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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

atterrissage contrôlé

Publié le 4 Avril 2014 par F/.

atterrissage contrôlé

Demain soir, je m'envole pour La Réunion. Deux semaines de rencontres dans les CDI locaux plus une semaine de vacances. C'est la troisième fois que je me rends sur cette île et je dois dire que j'ai du mal à considérer toute la partie collèges comme un boulot en soi. J'adore les gens là-bas, j'adore l'ambiance - je pars confiant.

Au cas où, sans rire, mon avion serait détourné par des extra-terrestres de la CIA sur une base secrète de l'Oural, je me sens néanmoins comme contraint de vous faire part de mes derniers émois et déceptions culturels, histoire que ce blog achève de remplir la mission qu'il s'était lui-même assigné.

Des livres, pour commencer. Mon sang à l'étude, de Joachim Schnerf chez l'Olivier, sorti hier. Un garçon attend les résultats d'un test VIH et gamberge un peu, on comprend ça. 80 pages bien tendues pleines d'angoisse et de vie - une sorte de Cléo de 5 à 7 livresque qui aurait troqué l'ivresse illusoire de la découverte du soi contre le méchant courage du réel. Ah, et Le Brigand bien-aimé, d'Eudora Welty, chez Cambourakis (lequel éditeur fait l'objet d'une très belle interview dans le numéro 3 du toujours vert Le Chant du monstre - ne manquez pas non plus l'article sur les Mathématiques existentielles). Eudora Welty, donc, qui nous a quittés il y a 13 ans déjà, et qui écrivait comme personne à l'ombre des arbres du Mississippi et des figures éternelles de la mythologie, nous offre avec ce premier roman un conte de Grimm sudiste hanté par une ménagerie fantasque d'Indiens, d'oiseaux et de fauves avides - une merveille, au sens primal du terme.

Un film qui m'a convenablement emmerdé, ensuite : Jimmy P. (Psychothérapie d'un Indien des plaines). OK, j'ai toujours considéré la psychanalyse, notamment freudienne, comme une vaste blague chère et pas drôle - "un pâté de mythes grecs", selon le mot cher à Nabokov mais d'accord aussi : je vous accorde que ce n'est pas un argument. Ce qui m'a dérangé, en fait, c'est à quel point la psychanalyse, justement, ne travaillait le film qu'en surface. Dans la vraie vie, le bouquin de Georges Devereux (le psy de Jimmy P.) est censé s'attarder sur, je cite, « l’existence d’une personnalité ethnique liée à une aire culturelle d’une part et l’existence de troubles psychiques commune à tout humain d’autre part." Moi, j'ai eu l'impression que tous les éléments étaient présents dès le départ, bien en place, et que le film procédait non à une exhumation mais à un référencement tout à fait convenu, le "caractère ethnique" de la personnalité de Jimmy se dissolvant gentiment dans des travellings sur les espaces du Kansas. (Je précise, à toutes fins utiles, que j'aime beaucoup Arnaud Desplechin, et pas seulement parce que c'est le frère de sa sœur fabuleuse.)

Autre déception, dans une moindre mesure, The Take Off and Landing of Everything, le dernier album d'Elbow. Vraiment, ça m'emmerde de dire ça, mais il ressemble drôlement au précédent, ce 6e LP, qui ressemblait lui aussi à celui d'avant. Toutes les chansons sont jolies, agréables, doucereuses - et c'est bien ça le problème : rien ne dépasse. Enfin, je suppose que ceux qui ne connaissent pas encore Guy Garvey et sa bande seront sans doute conquis ; ça semble le cas du journaliste du Daily Telegraph, par exemple, qui perd un peu le sens commun : "an album of world-beating standard yet still intimate and friendly, an epic of the everyday, a romance of the real." On le saura pour la prochaine fois : "romance of the real = des violons."

En revanche, et même si son côté première de la classe peut agacer, je me prosterne devant le 4e LP éponyme de St. Vincent, alias Annie Clark, que je ne saurais décrire autrement que comme un grand album pop audacieux et tourbillonnant, d'une inventivité à mon sens sans équivalent dans le paysage mainstream actuel (en un sens, et même si ça n'a pas grand-chose à voir, je pense au Homogenic de Bjork, avec laquelle la native de Tulsa partage un goût pour la, disons, démesure excentrique contrôlée).

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