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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

arcadia - work in progress

Publié le 5 Janvier 2012 par F/.

AVANT

Profondément choquée, Jane étreint son mari de toutes ses forces et se raccroche à lui en sanglotant. Ses pleurs déchirent la quiétude du musée en saccades nerveuses. Les hommes sont mal à l’aise. Swinburne scrute chaque détail du mur avec une attention fébrile. Rossetti se poste à la fenêtre et regarde le ciel. Dodgson réfléchit en se caressant le menton d’un air perplexe. Peu à peu pourtant, la jeune femme parvient à se calmer, à raconter ce qu’elle a vu, et l’espace d’un instant, le cœur des visiteurs se glace d’une horreur sans nom. Les mots sont inutiles : à peine quelques paroles de réconfort, quelques esquisses de tendresse. Puis viennent les hypothèses et les résolutions. Echanges fiévreux, palabres, tergiversations… Bientôt, le petit groupe se dirige vers la sortie sous les yeux d’un gardien totalement désemparé.

 

http://leblogdelavieenrouge.files.wordpress.com/2011/11/beatrix-dante-gabriel-rosseti.jpg

 

APRES

Profondément choquée, Jane étreint son mari et se raccroche à lui en sanglotant. Ses pleurs résonnent dans le silence. Les hommes se dévisagent, mal à l’aise. Peu à peu, la jeune femme parvient à se calmer. On lui demande de raconter ce qu’elle a vu. Elle hoche la tête, renifle, puis se lance. Les hommes l’écoutent, horrifiés. Elle tient bon – par quel miracle ? et son histoire s’achève dans un murmure funèbre. William adresse un signe aux autres et l’emmène à l’écart. Swinburne opine du chef, sonné. Le voici face au mur, à présent, front plissé, examinant les détails avec une attention nouvelle. Rossetti s’est posté à la fenêtre. Dodgson, lui, réfléchit en se caressant le menton. Pour finir, il se racle la gorge. « Messieurs ? » Une décision s’impose. Les hommes se rassemblent pour parlementer. Il y a des mines fermées, des hochements de tête – un accord, peu à peu, se dessine. Dix minutes plus tard, le petit groupe gagne la sortie. Le gardien ferme la marche.

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Drunk Soul 07/01/2012 19:01

Ouai, je m'en excuse..

Drunk Soul 06/01/2012 18:53

Je dois aimer ce charme naïf. C'est mon côté adolescent attardé. Enfin, dans la balance, l'action pulse mieux dans la deuxième, c'est vrai, mais j'aimais bien ce flottement sombre dans la première
version.

P.S. Merci de nous faire partager cela. C'est un peu comme si un architecte nous montrait les ébauches d'une rénovation. C'est très instructif pour un apprenti charpentier.

F/. 07/01/2012 17:45



"Flottement sombre" ? Putain, vous allez me faire regretter d'avoir bossé là-dessus, tous. Je vais demander à Sara une fiche de lecture de la première version, ça va me calmer tout de suite.



Pascale 06/01/2012 18:17

Mais Fabrice, pourquoi renier ta période baroque ? Cela avait en effet un charme certain, mais il est vraie que la deuxième version est plus efficace. On ne se refait jamais complètement, tout de
même, et tu nous as gardé un "mumure funèbre" à glacer le sang ! (D'ailleurs, curieuse comme je suis, j'aimerais bien savoir ce qu'elle a vu de si horrifique...)

F/. 06/01/2012 18:22



J'ai longtemps hésité sur ce murmure funèbre : il disparaîtra peut-être dans une prochaine version, mais je demanderai des avis.



De Litteris 06/01/2012 15:57

J'aime beaucoup la première version (lue adolescente, il y a certainement un côté très affectif que les -nombreuses- relectures ne déflorent pas), entre autre parce que cette écriture baroque
accompagnait agréablement le thème que vous exploriez. Il y avait une espèce d'esthétique de la glissade de texte, du flottement entre deux rives/mots, d'où émergeait, entre deux replis, la perle
(c'est un peu cela pour moi le baroque français : non pas la surcharge, mais les jeux de "cache-cache" dévoilant, par éclat, la vraie nature de l'oeuvre).

S'il y avait effectivement quelques tournures trop lyriques (et vous avez raison en cela de dégraisser un peu et de camoufler des tournures du type "horreurs sans nom"), j'espère que vous saurez
conserver cet "espace poétique", comme vous le dites si joliment - personnellement, même si la deuxième version fonctionne mieux d'un point de vue narratif (plus de rythme, de nerfs, organisation
très "picturale" de la scène), j'aimais (aussi) beaucoup l'espèce de flottement fébrile de la première version, cette espèce de sentiment collectif, de lumière d'ensemble, qui unissait les
personnages.

C'est en tout cas très intéressant de voir ce que vous choisissez de corriger quinze (?) ans plus tard... !

F/. 06/01/2012 18:23



Merci. J'ai peur que ce soit faire un peu trop d'honneur à ce texte qui, il y a, oui, treize ans, m'avait valu ma première invitation à l'émission Mauvais Genre de France Culture - un
honneur que je peine, aujourd'hui encore, à m'expliquer.



brice 06/01/2012 15:13

Il y a un bug d'affichage sur ta page : on voit bien ta photo "avant", mais de photo "après" que nenni.