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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

pleins de vie

Publié le 29 Mars 2015 par F/.

© Dom Moreau
© Dom Moreau

Si vous ne connaissez pas Françoise, on dirait bien que c'est trop tard ; et j'en suis désolé pour vous, vraiment. Parce qu'elle était de celles qui peuvent infléchir le cours d'un ruisseau primordial, pas en vous poussant de l'épaule, non, pas en remuant le monde comme on secouerait un panier de frites, mais en douceur, d'une volute tendre, alambiquée, d'un sourire à la beauté taquine. La dame aimait les mots et les mots valsaient, se laissaient bousculer, les mots dansaient pour elles, ravis, paumés comme nous tous. Les écrivains ? Elle les aimaient d'amour, c'est étrange, on ne sait pas trop ce qu'elle leur trouvait à ces dompteurs viles et frêles, à ces capitaines bravaches - la belle inutilité de la domestication à l’œuvre, peut-être -, toujours est-il qu'elle les prenait sous son aile et qu'elle ne volait pas, jamais, ce qui fait qu'on restait près d'elle, à l'ombre, tranquilles.

Ce week-end nous étions à Sainte-Cécile, Joy Sorman, Véronique Ovaldé, François Bégaudeau, Arno Bertina & moi - nous étions là avec Jean-Paul, son mari au regard si doux, ses fils, et le solide aréopage des amis de Françoise, on ne nous demandait pas grand-chose sinon témoigner, expliquer par quel miracle nous étions arrivés ici, comment cette belle plante étique, éthique, exigeante, nous avait pris dans ses rets, comment nous nous étions laissé faire, et pourquoi nous étions heureux, combien nous nous sentions reconnaissants.

Il faisait chaud, un vent léger soufflait et c'était bien elle cette fois, discrète mais virevoltante. On me dit que, de notre petit groupe, je suis le dernier à l'avoir vue ; je crois surtout qu'elle est la première à m'avoir vu, moi, sans arme et avide, curieux de rater encore et toujours car oui, la littérature est un échec dont il faut se relever sans cesse et j'imagine que c'est amusant de nous voir remonter chaque fois en selle, je veux même croire que c'est là le secret de son sourire perpétuel.

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