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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

toujours paris

Publié le 15 Novembre 2015 par F/.

toujours paris

"Paris, capitale des abominations et de la perversion", nous dit Daesh. On a bien compris : la ville-lumière, les musées innombrables, les salles de concert, les cinés, les stades, les restaurants, les bars, les boîtes - tous ces lieux où l'on réfléchit, où l'on discute, où l'on s'éclate, où l'on s'aime, où l'on rit, ou l'on s'éblouit, toutes ces marches que l'on dévale en chantant la nuit, tous ces métros en retard contre lesquels on peste, ces ruelles pouilleuses, ces pavés luisant, ces marchés trendy, ces placettes secrètes - toute cette mosaïque multicolore dont personne ne peut se réclamer à 100% mais qui accueille chacun avec un mélange d'indifférence et de bonté, toute cette merveille de crasse, de splendeurs, de nuits glauques, de néons blafards, d'élégants lampadaires, de pentes et de platitudes, de banalité et de beauté, de tapage et de silence, de pollution et d'azur, cet éternel creuset bouillonnant, ce chaudron tranquille peuplé sans raison et sans calcul - blacks, hipsters, blancs, putes, chrétiens, alcoolos, ouvriers, musulmans, jeunes relous et vieux râleurs, mondains, hindous, saltimbanques, gros bourges et menues minettes, athées, frimeurs, français, pas français, non déclarés, chômeurs, rebeus, gamins, petites choses et gros trucs, indiens, touristes, banlieusards, militants, juifs, ringards, asiatiques, clodos, businessmen, provinciaux, vieilles malignes & jeunes fous, hétéros, sympathisants, bandits, LGBT, piliers de bar, figures de mode, oubliés, geeks, naufragés, vieux beaux, adoptés, chiens, chiennes et bestiaux en tout genre - où le FN ne dépasse pas 10%, tout ce que nous sommes, nos sourires secrets, notre joie d'être ici, le vieux serpent de la Seine, les fantômes du passé, les clochers, mosquées, synagogues, nos rêves idiots, nos querelles stériles, nos manifs, nos silences, nos jurons, nos mains tendues : tout ça, vous n'aimez pas, vous ne supportez pas, vous aimeriez mieux mourir et parfois, c'est ce que vous faites. Mais deux jours après vos meurtres et vos suicides, deux jours après la terreur et les larmes, l'incompréhension, les câlins, l'horreur sourde, les discussions de vingt heures, la monstruosité du choc, deux jours seulement après être tombés à genoux nous sommes là, debout, dehors, dans la rue, dans les parcs, aux terrasses des cafés, pleins de fleurs, de bougies et de larmes, de sourires timides, le deuil au ventre, la tête à l'envers, la jeunesse en étendard, quels que soient nos âges, deux jours après nous sommes là, bravaches et meurtris, mais plus abominables et pervers que jamais, vous pouvez en être certains, et à votre haine nous opposons la solidarité, à votre folie nous opposons l'amour, nous n'avons pas besoin de défiler, pas besoin de crier, nous sommes capables de pleurer seuls, de ruminer, de nous raccrocher les uns aux autres, vous n'avez toujours pas compris ça ? Au bout de deux jours nous nous engueulons parce que c'est dans notre nature, parce que nous avons le droit de le faire mais ne vous y trompez pas, nous savons être seuls ensemble, nous savons ouvrir une porte, donner notre fric, ouvrir un livre, jucher un enfant sur nos épaules, nous savons avoir peur et sortir pourtant, nous savons nous souler et restez sobres, l'espoir marche avec nous, le feu, l'amour secret, nous connaissons les règles de la compassion, nous savons être trois millions et dix fois plus s'il le faut, vous n'obtiendrez rien de nous, vous ne détruirez jamais l'esprit de cette ville, son histoire, nous ne sommes jamais aussi chiants que quand on nous fait chier, aussi intenses que lorsqu'on veut nous condamner à la terreur, aussi unis que lorsqu'on veut nous séparer, nous sommes Paris, sans hashtag, sans drapeau et sans Dieu ou avec, je bois à votre paradis qui n'existe pas, je lui préfère mille fois l'enfer ici-bas.

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