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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

la littérature jeunesse comme soupe tiède

Publié le 9 Janvier 2009 par F/.

Je suis en train de terminer The Graveyard book de Gaiman (en VF, le Monde du cimetière, à paraître chez Albin Michel / Wiz), et c'est une merveille qui donne le vertige. De quoi rester songeur, aussi. Parce que dans le même temps, tout un pan de la littérature jeunesse française (et Dieu sait que je me suis fait un temps l'écho plus ou moins volontaire de cette tendance - que mes lecteurs se rassurent, toutefois, cette époque est bien révolue) me semble souffrir d'un mal profond et pernicieux : le politiquement correct. On y exalte le courage, la loyauté, la différence - toutes qualités évidemment incarnées par des ados - comme s'il fallait coûte que coûte, et dans les plus brefs délais, imprégner l'esprit des jeunes lecteurs de ces plaisantes notions sous peine de les voir échapper ensuite, et de façon définitive, à l'emprise du bien pour basculer du côté obscur, i.e. adulte. En résumé, l'Afrique est grandiose, les Indiens sont purs, le rêve est fécond, la technologie est dangereuse, l'école est utile, et on s'emmerde ferme.
Qu'espère-t-on, au juste : éduquer, convaincre, divertir "utile" ? Réalise-t-on que, d'ici quelques années, nos chères petites têtes blondes vont se farcir du Bret Easton Ellis et du Chuck Palahniuk à la chaîne ? A moins que les auteurs ne soient tout simplement de bonne foi (ce qui, reconnaissons-le, constituerait une explication encore plus déprimante ; mais le cas s'est déjà observé, hélas - je connais des écrivains jeunesse qui détestent l'hypocrisie et penchent résolument du côté des opprimés) ?

http://www.theplayland.com/wp/wp-content/uploads/2008/03/graveyard-x2.jpg
Régulièrement, des élèves me demandent "ce que j'ai voulu dire" avec tel ou tel livre : ma réponse est "rien". Je ne veux pas que tu révises tes cours avec mon roman, mec, je ne veux pas que tu juges le monde, je ne veux pas le polir pour toi ou planter un poteau indicateur à chaque coin de rue : je veux que tu sortes de toi-même et que tu te prennes l'existence en pleine gueule. Parce qu'il n'y a rien à apprendre, seulement à vivre, et que les gens ne sont pas des concepts, ni les livres des recettes. Ah, ces personnages censés "porter" les enjeux du roman ! Tell me about it.
Donnez-nous des enfants pervers, bon sang, des parents incurables, des guerres sans espoir et des sourires empoisonnés ; bafouez l'innocence et glorifiez la nuit, enfin : car rien de bon ne pourra naître du bien que l'on décrète. 
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Shalmaneser 12/02/2009 18:20

J'ai conscience d'arriver un peu tard ; mais cette assertion : "l'auteur a toujours quelque chose à dire", me paraît douteuse, Henscher. L'auteur, en revanche, a toujours quelque chose à écrire, et la nuance est de taille. L'auteur, le vrai, c'est celui qui, comme le dit très justement F., te fait sortir de toi-même et te balance l'existence en pleine gueule. Ecrire une oeuvre littéraire, ce n'est pas fondamentalement porter un jugement, même si cette dimension critique peut brouiller les cartes ; c'est plutôt, à mon avis, et pour parodier pompeusement Balzac, faire concurrence à la Création.

Henscher 13/01/2009 21:26

Un point de vue éminamment subjectif, si je puis me permettre. Mais partiel, si j'ai bien compris ce que vous voulez dire.

L'idée n'est pas tant de déformer les schémas de représentation du monde communément admis et enseignés (Walt Disney pour faire court, judéo-chrétien pour faire pseudo-intellectuel), mais bien plutôt d'apporter un point de vue.

Car là où je ne vous suis pas forcément, c'est sur l'idée que l'auteur ne juge pas, ne donne pas de leçon.

Or, à tout le moins, l'auteur donne un avis, une vision du monde et des choses qui lui sont propres, à travers le prisme de sa propre expérience et de sa sensibilité.

Ecrire, c'est déjà choisir, et choisir, c'est de fait orienter son discours, et donc tenter de démontrer et de communiquer des idées, des concepts. En ce sens, l'auteur a toujours quelque chose à dire. C'est même pour cela qu'il écrit, au départ en tout cas, puisqu'il estime qu'elles valent la peine d'être communiquées à d'autres, et si possible au plus grand nombre.

Il n'y a d'ailleurs pas de mal à cela.

Ensuite, on peut être plus ou moins d'accord avec lui, ou sensible à ce qu'il dit.

A ce titre, un Gaiman, un LEvy ou encore un Easton Ellis ont des approches très variées et très différentes du monde et de la littérature, voilà tout. Quoique les gens de mon goût ont du mal à qualifier l'oeuvre de Levy de littérature - mais là encore on parle bien de goût.

Par contre, s'il s'agit de dire qu'il faut arrêter de prendre les enfants pour des imbéciles, alors dans ce cas, je ne peux qu'applaudir des deux mains - tout comme j'applaudis au reste de votre production au passage.

Xavier 13/01/2009 21:16

A lire absolument :
Doppelgänger de David Stahler chez Flammarion, coll. Tribal.

Du jeunesse, la vie d'une famille américaine où un ouvrier cogne à poings fermés sa fille de dix ans sous les yeux de son fils mort. Cela, parce qu'elle avait loupé son gratin de pâtes. "Non, du gratin de merde" répond papa avant de frapper.

Anne 13/01/2009 18:34

Mmmh, je crois que tu n'as pas tout à fait raison sur un point. Les gosses ne vont pas se farcir du Ellis plus tard, normalement. Ils vont se farcir du Marc Levy ou approchant.

not safe 13/01/2009 07:46

Ça sent l'Auden vers la fin! Sinon: je me souviens que c'est la saga terriblement sombre des Enfants Tillerman qui, vers 10 ans, m'a sauvé d'un dégoût de la littérature jeunesse. Ce qu'ils étaient ronflants les bouquins qu'on nous donnait à lire! Tellement sucrés qu' en tournant les pages, on s'en foutait plein les doigts.