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(please follow) the golden path

le bon coup de fouet

Publié le 21 Avril 2015 par F/.

le bon coup de fouet

On a déjà tout écrit ou presque sur le nouvel album de Blur, le premier depuis 2003 et Think Tank, le premier avec Graham Coxon depuis 1999 et 13, & je ne suis ici pour vous convaincre de rien. Lors de l'été 1999 j'écoutais 13 quelque part à l'Ouest, c'était un album américain, foutraque et mélancolique qui m'allait bien au teint, ça sentait la fatigue, les ronces et les fissures. Depuis, je suis allé à Hong Kong, et ceux qui me suivent un peu ont compris que c'était devenu de façon assez inattendue ma ville préférée, pas la ville elle-même, bien sûr, mais l'image que j'ai réussi à m'en faire, ce mélange de grandiose et d'absurde, ce grouillement rassurant et terrible - la vie comme elle va, c'est-à-dire trop vite. Je suis béatement heureux que The Magic whip soit né à Hong Kong, y soit né deux fois, même, la première lors des bizarres séances d'enregistrement de 2013 consécutives à une tournée locale, la seconde lorsque Damon a compris qu'il lui faudrait revenir sur place il y a quelques mois pour mettre des mots sur la musique, heureux parce que tout ça me paraît faire sens - je pige cette ville, je vois ce son, parfait. Maintenant, est-ce que ce dernier album est bon ? La question est : aimez-vous Blur ? Voilà, vous avez votre réponse. Disons qu'on tient là l'un de ces come-back très rares qui, artistiquement, ne ressemblent jamais à un come-back - on ne peut soupçonner Albarn de courir après le fric (le prix des places au Zénith est d'ailleurs spectaculairement raisonnable, enfin, était), et il y avait tant de façons pour ce disque de ne pas exister -, disons que cet album aurait pu être enregistré en 1997 ou, mieux, en 2004, dans la foulée du précédent, si Graham Coxon n'était pas parti en vrille, si Damon ne s'était pas rabattu sur Gorillaz et l'Afrique et le reste et Alex James sur le fromage. The Magic whip est une sorte de best-of laidback majoritairement paisible, contemplatif, pop par endroits, coquin-ce-qu'il-faut, sans concession particulière, sans fanfare, sans bombinette punk mais équipé d'au moins deux tubes fédérateurs spécial concert (Lonesome Street, Ong-Ong), d'une chanson magnifique (My Terracotta Heart), d'une ballade ensoleillée (Ghost Ship), où chacun des quatre membres reprend sa place et retrouve son couvert comme si de rien n'était, comme si le temps était juste une blague. On les sent un peu éberlués, les gaillards, authentiquement surpris d'avoir accouché si facilement de cette bête improbable, et la patte rugueuse de Graham Coxon est bien là, posée comme celle d'un lion sur un morceau de bidoche, avec sa guitare comme mouche du coche. Par ailleurs, il faut se faire à l'idée que, contrairement aux Pixies ou à Radiohead, Blur est un groupe qui ne sortira jamais de "meilleur album" : c'est une affaire d'endurance, de régularité, une entreprise anglaise middle-class qui a parlé aux fillettes sautillantes de 20 ans circa 1992 et qui parle d'une autre façon aux quadras revenus de tout, le seul groupe qui n'a jamais su vraiment décevoir, saying : OK, votre vie ne ressemble pas vraiment au film que vous aviez écrit mais vous pouvez toujours compter sur nous pour la bande-son.

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london calling

Publié le 17 Avril 2015 par F/.

london calling

C'est l'histoire d'une femme qui prend le train chaque jour. 8h04, Ashbury-Euston. C'est l'été, l'air est moite. Rachel - elle s'appelle Rachel - observe les maisons de banlieue lorsque le train est à l'arrêt. L'une d'elle, tout particulièrement, attire son attention ; elle abrite une sorte de jeune couple idéal. Rachel regarde, imagine. Ce que sont ces gens, ce qu'ils font. Elle s'invente une histoire, comble les trous, embellit les détails. Jusqu'au jour où un autre homme arrive et enlace la jeune femme. Jusqu'au jour où la jeune femme disparaît. Rachel, c'est vous, c'est moi, Rachel, c'est l'ingénue ballotée, la curieuse jamais satisfaite, celle à qui l'on ment, celle qui veut savoir : une lectrice compulsive qui serait prête à tout pour entrer dans l'histoire.

