que tu croyais devenir. Tu pourrais t'arrêter mais ce ne serait pas très bon pour toi, bon pour personne en fait alors tu continues, tu t'es laissé dire que c'était ainsi qu'il fallait procéder, au culot, à la malédiction. Le coeur n'y est plus, admettons, mais qui a besoin du coeur ? La ligne se rapproche. Elle se rapproche, la ligne est là. Tu es si fatigué et tu en veux encore. Ralentis donc, monsieur-quasi-personne, ou marche, ça ne changera plus rien maintenant.
Let the music in tonight
(Just turn on the music)
Let the music of your life
(give life back to music)
[x4]
Give life back to music
[x2]
Let the music in tonight
(Just turn on the music)
Let the music of your life
(give life back to music)
[x2]
Let the music in tonight
(Just turn on the music)
Let the music of your life
(give life back to music)
[x2]
When I think of you in the city,
The sight of you among the sites.
I get this sudden sinking feeling,
Of a man about to fly.
Never kept me up before,
Now I've been awake for days.
I can't fight it anymore,
I'm going through an awkward phase.
I am secretly in love with,
Everyone that I grew up with.
Do my crying underwater,
I can't get down any farther.
All my drowning friends can see,
Now there is no running from it.
It's become the crux of me,
I wish that I could rise above it.
But I stay down,
With my demons.