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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

tout ça pour ça ?

Publié le 9 Avril 2015 par F/.

tout ça pour ça ?

Mad Men approche de son terme. Septième et ultime saison, clap de fin, les enfants disparaissent – bien sûr, je serai triste de quitter Don Draper mais mon chagrin sera à la mesure de la pitié que je n’aurai cessé d’éprouver à son endroit, à l’égard du miroir tordu fixé dans les chiottes de son âme, aussi, qui depuis le début ne renvoie rien d’autre qu’une grimace désabusée. Je ne comprends rien à ce que fabrique Don, pour être franc, son jargon et ses tactiques m’épuisent au-delà de la raison, je suis sûr qu’il ignore tout autant ce qui se trame, par ailleurs, et que cela participe grandement au succès de ce show, sans conteste l’un des plus déprimants qu’il nous ait jamais été donné de subir.

Le monde de la publicité n’est rien d’autre que celui de l’entropie, un territoire infertile truffé de symboles factices, un univers sens dessus dessous animé par un processus d’auto-dévoration permanente. Le travail, le travail inutile auquel vous vous livrez contre espèces, trace les frontières d’un enfer auquel vous espérez vaguement échapper en picolant et en baisant (activités auxquelles la majorité des personnages s’adonnent 24/24), ce jeu de survie ne faisant in fine qu’affoler le thermostat. Tout va de mal en pis dans Mad Men, on vous offre un ou deux suicides au début pour bien vous signifier que, hé-hé, il y avait effectivement des sorties à prendre et que vous ne les avez pas vues mais à présent, dans le temps suspendu du capitalisme totalitaire, de la morne domination de l’humain par le profit, ça n’en vaut plus réellement la peine.

Les femmes quittent les hommes, les hommes dénichent d’autres femmes, les femmes se rebellent, chacun essaie de s’en sortir à grands coups de costumes racés, de corsages arrogants et d’ultra-égotisme satisfait, Don s’efforce de plaquer sur sa tête des cheveux qui devraient à chaque seconde, à l’instar de ceux de Maldoror ou du Henry Spencer d’Eraserhead, se dresser d’effroi, Mad Men, en somme, raconte tout dès le titre : nulle part vous ne trouverez endroit plus sinistre, plus atrocement cinglé que le monde du fric et des pubards, celui où le talent d’un homme se mesure à sa capacité à vendre du vent tout en résistant à l’envie persistante de se tirer une balle dans la bouche. Mad Men, c’est American Psycho avant l’heure. Nul besoin de découper en rondelles des putes ou des clochards dans le vain espoir d’échapper au vide (de fait, nous sommes les putes et les clochards) : massacrer, c’est que nous faisons tous les jours de toutes les semaines de tous les ans du temps d’avant-la-mort dès lors que nous choisissons d’escamoter la question du sens. Ce n’est que lorsque vous passez dix ans à glander derrière un bureau, à prendre votre chapeau, à prendre des appels, à prendre un verre, à prendre votre secrétaire, que vous comprenez que le salut ne résidait qu’en vous mais que, hélas, vous êtes foutu depuis longtemps, au-delà de tout recours.

Deux chansons radicales scandent la série, deux bornes sur la route : Tomorrow never knows des Beatles (« Lay down all thought, surrender to the void ») et, dans ce 8e épisode, le premier des derniers sur la route pavée d’or plombé, le très cruel et très beau Is that all there is de Peggy Lee. D’une voix suave, tantôt ânonnant, tantôt faussement enjouée – mais en vérité au 36e sous-sol du building béton et cristal –, Peggy se demande si elle a raté un truc. Elle évoque les quatre révélations fondamentales de l’existence : le feu, le cirque, l’amour, la mort et à chaque fois c’est la même rengaine. Quelle étape ai-je loupée ? Quelle blague ai-je mal comprise ? Voilà : le monde est une farce et vous en êtes la chute, le générique était clair. Vous tombiez ! eh bien vivez maintenant, continuez votre petit machin autocentré – c’est rigolo, et pour ce que ça changera…

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