J'ai commencé La Fille du train un soir, je l'ai fini le lendemain alors que j'avais autre chose à faire, je l'ai dévoré, à vrai dire, dans un état de fébrilité tout à fait anormale, comme le moine du Nom de la Rose qui ne peut s'empêcher de tourner les pages enduites de poison parce que sa curiosité est plus forte que sa raison. Le roman de Paula Hawkins est un piège, une mécanique redoutable dont on s'évertuera en vain à percer le secret. Il fait de vous un voyeur. Il fait de vous un grand lecteur malade. Aux États-Unis, depuis sa sortie il y a quelques semaines, il occupe la première place des ventes et ne laisse personne s'approcher. Deux millions d'exemplaires en ont déjà été écoulés, Spielberg a acheté les droits, etc. Tiendrait-on là le nouveau Gone Girl ? Il y aurait beaucoup à écrire, sans doute, sur ce que ce fulgurant succès révèle de la psyché occidentale. N'étant pas sociologue, je ne le ferai pas. Je ne sais qu'une chose. L'imagination est un petit carnivore insatiable que l'on peut rendre complètement cinglé en agitant devant sa cage des morceaux de viande de plus en plus appétissants. Puis en ne lui donnant plus rien. Plus en le gavant soudainement. Puis en lui retirant tout d'un coup. Que vous le vouliez ou non, ce carnivore fait partie de vous. En règle générale, il est difficile de prendre les blurbs du genre "si vous ouvrez ce livre, vous ne le refermerez plus avant de l'avoir terminé" au sérieux. Mais toute règle, on le sait, recèle une exception. Avec La Fille du train, Paula Hawkins invente le livre sadique. Le lecteur étant, par essence, un grand masochiste qui s'ignore, je peux vous promettre des heures d'un plaisir incomparablement coupable.

Ça sort dans deux semaines. Chez Sonatine évidemment.

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tout ça pour ça ?

Publié le 9 Avril 2015 par F/.

tout ça pour ça ?

Mad Men approche de son terme. Septième et ultime saison, clap de fin, les enfants disparaissent – bien sûr, je serai triste de quitter Don Draper mais mon chagrin sera à la mesure de la pitié que je n’aurai cessé d’éprouver à son endroit, à l’égard du miroir tordu fixé dans les chiottes de son âme, aussi, qui depuis le début ne renvoie rien d’autre qu’une grimace désabusée. Je ne comprends rien à ce que fabrique Don, pour être franc, son jargon et ses tactiques m’épuisent au-delà de la raison, je suis sûr qu’il ignore tout autant ce qui se trame, par ailleurs, et que cela participe grandement au succès de ce show, sans conteste l’un des plus déprimants qu’il nous ait jamais été donné de subir.

Le monde de la publicité n’est rien d’autre que celui de l’entropie, un territoire infertile truffé de symboles factices, un univers sens dessus dessous animé par un processus d’auto-dévoration permanente. Le travail, le travail inutile auquel vous vous livrez contre espèces, trace les frontières d’un enfer auquel vous espérez vaguement échapper en picolant et en baisant (activités auxquelles la majorité des personnages s’adonnent 24/24), ce jeu de survie ne faisant in fine qu’affoler le thermostat. Tout va de mal en pis dans Mad Men, on vous offre un ou deux suicides au début pour bien vous signifier que, hé-hé, il y avait effectivement des sorties à prendre et que vous ne les avez pas vues mais à présent, dans le temps suspendu du capitalisme totalitaire, de la morne domination de l’humain par le profit, ça n’en vaut plus réellement la peine.

