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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

ça change tout

Publié le 13 Mars 2015 par F/.

ça change tout

En trois pavés massifs - No Logo, La Stratégie du choc et Tout peut changer, Naomi Klein qui, en 2001, comptait un certain Thom Yorke parmi ses admirateurs - est passée de la critique d'une culture à celle, radicale et féroce, d'un système : le capitalisme. Tout simplement, et comme le rappelle la 4e de couverture de ce livre bleu comme un ciel d'antan, "notre modèle économique est en guerre contre la vie sur Terre". J'en vois certains sourire, hausser les épaules, s'agacer. La démonstration est pourtant difficilement réfutable : le capitalisme, qui encourage une consommation croissante et continue comme si demain n'existait pas, qui considère l'environnement comme une contrainte devant être écartée, affirme la prédominance de l'humain sur toute chose. La Terre n'est pas d'accord ? Nous dompterons la Terre, et tant pis pour l'Arctique, tant pis pour le dauphin du Yang-Tsé et ses frères, tant pis pour les pauvres, tant pis pour nos enfants, si nous sommes assez débiles pour en faire.

Pendant que nous continuons à nous laisser endormir par des promesses jamais tenues, tandis que nous humons l'âcre parfum de catastrophes encore lointaines, alors qu'un vague et tenace sentiment d'impuissance nous berce (Benasayag le rappelait avec justesse : le contraire du capitalisme, c'est la joie), d'immenses conglomérats internationaux injectent des sommes délirantes dans l'élaboration et la promulgation d'un discours anti-environnementaliste visant à faire passer les écologistes au mieux pour de doux rêveurs, au pire pour de dangereux fascistes inféodés à Gaïa. Or, et contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, le modèle unique ne l'est pas, une solution est à portée de mains. Le problème, et les conglomérats l'ont bien compris, c'est qu'elle passe par une refonte complète du système, par la disparition de pans entiers de notre économie, par un reformatage hardi et radical de valeurs auxquels nous restons tous, à un degré ou à un autre, absurdement attachés.

Soyons honnête : la lecture des premiers longs chapitres de Tout peut changer s'avère remarquablement déprimante. L'hydre capitaliste est un monstre de science-fiction, invisible parfois, protéiforme par nature, remarquablement enjôleur. D'une certaine façon, il a déjà gagné une bataille (il suffit pour s'en convaincre - c'est un exemple, il en existe mille autres - d'observer année après année la fonte progressive du glacier du Mont-Blanc) et la guerre, si guerre il y a, entraînera de nombreux sacrifices matériels et idéologiques. Mais que se passera-t-il si nous ne sautons pas du train en marche ? Vers quel genre de muraille conceptuelle nous précipitons-nous à allure croissante, sous les vivats d'une foule en état d'hypnose avancée ? Cela, l'hydre s'abstient bien sûr de le préciser. Le futur, par définition, n'existe pas - n'existera jamais. Le futur n'est qu'une extension d'un présent idéal où les riches sont riches, surfent sur les dunes et vous emmerdent quand ils trouvent le temps. Et pourtant. Sur le site consacré à son livre, Naomi Klein ne se contente pas de collecter les éloges un peu affolés de ses coreligionnaires. Elle répertorie des solutions et des initiatives concrètes, déjà ébauchées à grands traits dans l'ouvrage.

Il est très difficile, dans un monde indexant le bonheur au profit comme si c'était là une chose parfaitement naturelle, de trouver le temps de se pencher sur les questions fondamentales posées par Naomi Klein. Un certain président nous l'a rappelé : plus vous bosserez, mieux ça se passera pour vous, vous, vous - et qu'est-ce qui pourrait compter d'autre ? Courez, travaillez, faites les soldes quand c'est les soldes ("Concerned (but powerless) / An empowered and informed member of society (pragmatism not idealism) / Will not cry in public") et arrêtez de vous poser des questions dont les réponses ne vous feront aucun bien. Dormez sous les tempêtes. Tenez-vous loin des côtes. Fabriquez-vous un abri.

"L'histoire a frappé à ta porte. Lui as-tu répondu ?" Tout peut changer est un ouvrage salvateur, un thriller existentiel dont vous êtes à la fois le tueur et la victime. Il me laisse désemparé, plein d'espoir, furieux contre le monde et contre moi-même, il me pousse aussi - et heureusement - à accomplir des choses dont je ne vous parlerai pas. En attendant, je vais faire mon possible pour interviewer Naomi Klein d'ici la fin du mois. To be continued.

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Rizzato Anais 14/03/2015 08:58

Bonjour,

Lire aussi Pierre RABHI,"Manifeste pour la terre et l'HUMANISME".

Merci à Vous pour tous vos articles.

Bien cordialement.

F/. 14/03/2015 09:00

Merci du conseil, Anaïs. Ce livre me fait de l’œil depuis quelque temps, je vais sans doute me laisser tenter.
Amicalement.