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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

ce rêve

Publié le 27 Janvier 2015 par F/.

ce rêve

C'est une pièce lumineuse garnie de fauteuils rouges, une pièce qui, d'une certaine façon, ressemble au salon de ma grand-mère, par la disposition de ses fenêtres peut-être, ou à cause de la fine poussière qui danse dans la lumière et, sous un autre angle évoque la salle d'attente d'un cabinet de psychanalyste - celui que je ne verrai jamais, par exemple. Mon père est là, assis, mains posées sur les cuisses. A son côté, mon grand-père paternel patiente ; il a 60 ans, pas plus, il paraît très distant, et je retrouve dans son maintien cette dignité qui m'impressionnait tant lorsque j'étais enfant et que je regardais de vieilles photos de lui. D'autres personnes que je connais ou que je ne connais pas me dévisagent, elles aussi.

Je me tourne vers mon père. D'un hochement de tête, désigne mon grand-père indifférent.

- C'est drôle. Je raconte toujours aux gens que mes quatre grands-parents sont morts, mais on dirait bien que non.

Mon père secoue la tête.

- Mais il est mort. Ton grand-père est mort.

- Et toi ?

- Moi aussi.

- Mais nous sommes bien plus tard, n'est-ce pas ?

- Nous sommes plus tard.

Mon père a toujours ce regard vif et bienveillant qui me plaît tant, qui ne le quittera jamais. J'ai l'impression de me trouver dans ce roman de Will Self où les morts ont simplement changé de quartier. La sensation de simplicité est pesante.

- Et alors ? Je veux dire, vous... vous faites quoi ?

- C'est le week-end. On avait du temps. On est venus te voir.

- Et papi ? Il ne parle pas.

- Papi est mort il y a longtemps. Donc, non, il ne parle pas. (Il hoche la tête, comme s'il venait d'évaluer dix ans de ma vie en une fraction de seconde). C'est une période assez intéressante pour toi en ce moment, dis donc. Tu découvres que tu es juif. Il y a un Allemand dans ta vie.

Je hausse les épaules.

- Celui-là, je m'en passerai bien.

Mon père opine. Ses yeux brillent de compassion, et toute la colère qui m'habitait ces derniers temps me quitte d'un coup. Je crois que cette situation amuse mon père. Je suis sûr qu'il ne pense pas à mal. Je renifle.

- Et la vie après la mort, c'est... On retrouve tout le monde ?

- On retrouve qui on veut.

- Mais elle existe, cette vie ? Est-ce qu'on peut parler de réalité tangible ?

- Elle existe si tu en as envie. Que veux-tu que je te dise ? Songe aux gens qui ne désirent rien après. Ces gens qui aspirent au néant. Ce serait dommage de les embêter avec quelque chose, tu ne crois pas ? Parfois, "rien", ça convient très bien aussi. Bon, évidemment, c'est plus compliqué que ça. Beaucoup trop compliqué pour toi qui es vivant.

- Mais nous sommes tous liés les uns aux autres, oui ?

Mon père a un geste de dépit.

- Ne me pose pas une question dont tu connais la réponse depuis les commencements.

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Orkan von Deck 02/02/2015 17:59

"NON MAIS IL VA CRACHER LE MORCEAU CELUI LA ?!"

Un lecteur 27/01/2015 16:35

Très belle scène. Merci.