Les femmes quittent les hommes, les hommes dénichent d’autres femmes, les femmes se rebellent, chacun essaie de s’en sortir à grands coups de costumes racés, de corsages arrogants et d’ultra-égotisme satisfait, Don s’efforce de plaquer sur sa tête des cheveux qui devraient à chaque seconde, à l’instar de ceux de Maldoror ou du Henry Spencer d’Eraserhead, se dresser d’effroi, Mad Men, en somme, raconte tout dès le titre : nulle part vous ne trouverez endroit plus sinistre, plus atrocement cinglé que le monde du fric et des pubards, celui où le talent d’un homme se mesure à sa capacité à vendre du vent tout en résistant à l’envie persistante de se tirer une balle dans la bouche. Mad Men, c’est American Psycho avant l’heure. Nul besoin de découper en rondelles des putes ou des clochards dans le vain espoir d’échapper au vide (de fait, nous sommes les putes et les clochards) : massacrer, c’est que nous faisons tous les jours de toutes les semaines de tous les ans du temps d’avant-la-mort dès lors que nous choisissons d’escamoter la question du sens. Ce n’est que lorsque vous passez dix ans à glander derrière un bureau, à prendre votre chapeau, à prendre des appels, à prendre un verre, à prendre votre secrétaire, que vous comprenez que le salut ne résidait qu’en vous mais que, hélas, vous êtes foutu depuis longtemps, au-delà de tout recours.

Deux chansons radicales scandent la série, deux bornes sur la route : Tomorrow never knows des Beatles (« Lay down all thought, surrender to the void ») et, dans ce 8e épisode, le premier des derniers sur la route pavée d’or plombé, le très cruel et très beau Is that all there is de Peggy Lee. D’une voix suave, tantôt ânonnant, tantôt faussement enjouée – mais en vérité au 36e sous-sol du building béton et cristal –, Peggy se demande si elle a raté un truc. Elle évoque les quatre révélations fondamentales de l’existence : le feu, le cirque, l’amour, la mort et à chaque fois c’est la même rengaine. Quelle étape ai-je loupée ? Quelle blague ai-je mal comprise ? Voilà : le monde est une farce et vous en êtes la chute, le générique était clair. Vous tombiez ! eh bien vivez maintenant, continuez votre petit machin autocentré – c’est rigolo, et pour ce que ça changera…

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je me la raconte pour le 93

Publié le 9 Avril 2015 par F/.

je me la raconte pour le 93

Tu veux savoir pourquoi ce blog existe ? Je ne le sais pas moi-même. Tu veux savoir pourquoi chaque jour sans un post de l'ami Claro est un jour aussi utile qu'un bulletin de vote glissé dans une urne russe ? Rien ne nous interdit d'en parler. Dans le cadre du Festival Hors Limites de Seine-Saint-Denis par exemple. Si tu t'armes de quelques grammes de volonté et de RTT et de freestyle, si tu slalomes entre les microparticules, surfes entre les grèves, braves l'apathie et la malchance, opères une translation moléculaire toute en douceur vers la Salle de la recherche de la Bibliothèque de l'Université Paris 8 (détails ici), ça peut marcher, ça doit marcher, ça va le faire - sans compter que l'inoxydable/inestimable Catherine Dufour posera sans doute deux-trois questions délicieusement embarrassantes. See you there ?

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silence radio sur nos imaginaires

Publié le 3 Avril 2015 par F/.

silence radio sur nos imaginaires

(un appel relayé un peu partout ces jours-ci, et pas de raisons que ça s'arrête)

Au quinzième jour de la grève menée par les personnels de Radio France pour défendre une certaine idée de la radio publique dans notre pays, nous, auteurs de fictions radiophoniques, voulons dire notre soutien au mouvement engagé depuis le 19 mars.

