Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

à gauche, mais vraiment

Publié le 7 Mai 2012 par F/.

photo.jpg

 

Elle n'a pas de moi, cette photo : elle est de mon beau-frère mais, comme on est sous un gouvernement équitable, il ne me fera pas de procès. Ouais, j'ai bientôt quarante balais, Hollande est mon premier président de gauche ('fin, je me comprends) depuis que je suis en âge de voter et je ne suis même pas allé faire la teuf à la Bastille, pourtant à deux pas de chez moi. Pourquoi ? Parce que je ne sais pas qui c'est, Hollande. Parce que je ne lui ai donné ma voix que pour faire chuter l'autre baltringue. Voir les mines déconfites de Morano, de Copé, de Dati, les entendre encaisser le coup avec toute la dignité requise, je dois dire que ça, ça m'a fait drôlement - même si très fugitivement - plaisir. La suite ? Eh bien, rien ne va changer comme ça, les copains : on est dans un monde de droite, hein, un monde où agiter, dès que l'on prononce le mot "socialisme", le spectre des chars russes, de la ruine et de l'uniformité fonctionne encore auprès de certaines âmes attardées, un pays où on reconnaît volontiers que les Chinois sont plus bosseurs que les Arabes, et où les gens qui gagnent plein de fric sont très contents de le dire à tout le monde, comme si c'était la première et la seule fois de leur vie qu'ils pouvaient prouver quelque chose. Je n'ai pas entendu parler des masses de fraternité, pendant cette campagne, pas entendu beaucoup causer de partage, de décroissance, de méditation et de sur-place - être plutôt qu'avoir, posséder moins pour vivre plus -, jamais entendu dire qu'on était montés dans un train fou lancé vers nulle part et qu'on serait bien inspirés, tous autant que nous sommes, d'en descendre ou, au moins, de tous freiner des quatre fers, plutôt que de continuer à essayer de déchiffrer la notice du tableau de bord comme si tout ce bordel avait un sens caché que les gens seraient trop cons pour comprendre.

Je n'attends pas grand-chose : je ne serai sans doute pas déçu. Commence par rabaisser la TVA sur le livre ainsi que tu l'as annoncé, camarade. Je sais qu'il y a des trucs plus graves dans la vie qu'Arno Schmidt et Don DeLillo, genre manger, genre se mettre un toit sur la tête, mais une promesse est une promesse, et le monde sans bouquins qu'était en train de nous préparer ton prédécesseur ressemblait un peu trop à celui d'un auteur de SF dépressif pour que cette mesure de salubrité publique ne soit pas perçue par les principaux intéressés à sa juste valeur.

D'une façon générale, je peux maintenant l'avouer, j'ai trouvé cette campagne absolument exécrable : un déferlement sans précédent, sur les ondes et les réseaux sociaux, de haine frelatée et de sentiments rances, pourris, atroces, des trucs qu'on pensait ne plus jamais devoir entendre. Alors certes, Naboléon et ses vassaux blonds ont bien remué la merde, mais la merde était là déjà, sous nos yeux, dans nos familles, toutes ces conneries sur les flux migratoires, comme si les gens étaient des putains d'oiseaux, la blague sordide de la préférence nationale, comme si quiconque avait "mérité" de naître ici, les fameux et dégueulasses "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde" - je dois dire que j'ai pris sur moi, pendant ces dernières semaines, j'ai serré les dents pour ne pas insulter 48% des électeurs, peut-être bien que je vieillis, que je préfère la voie de la douceur, que je m'obstine à croire que la vraie droite, ce n'est pas ça, juste une sorte de rectitude fataliste et virile, et pourtant : devoir en revenir aux concepts d'humanité, ou simplement, ouais, de gentillesse, en 2012, ça fait flipper, les amis, ça fait salement réfléchir. Ah ouais, et à part ça, il y a un parti néo-nazi en Grèce. Même pas populiste, même pas d'extrême-droite, non : juste néo-nazi, des mecs qui crient Heil Hitler et tout.

Vous comprendrez donc que j'attendrai en peu pour faire la fête, je la ferai en 2017, promis, quand la gauche repassera au pouvoir, quand les militantes UMP prépubères que je voyais hier en larmes auront retrouvé le sourire et feront du trek humanitaire au Pérou entre deux sessions RESF, quand tous les gens de droite que je connais se montreront aussi mesurés et intelligents que, au hasard, l'ami Systar, quand on cessera de comparer Yannick Noah et Mireille Mathieu pour éviter de ses poser de vraies questions, quand on cessera de s'intéresser au charisme des présidentiables comme si c'était des saloperies de super-héros et qu'on se penchera pour de bon sur la situation des prisons au Burundi et des femmes séropositives en Chine au lieu de chialer comme des Mickeys parce qu'il y a trop de Roumains voleurs dans le métro.

Commenter cet article

Laurent Gidon 09/05/2012 08:57

Dieu (?) sait que nous ne sommes pas toujours d'accord, mais là, je t'accompagne sans hésitation.

Surtout quand tu dis "mais la merde était là déjà, sous nos yeux, dans nos familles,".
Parce que le discours d'extrême droite, s'il a été autant utilisé et depuis si longtemps avant l'élection, c'est bien parce qu'un grand nombre de Français étaient perçus comme réceptifs à ces idées
(il fallait bien que tous ces sondages de l’Élysée servent à qque chose). Elles étaient là, dans les crânes et dans les coeurs de tous ces gens, malheureux, brisés ou simplement craintifs de perdre
ce qu'ils avaient et pensaient mériter.

Ces discours n'ont pas divisé un peuple qui l'était déjà. Mais un autre discours peut le recoller.

Nathalie Baudine 07/05/2012 11:02

Merci Fabrice pour cet article où je vois des valeurs qui me sont chères. La libraire est ravie aussi d'y entendre parler de cette maudite TVA!

Gilles G. 07/05/2012 10:22

Cornegidouille. Dans l'émotion suscitée par ce billet, j'ai lapsusé. Merci donc de lire CLONER et non VOTER dans ma dernière ligne.

Gilles G. 07/05/2012 10:20

Les trois premières lignes ont suscité en moi des velléités de chipotage... que le reste du billet a calmées vite fait : cela aurait paru encore plus mesquin. Respect. Il faudrait voter Fabrice
Colin, moi je dis.