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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

le bon coup de fouet

Publié le 21 Avril 2015 par F/.

le bon coup de fouet

On a déjà tout écrit ou presque sur le nouvel album de Blur, le premier depuis 2003 et Think Tank, le premier avec Graham Coxon depuis 1999 et 13, & je ne suis ici pour vous convaincre de rien. Lors de l'été 1999 j'écoutais 13 quelque part à l'Ouest, c'était un album américain, foutraque et mélancolique qui m'allait bien au teint, ça sentait la fatigue, les ronces et les fissures. Depuis, je suis allé à Hong Kong, et ceux qui me suivent un peu ont compris que c'était devenu de façon assez inattendue ma ville préférée, pas la ville elle-même, bien sûr, mais l'image que j'ai réussi à m'en faire, ce mélange de grandiose et d'absurde, ce grouillement rassurant et terrible - la vie comme elle va, c'est-à-dire trop vite. Je suis béatement heureux que The Magic whip soit né à Hong Kong, y soit né deux fois, même, la première lors des bizarres séances d'enregistrement de 2013 consécutives à une tournée locale, la seconde lorsque Damon a compris qu'il lui faudrait revenir sur place il y a quelques mois pour mettre des mots sur la musique, heureux parce que tout ça me paraît faire sens - je pige cette ville, je vois ce son, parfait. Maintenant, est-ce que ce dernier album est bon ? La question est : aimez-vous Blur ? Voilà, vous avez votre réponse. Disons qu'on tient là l'un de ces come-back très rares qui, artistiquement, ne ressemblent jamais à un come-back - on ne peut soupçonner Albarn de courir après le fric (le prix des places au Zénith est d'ailleurs spectaculairement raisonnable, enfin, était), et il y avait tant de façons pour ce disque de ne pas exister -, disons que cet album aurait pu être enregistré en 1997 ou, mieux, en 2004, dans la foulée du précédent, si Graham Coxon n'était pas parti en vrille, si Damon ne s'était pas rabattu sur Gorillaz et l'Afrique et le reste et Alex James sur le fromage. The Magic whip est une sorte de best-of laidback majoritairement paisible, contemplatif, pop par endroits, coquin-ce-qu'il-faut, sans concession particulière, sans fanfare, sans bombinette punk mais équipé d'au moins deux tubes fédérateurs spécial concert (Lonesome Street, Ong-Ong), d'une chanson magnifique (My Terracotta Heart), d'une ballade ensoleillée (Ghost Ship), où chacun des quatre membres reprend sa place et retrouve son couvert comme si de rien n'était, comme si le temps était juste une blague. On les sent un peu éberlués, les gaillards, authentiquement surpris d'avoir accouché si facilement de cette bête improbable, et la patte rugueuse de Graham Coxon est bien là, posée comme celle d'un lion sur un morceau de bidoche, avec sa guitare comme mouche du coche. Par ailleurs, il faut se faire à l'idée que, contrairement aux Pixies ou à Radiohead, Blur est un groupe qui ne sortira jamais de "meilleur album" : c'est une affaire d'endurance, de régularité, une entreprise anglaise middle-class qui a parlé aux fillettes sautillantes de 20 ans circa 1992 et qui parle d'une autre façon aux quadras revenus de tout, le seul groupe qui n'a jamais su vraiment décevoir, saying : OK, votre vie ne ressemble pas vraiment au film que vous aviez écrit mais vous pouvez toujours compter sur nous pour la bande-son.

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