Présentes sur France Culture et France Inter, ce qu’on appelait autrefois les « dramatiques radiophoniques », et qu’on nomme aujourd’hui simplement les fictions, connaissent une vie nouvelle depuis l’avènement du podcast. Le site des fictions de France Culture (fictions.franceculture.fr) permet l’écoute en accès libre et gratuit — même si certains voudraient oublier que cette gratuité a un coût — PERMET L’ÉCOUTE, cela va mieux en le criant, de ce qui est imaginé par des auteurs (de Marguerite Duras à Patrick Modiano), interprété par des comédiens (de Jeanne Moreau à Denis Podalydès) et mis en ondes par des réalisatrices et réalisateurs, assistantes et assistants, opératrices et opérateurs du son, bruiteuses et bruiteurs... Les termes longtemps masculins pour désigner ces métiers ne sont heureusement plus de mise aujourd'hui.

Les fictions radio nourrissent de manière profonde et discrète l’imaginaire d'une époque. Elles bruissent dans le poste au moment où on s’y attend le moins, font connaître de nouvelles plumes, entendre de nouvelles voix, sont un lieu inouï d’innovation narrative et sonore. Des centaines de milliers d’oreilles goûtent chaque semaine des textes inédits, des adaptations de romans, BD, classiques et contemporains, produits jour après jour par Radio France et reconnus dans le monde entier pour leur excellence (en 2014, deux fictions de France Culture ont reçu les prestigieux prix Europa et Italia).

Ces fenêtres ouvertes pour l’imaginaire des enfants, des adolescents et des adultes, ce creuset de voix qui rassemble tous les métiers de la radio, sont gravement menacés par les réformes en cours.

En rognant sur les moyens de la radio publique, l’État par défaut rend moins libre la parole portée par les ondes.

Notre temps de cerveau disponible y survivra sûrement.

Notre sensibilité et notre intelligence, beaucoup moins.

Les auteurs de fiction pour l’avenir de la radio publique : Benjamin Abitan, Yan Allegret, Wladimir Anselme, Yann Apperry, Yacine Badday, Mariannick Bellot, Arno Bertina, Hélène Bleskine, Jean-Yves Bochet, Christophe Botti, May Bouhada, Geneviève Brisac, Alice Butaud, Nicole Caligaris, Claude Carré, Amandine Casadamont, Thomas Cheysson, Fabrice Colin, Sophie Couronne, François Cuel, Jean-Paul Curnier, Daniel Danis, Fejria Deliba, Philippe Dohy, Caroline de Kergariou, Gerty Dambury, Maryline Desbiolles, Marie Desplechin, Simone Douek, Sedef Ecer, Annie Ernaux, Amalia Escriva, Éric Faye, Nicolas Flesch, Hélène Frédérick, Claudine Galea, Michel Gendarme, Eugène Green, Dominique Gros, Katell Guillou, Célia Houdart, Israel Horovitz, Nancy Huston, Elias Jabre, France Jolly, Joël Jouanneau, Victoria Kaario, Pedro Kadivar, Camille Kohler, François Koltès, Nathalie Kuperman, Marc Kressmann, Carine Lacroix, Stéphane Lambert, Emmelene Landon, Jean Larriaga, Linda Lê, Bertrand Leclair, Alban Lefranc, Claire Le Luhern, Sophie Lemp, Kristel Le Pollotec, Sophie Loubière, Daniel Martin-Borret, Philippe Malone, Marcus Malte, Fabrice Melquiot, Stéphane Michaka, Manuela Morgaine, Émilie Mousset, Mariette Navarro, Mamadou Mahmoud N’Dongo, Tarik Noui, Jean-Pierre Ostende, Yves Pagès, Anouch Paré, Benoît Peeters, Sylvie Peju, François Perache, Emmanuelle Pireyre, Véronique Pittolo, Virginie Poitrasson, Martin Provost, Sonia Ristic, Christian Roux, François Schuiten, Pierre Senges, Jean-Pierre Siméon, Romain Slocombe, Elsa Solal, Anne Terral, Franck Thilliez, Pauline Thimonnier, Jean-Philippe Toussaint, Cécile Wajsbrot, Martin Winckler...

