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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

bonjour Tristesse

Publié le 21 Juin 2015 par F/.

bonjour Tristesse

Kuana Torres Kahele et Napua Grieg, bienheureux artistes hawaïens, chantent sur fond de ressac, d'éruptions douces et de cris d'oiseaux la complainte d'un volcan épris mais solitaire : c'est Lava, le court-métrage tire-larmes de James Ford Murphy, présenté en ouverture du fantastique Vice-Versa starring Uku, la grosse montagne placide, et Lele, la belle impossible, qui n'émerge au son de la chanson que lorsque son soupirant disparaît. C'est, surtout, une ballade composée par Jim Murphy lui-même (ukulélé à l'appui, forcément) et qui rappelle que Pixar reste sans rival dans l'art si délicat de la fable : ici, l'on célèbre les noces du l'eau et du feu, l'on chante l'impermanence et la fusion, ce qui arrive quand on n'y croit plus.

De Vice-Versa lui-même, que dire ? C'est un film bouleversant d'intelligence, tout simplement, et je sais déjà que je le reverrai, ne serait-ce que pour ne plus réfléchir et analyser sans cesse ce qui se passe à l'écran - une des nombreuses malédictions dont est affublée l'espèce humaine et dont le réalisateur a sans doute bien pris l'ironique mesure. Quelques scènes, donnant une idée de l'ampleur conceptuelle de l'ensemble : Joie et Tristesse empruntent le raccourci de l'abstraction pour rejoindre le train de la pensée qui ne roule que le jour - la nuit, dans les studios des rêves, des réalisateurs fatigués placent des filtres sur leurs caméras tandis que des gestionnaires de souvenirs, calepins en main, arpentent des labyrinthes quasi infinis pour détruire ce qui ne sert selon eux plus à rien. Des îles conceptuelles qu'on croyait éternelles s'effondrent dans le gouffre de la mémoire morte surplombant les tunnels de l'inconscient, Tristesse, hilarante, pleure d'être si triste et se laisse traîner au sol en gémissant que tout est sa faute tout le temps, Peur et Colère se disputent la place devant la console de contrôle cependant que, dans le monde physique, une pré-ado paumée, incapable de comprendre ce qui se passe, entre comme anesthésiée dans la terra incognita de l'adolescence. Et c'est un film pour enfants aussi, figurez-vous, fascinant d'invention, exceptionnellement intelligible, un bijou cérébral coloré et joyeusement triste qui ne parle que de deuil. Selon une étude américaine citée par Pete Docter, le wonderboy croyant d'Emeryville à qui l'on doit déjà Monstres & Cie et le merveilleux Là-haut !, la capacité à décrypter des émotions n'est jamais aussi forte que chez les jeunes filles de 11 à 13 ans. La mienne en a 12 mais comme le dit Joie : "franchement, je ne vois pas ce qui pourrait se passer."

bonjour Tristesse
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