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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

états de grâce

Publié le 8 Mars 2015 par F/.

états de grâce

States of grace (traduction étrange même si joliment trouvée du titre originel Short Term 12) est sorti en France le 23 avril 2014 dans une indifférence quasi générale : il a fait 90 000 entrées, et le Figaroscope a bien aimé ; moi aussi. Le Short Term 12 en question est un foyer de réinsertion pour ados désaxés. Grace, qui y travaille, n'est pas au mieux de sa forme. Enceinte de Mason, son petit ami qui œuvre aussi sur place, elle revit à travers Jayden, une nouvelle pensionnaire en souffrance, les tourments d'une adolescence pas si ancienne. Aussi fragile à l'intérieur que forte devant ses ados, Grace s'efforce de dissocier l'intime du globalisant et, ce faisant, finit par péter gentiment les plombs. C'est frais, c'est drôle, c'est déchirant, c'est baigné par une lumière parfois douce, parfois crue (celle de Sylmar, dans la vallée de San Fernando) et ça lève un voile vaporeux sur une autre Amérique : hello la lose en douceur, salut les parias fatigués, bonjour les travailleurs sociaux qui croient en quelque chose et remontent des rues pavillonnaires à vélo en écoutant The Shivers. Les acteurs ressemblent à des amateurs, les pensionnaires ne sont pas des acteurs et je reste fasciné par la capacité des ados, déjà mise en valeur dans le très chouette The Myth of the American Sleepover, le premier film de David Robert Mitchell (It follows), que je vous recommande aussi, à paraître jouer en restant fondamentalement eux-mêmes. L'adolescence est une scène de théâtre intime où la colère se met en scène, se pare de masques et pour finir, oublie son nom. States of Grace, qui vibre d'amour et de rage impuissante, est un objet filmique aux modestes atours - budget : $ 1 million - fleurant bon les 90's, les festivals de cinéma indépendant et les accolades Rotten Tomatoes. Parfois emprunté, parfois didactique, il déploie in fine un faisceau d'énergies irrésistibles et radieuses. Dans la scène finale, sans raison apparente, un jeune rouquin en crise sort du centre en hurlant, comme il l'avait fait une heure plus tôt : personne ne peut lutter longtemps contre les âpres élans de la jeunesse.

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