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tu m'étonnes

Publié le 31 Mars 2015 par F/.

tu m'étonnes

Lu dans dans un Aujourd'hui en France trouvé la semaine dernière dans un TGV Rennes-Paris, cette surprenante interview de Marion Maréchal-Le Pen : la jeune femme s'y révèle une lectrice exigeante, et bien plus ouverte qu'on pourrait le croire. "Un article caricatural et, pour tout dire, assez crétin, paru dans un hebdomadaire que je ne citerai pas, a récemment publié de moi un portrait à charge si outrancier qu'il en devenait risible, affirme entre autre la jeune femme. C'est si simple de ne voir en moi qu'une hystérique à peine majeure incapable d'ouvrir autre chose qu'un obscure livre d'Histoire maurassien ou une biographie de Drieu La Rochelle. La vérité, c'est que mes lectures n'ont rien à envier à celles de cette insupportable intelligentsia parisienne qui prétend constamment délivrer des certificats de bon goût." Pressée de citer des exemples, la jeune députée ne se défile pas et sort l'artillerie lourde. Parmi ses derniers coups de cœur, aux côtés du Gène égoïste de Dawkins et du Soumission de Houellebecq qu'elle en trouvé "un peu en-deçà des précédents", le Karoo de Steve Tesich, l'intégrale des Poèmes de Ginsberg parue chez Bourgois (et qui trône depuis peu dans ma propre bibliothèque) et la récente réédition de L'Homme de Kiev de Bernard Malamud. L'espèce humaine n'en finira jamais de me surprendre.

Autres livres préférés de célébrités, et autres belles surprises: Les Frères Karamazov (Martin Sheen), Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (Alec Baldwin), Crime et châtiment (Jim Carrey), 1984 (Mel Gibson), De sang-froid (Tom Hanks), Le Maître et Marguerite (Daniel Radcliffe) et... Harry Potter (Wayne Rooney).

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kill your television

Publié le 30 Mars 2015 par F/.

Rien ne vaudra jamais le rock de l'année où tu avais 21 ans. Regarde, le son est bien pourri mais quand quelqu'un quelque part écrit "Without doubt the best band ever", l'espace de 3:52 en apesanteur shoegaze, tu veux bien être d'accord et te précipiter au milieu de la foule pour sauter en même temps que tous ces tarés du Bataclan, de la Loco ou de Gibus, n'importe où pourvu que la bière soit tiède et l'odeur de clope tenace, avec les regards de ces filles coupants comme des arêtes de glaciers que tu ne gravirais jamais. Tu faisais tes études dans le Marais, le midi déjeunais d'une baguette à deux francs au milieu de ces gens un peu trop riches pour toi, tu avais ce copain nantais qui avait rapporté un disque avec un bébé dans une piscine nageant après un billet d'un dollar et qui répétait "hé les mecs, hé les mecs", tu volais des CD à la FNAC comme des centaines d'autres petits cons adorables, ça s'appelait The Auteurs, Modern life is rubbish, ça s'appelait Superchunk, Jad Wio, Ned's atomic dustbin, Ocean Colour Scene, Primal Scream, tu avais acheté Doolittle en double, "we're chained", tu n'étais pas très amoureux, il y avait le sida et, dans le bar d'en face, des hommes à peine plus âgés que toi que tu n'avais jamais vus que dans l'ombre et, sans même le savoir, ne reverrais jamais, Lune de fiel à la radio c'était fini déjà et tu ignorais ce qu'il était advenu de David Girard parce qu'Internet n'existait pas, juste des rumeurs et des souvenirs bleus, de la crasse, des pavés luisants, un rat derrière le Centre Pompidou, des errances nocturnes rue Saint-Denis parce que le dernier métro t'était filé sous le nez, puis les Halles, puis Bd Saint-Michel, dans une réalité parallèle le Megatown avait fermé ses portes mais tu te foutais de ça, n'en étais pas à Guillaume Dustan, n'en étais pas à te demander comment un jour tu pourrais écrire sur tout ça et si tu le devrais seulement, tu lançais des D4, des D12 derrière un écran plus compliqué que celui de tes paupières, tu jouais à l'Appel de Cthulhu jusqu'à 6h du matin rue Gay-Lussac puis tu prenais le RER pour rentrer chez toi dans la grisaille de l'aube et ton père te réveillait à 7h20 en te demandant si tu avais bien dormi, la mère de ton ami était rédactrice-en-chef de Marie-Claire, la mère de ton autre ami était prof d'anglais à Henri IV, ta mère à toi était à la maison, cette fille de ta classe posait secrètement dans Entrevue, les mains posées sur le torse d'un colosse adipeux ("don't you want a piece of the action ?"), tu essayais de ne pas te demander ce que tu ferais plus tard et tu y arrivais d'autant mieux, joyeux, démâté et légèrement au désespoir, que PJ Harvey se lamentait dans les écouteurs de ton walkman telle une déesse tordue en chantant Always stings the sa-aaame.

