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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

kill your television

Publié le 30 Mars 2015 par F/.

Rien ne vaudra jamais le rock de l'année où tu avais 21 ans. Regarde, le son est bien pourri mais quand quelqu'un quelque part écrit "Without doubt the best band ever", l'espace de 3:52 en apesanteur shoegaze, tu veux bien être d'accord et te précipiter au milieu de la foule pour sauter en même temps que tous ces tarés du Bataclan, de la Loco ou de Gibus, n'importe où pourvu que la bière soit tiède et l'odeur de clope tenace, avec les regards de ces filles coupants comme des arêtes de glaciers que tu ne gravirais jamais. Tu faisais tes études dans le Marais, le midi déjeunais d'une baguette à deux francs au milieu de ces gens un peu trop riches pour toi, tu avais ce copain nantais qui avait rapporté un disque avec un bébé dans une piscine nageant après un billet d'un dollar et qui répétait "hé les mecs, hé les mecs", tu volais des CD à la FNAC comme des centaines d'autres petits cons adorables, ça s'appelait The Auteurs, Modern life is rubbish, ça s'appelait Superchunk, Jad Wio, Ned's atomic dustbin, Ocean Colour Scene, Primal Scream, tu avais acheté Doolittle en double, "we're chained", tu n'étais pas très amoureux, il y avait le sida et, dans le bar d'en face, des hommes à peine plus âgés que toi que tu n'avais jamais vus que dans l'ombre et, sans même le savoir, ne reverrais jamais, Lune de fiel à la radio c'était fini déjà et tu ignorais ce qu'il était advenu de David Girard parce qu'Internet n'existait pas, juste des rumeurs et des souvenirs bleus, de la crasse, des pavés luisants, un rat derrière le Centre Pompidou, des errances nocturnes rue Saint-Denis parce que le dernier métro t'était filé sous le nez, puis les Halles, puis Bd Saint-Michel, dans une réalité parallèle le Megatown avait fermé ses portes mais tu te foutais de ça, n'en étais pas à Guillaume Dustan, n'en étais pas à te demander comment un jour tu pourrais écrire sur tout ça et si tu le devrais seulement, tu lançais des D4, des D12 derrière un écran plus compliqué que celui de tes paupières, tu jouais à l'Appel de Cthulhu jusqu'à 6h du matin rue Gay-Lussac puis tu prenais le RER pour rentrer chez toi dans la grisaille de l'aube et ton père te réveillait à 7h20 en te demandant si tu avais bien dormi, la mère de ton ami était rédactrice-en-chef de Marie-Claire, la mère de ton autre ami était prof d'anglais à Henri IV, ta mère à toi était à la maison, cette fille de ta classe posait secrètement dans Entrevue, les mains posées sur le torse d'un colosse adipeux ("don't you want a piece of the action ?"), tu essayais de ne pas te demander ce que tu ferais plus tard et tu y arrivais d'autant mieux, joyeux, démâté et légèrement au désespoir, que PJ Harvey se lamentait dans les écouteurs de ton walkman telle une déesse tordue en chantant Always stings the sa-aaame.

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