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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

à la gauche du père

Publié le 2 Septembre 2009 par F/.

Vu hier soir, Un prophète est bien le chef-d'oeuvre annoncé. Dans la rue derrière nous, un type interroge son copain : "Euh mais sérieux, y aurait pas un truc un peu religieux là-dedans ? Je veux dire, c'est chelou quand même." Religieux ? Allons donc. A part le titre, les visions, la trinité Père / Fils / Saint-Esprit, la dernière mission proposée le jour de la naissance du Christ, Malik qui choisit de s'asseoir, finalement, à gauche de César, les 40 jours et 40 nuits passées au trou, l'Esprit Saint qui prend feu et une dizaine d'autres détails, je ne vois vraiment pas ce qui permet d'affirmer un truc pareil. Loin de se résumer à une charge brutale contre l'univers carcéral, je dirais même : en dépit de cette charge, le film d'Audiard déploie lentement sa puissance métaphysique pour embrasser la condition de l'Homme - veule, chanceux, traître, habité, fragile, changeant et absurdement volontaire. Sans même parler de la maîtrise cinématographique, j'admets que je suis incapable de résister à ce genre de démonstration. Et pourquoi le ferais-je ? La vie est courte, la grâce est rare. Evidemment, et ce n'est pas le moindre de ses mérites, Le Prophète donne assez peu envie de se précipiter vers le dernier Christophe Honoré, par exemple - de même que la lecture de Crime et Châtiment incite rarement à embrayer sur Muriel Barbéry mais après tout, il est normal que la différence entre vouloir faire un film et devoir en faire un se paie et se retrouve quelque part.

http://image.ifrance.com/cinema/film/8/6/110268-1-un-prophete.jpg
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Alina 03/09/2009 10:25

Oui, merci Fabrice d'avoir relevé toutes ces évocations que je ne vois nulle part relevées. Ce film est vraiment gavé de références bibliques, comme il faut s'y attendre avec un tel titre, là je pense aussi au "sodomite", au sacrifice sanglant qu'exige ce parrain, "dieu le père" (alors que dans la Bible il sauve Isaac), à ses accès de colère sadique, enfin tout cela qui n'est que parodie, comme n'est que parodie ce pourtant sympathique "prophète", qui même une fois libéré n'a qu'une fausse liberté, reste esclave de toutes ces bagnoles complices et menaçantes qui le suivent, lui et sa nouvelle famille quasi imposée aussi, la femme et l'enfant d'un autre.

... et le rapport avec Saint-Germain des Prés, c'est le rapport avec tout "milieu" qui derrière ses barreaux, d'un côté ou de l'autre, se vend à sa quête de pouvoir et d'argent. En déversant bien sûr une fausse parole, comme font tous les faux prophètes.

Célia 03/09/2009 09:33

Euh, je trouve pas le bouton "J'aime beaucoup cet article, en particulier le milieu et la fin", alors j'ai appuyé sur "Écrire un commentaire" et j'en profite pour signaler le souci, si tu peux transmettre à faceblog, ce serait gentil.

fortin 03/09/2009 07:49

Mais en quoi y a-t-il là une "allégorie de Saint-Germain des Près ", je ne comprends pas (mais je n'ai pas vu le film) ?

rappel mdp : francis

Alina 02/09/2009 23:30

Oui, et aussi l'Égyptien, Caïn, et toutes les tribulations bibliques... Mais il faut bien préciser que toutes ces références religieuses révèlent dans cet excellent film la perversion et l'inversion par les hommes de la loi de Dieu. Ce "père" qui se prend pour Dieu (manipulateur, omnipotent, "tu n'es rien sans moi" etc) et qui n'est qu'un sale type en prison, et finira d'ailleurs par perdre sa "créature", son "fils", auquel il est faussement lié.
Dans la Bible nous sommes dans l'ordre de la vérité, ici dans la prison (et la prison n'est-elle pas une parabole de l'homme contemporain, vendu à son besoin, son envie d'argent) nous sommes dans l'ordre de la fausseté, du mensonge.

Salut à vous, Fabrice !

F/. 03/09/2009 10:33


Chère Alina,

Merci d'être passée ; je partage globalement votre point de vue (cf. le titre même de mon post).

Amicalement,