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pleins de vie

Publié le 29 Mars 2015 par F/.

© Dom Moreau
© Dom Moreau

Si vous ne connaissez pas Françoise, on dirait bien que c'est trop tard ; et j'en suis désolé pour vous, vraiment. Parce qu'elle était de celles qui peuvent infléchir le cours d'un ruisseau primordial, pas en vous poussant de l'épaule, non, pas en remuant le monde comme on secouerait un panier de frites, mais en douceur, d'une volute tendre, alambiquée, d'un sourire à la beauté taquine. La dame aimait les mots et les mots valsaient, se laissaient bousculer, les mots dansaient pour elles, ravis, paumés comme nous tous. Les écrivains ? Elle les aimaient d'amour, c'est étrange, on ne sait pas trop ce qu'elle leur trouvait à ces dompteurs viles et frêles, à ces capitaines bravaches - la belle inutilité de la domestication à l’œuvre, peut-être -, toujours est-il qu'elle les prenait sous son aile et qu'elle ne volait pas, jamais, ce qui fait qu'on restait près d'elle, à l'ombre, tranquilles.

Ce week-end nous étions à Sainte-Cécile, Joy Sorman, Véronique Ovaldé, François Bégaudeau, Arno Bertina & moi - nous étions là avec Jean-Paul, son mari au regard si doux, ses fils, et le solide aréopage des amis de Françoise, on ne nous demandait pas grand-chose sinon témoigner, expliquer par quel miracle nous étions arrivés ici, comment cette belle plante étique, éthique, exigeante, nous avait pris dans ses rets, comment nous nous étions laissé faire, et pourquoi nous étions heureux, combien nous nous sentions reconnaissants.

Il faisait chaud, un vent léger soufflait et c'était bien elle cette fois, discrète mais virevoltante. On me dit que, de notre petit groupe, je suis le dernier à l'avoir vue ; je crois surtout qu'elle est la première à m'avoir vu, moi, sans arme et avide, curieux de rater encore et toujours car oui, la littérature est un échec dont il faut se relever sans cesse et j'imagine que c'est amusant de nous voir remonter chaque fois en selle, je veux même croire que c'est là le secret de son sourire perpétuel.

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Publié le 25 Mars 2015 par F/.

