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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

le jour où j'ai eu tout

Publié le 20 Novembre 2015 par F/.

le jour où j'ai eu tout

Avec En forme de cœur, Amy Hempel avait déjà brisé le nôtre. Aux portes du royaume animal célèbre la primauté de l'instinct, l'absurdité de cette pesanteur que, par pure convention, l'on appelle "vie". Sa prose est de celles, très rares, auxquelles on s'abandonne avec un mélange d'inquiétude et de ravissement : comme on accepterait de partir en promenade sur un sentier de campagne avec un petit garçon impertinent et masqué, armé d'un couteau peut-être en plastique - et peut-être pas. Les nouvelles d'Amy, parfois longues d'une page à peine, on les reconnaît en général à leur première phrase : "Si c'est vrai, j'ai pensé, alors faut y aller." ou "Pour le prix d'un café par jour, mon amie Deborah a adopté un enfant." ou encore celle-ci : "Du côté le plus joli d'une rue pas jolie, entre "Dieu bénisse le généreux donateur" et son chien et "Merci, Seigneur, de m'avoir donné la vie" et son chien, un poivrot m'a embarquée dans la conversation suivante : "Mademoiselle, est-ce que je saigne ?"" Amy Hempel fait entrer la réalité dans une phrase, un jour à coups de pompe dans le cul, le lendemain en lui susurrant les plus beaux mots d'amour. On ne sait pas comment elle s'y prend, on ne comprendra jamais, et c'est cette ignorance qui rend notre joie si spéciale, notre plaisir si sauvage. Ses images bousculent et s'entrechoquent, Amy procède par zigzags brutaux, par chute inopinées, d'un détail fait une montagne et d'une montagne ne fait rien, elle écrit comme une aveugle qui aurait décidé de traverser une autoroute, non pour mourir mais pour vivre au contraire : sûre de son fait, certaine de se trouver toujours non pas là où ne l'attend pas mais sur le trottoir d'en face, précisément, avec ce sourire d'un autre monde qui pourrait se traduire par "eh bien quoi ?". Bref, c'est magique, ça ressortit à un mystère insondable et c'est chez Cambourakis, toujours.

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