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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

ultra moderne solitude

Publié le 11 Février 2015 par F/.

ultra moderne solitude

Si j'avais décidé d'écrire cette notule avec la même désinvolture que Derek Kolstad n'en a mis à torcher le, ouvrez les guillemets, scénario, fermez les guillemets, de John Wick, vous ne seriez déjà plus en train de me lire.

Pour les besoins de l'expérience, essayez d'imaginer deux secondes un Lucy sans métaphysique. Vous hyperventilez ? C'est normal. Soufflez dans un sac à papier et souvenez-vous que personne, personne ne vous oblige à être aussi masochiste que moi. Parce que soyons clair : le plus fascinant, dans cet OFNI qui marque le retour de Keanu Reeves (et Dieu sait que le monde avait besoin du retour de Keanu Reeves), c'est, outre un spectaculaire 83% sur Rotten Tomatoes qui tendrait à prouver que plus de 8 critiques américains sur 10 ont trouvé que c'était OK de s'infliger une merde pareille plutôt que de, mettons, se livrer à n'importe quelle autre occupation, le plus fascinant, disais-je, ne réside pas dans la nature de cette ode hystérico-chiante à la balistique de salon mais dans le fait, en vérité, que je sois parvenu à garder les yeux ouverts jusqu'au bout alors même qu'il ne s'agissait pas d'un pari. De quoi est-il est question ? John Wick (Weak, ça ne marchait pas - Wicked ça aurait fait un peu trop appuyé) est un homme dont la femme est morte d'une maladie inconnue qui lui a laissé le teint frais jusqu'aux affres de l'agonie - et ça le rend super vénère (pas au point, rassurez-vous, de l'empêcher d'entretenir avec un soin maniaque son vaste intérieur modes & travaux). Jusqu'ici, on peut parler d'un certain réalisme psychologique. Cependant, là où d'autres grands gaillards de son acabit décideraient sur un coup de tête de s'inscrire à un cours de yoga tantrique, de partir creuser des puits en Afrique ou de se consacrer à l'élevage de carpes koi, ce bon vieux John s'emploie à cribler de balles une tétra-chiée de quidams peu réactifs en costards noirs non sans se livrer au passage à une chorégraphie un brin outrée à base de triples axels. John ? What's wrong with you, man ? Bon, à sa décharge, ce n'est pas lui qui a commencé. A une station-service, en effet, de jeunes mafieux russes (pléonasme), probablement pétés au crack, le reluquent avec la férocité propre à leur engeance dépravée - tant il est vrai que le Russe est rustre, drogué et légèrement bas du front. Suite à quoi, sans raison particulière, ils débarquent chez lui, lui explosent la tronche, tuent son chien (un adorable cadeau posthume de son épouse, décidément parfaite, avec de grands yeux pleins d'amour et des oreilles pendante - le chien, pas la femme) et lui volent sa bagnole. Sa bagnole !? Hé, les gars, ça vous arrive de réfléchir ? Piquer sa bagnole à un Américain ? Vous voulez pas déterrer son drapeau ou réélire Jimmy Carter, non plus ? Or donc, John est à peu près aussi ravi qu'un joueur de djembé coincé à une université d'été de l'UMP et comme c'est un tueur impitoyable mais doté d'un calme d'airain, il décide de se venger avec méthode (arborant tout du long une expression faciale aussi lisse qu'un roman de Katherine Pancol) et de massacrer les méchants soviets en se gardant pour la fin le paternel de l'un de ces petits pédés rouges - ah merde, je vous ai raconté la fin. Le détail amusant, c'est que le papa en question était l'ancien employeur de John et, comme tel, avait connaissance du caractère chafouin d'icelui, attendu qu'il l'avait lui-même baptisé Baba Yaga. Éventuellement, il aurait pu glisser à son fils un conseil du genre "fils, si tu choisis de killer le clebs d'une seule personne dans New York, essaie de ne pas choisir un de mes anciens acolytes et en tout cas pas le plus méchant tueur de la ville, Большое спасибо". Mais bon : on ne peut pas boire de la vodka glacée, se pogner sur du Pouchkine, combattre des ours à mains nues et penser à tout, n'est-ce pas ? Les Russes ne réfléchissent pas des masses, d'où le communisme. Bref, pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça, moi ? Ne regardez pas ce film, voilà. Ne le téléchargez même pas illégalement. Je sais bien que ça n'a pas grand-chose à voir mais jetez un œil au formidable Lila de Marilynne Robinson qui clôt la trilogie initiée avec Gilead : c'est un livre qui permet de récupérer sans délai 1D6 points d'intelligence. "Si j'étais encore en vie, je perdrais pas mon temps dans une cave à me répéter que je préfèrerais être morte." Est-ce que t'es seulement capable de piger ça, John ?

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Lourinki 11/02/2015 16:33

Mais à part ça, il est bien ? ;)
Étant donné le pitch je pense que je ne serais pas allée le voir de toute façon, mais avec votre critique c'est (encore) plus sûr ! Votre texte au moins m'a fait passer un bon moment, merci pour ça et pour l'anti-conseil !