Le lecteur assidu de ce blog à périodicité variable aura remarqué que la musique s'y fait rare ces derniers temps. Nul top de fin d'année (je vous aurais parlé du Eeh Ze de Kasabian, vous m'auriez jeté des pierres, j'aurais renchéri avec le Queen de Parfum Genius, et puis quoi ?), guère de chroniques d'albums - à vrai dire, mes goûts me portent plus vers des vieilleries 60's & 70's, dernièrement, le fait est que je ne me suis toujours par remis du Forge you own chains de D.R. Hooker - et puis est arrivé, un peu de nulle part, ce deuxième LP de Mini Mansions et là, paf, arrêt sur image. L'album parfait, c'est celui où toutes les chansons sont parfaites (Revoler des Beatles). L'album de la décennie, c'est le même avec une chanson dispensables (Doolittle des Pixies ou OK Computer de Radiohead). Le grand album, c'est celui-ci avec deux ou trois titres hum-bof : Arcade Fire sort régulièrement de grands albums. Et Mini Mansions tient là son premier bijou ciselé. Pardonnez le ton péremptoire de cette chronique, je ne suis plus habitué à argumenter et d'ailleurs, je commence à penser que c'est un peu vain, s'agissant de musique, s'agissant d'un poison censé gagner votre cœur, attendu que ma seule compétence en la matière est la réceptivité émotionnelle, et que mon critère principal ressemble à quelque chose du genre : si tu écoutes ça au casque, est-ce que le monde autour de toi devient plus beau, plus vaste - est-ce que tu le vois enfin tel qu'il est ? Le bassiste et chanteur de Mini Mansions n'est autre que Michael Shuman, bassiste de Queens of the stone age, groupe que je tiens en très haute estime. The Great Pretenders de Mini Mansions est beaucoup plus pop que les disques de QOTSA, mais j'aime l'idée qu'il vient du désert, du cabaret, d'un cerveau en partie bouffé au sable, aux lézards et au peep-show. On y trouve Alex Turner et Brian Wilson (oui : Brian Wilson) en guest, et ça devrait vous suffire à vous faire une idée de la dualité nécessairement étrange qui habite ce disque : d'un côté l'abrasif, le teigneux, le crooner revenu de Mars, de l'autre la voix des anges, le cerveau grillé du génial Wilson soumis à l'étude. Le tout saupoudré de synthés 80's comme des nappes de plastique fondu. Le tout suivant des circonvolutions mélodiques évidemment hors du commun. Album de l'année en cours, et vidéo ad hoc, lubrique et mortelle avec Turner en vieux mafieux, comme si Kubrick ne savait plus qu'il était mort et venait de trouver un dollar par terre.

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et ?

Publié le 23 Mars 2015 par F/.

et ?

Ceux qui ont voté FN n'ont aucune excuse. L'UMP c'est des fachos. Les Ecolos c'est juste lamentable. C'est à cause des dissensions à gauche. Je suis tellement déçu par le PS. "Ni, ni" ça revient à dire qu'on est pour. S'abstenir, c'est donner sa voix à l'extrême droite. Le PC, ah bon, ça existe encore ? Je ne vote pas "pour", je vote "contre". Je sais bien, mais est-ce qu'on a le choix ? La démocratie ça marchait parce qu'il y avait des esclaves. Je retournerai aux urnes quand ils seront moins cons. Dans extrême-gauche il y a extrême. Sérieusement, je me pose la question. Il faut entendre ce que disent les électeurs de Marine. C'est pas juste un droit c'est un devoir. Vous verrez quand ce sera vraiment l'extrême-droite au pouvoir. Le centrisme de toute façon c'est la droite. Bonjour les laquais de Solférino. Ah bon parce que Valls c'est mieux que Juppé ? Moi en tout cas je ne me ferai plus avoir. Je ne peux pas croire que tu ne sois pas allé voter. C'est facile quand on habite à Paris. Des gens sont morts pour obtenir ça. L'abstention au moins ça leur faire peur. Continue à te faire avoir. Si le FN passe advienne que pourra. Les mecs ils te voient voter ils se marrent. T'es de gauche et tu as Macron aux manettes. Je me suis fait avoir une fois, pas deux. Ce n'est pas ma faute si les gens sont cons. Le PS est un moindre mal. Il faut une 6e république, point. Marine Sarko au second tour moi je vais à la pêche. On aurait besoin d'une royauté. Et on critique les États-Unis. T'es sérieuse ? On n'a pas les mêmes chiffres. Les politiques ne contrôlent plus rien : c'est le CAC40 qui le pouvoir. A part légaliser le mariage gay et repousser l'âge de la retraite ils n'ont rien fait. Parce que Poutine, toi, ça te va ? La Terre va crever quoi qu'il arrive. J'en ai assez d'avoir mal au cul. Si déjà on comptabilisait les votes blancs ? Leur programme est sur leur site. Faut pas exagérer quand même. Syriza on en reparle dans 3 ans. N'empêche que tu as fait des gosses. La vérité c'est que je n'ai pas le temps de m'y intéresser. Je suis Charlie ça aura duré quatre jours. Advienne que pourra.

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