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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

Au coeur

Publié le 7 Juin 2012 par F/.

Les gens qui se barrent de la salle. Les gens qui rient. Cette femme qui éclate littéralement de rire à la fin du film devant cette toile de Rothko (et peut-être était-ce Rothko qui l'amusait - on est passé de Pollock à Rothko l'espace d'une fin du monde, il y a effectivement de quoi se marrer). Sidérant, ce film. Sidérant. Parce qu'empoisonné par le langage. Parce que hanté par cette voix, la voix du Don. Un prophète d'asphalte et de chiffres, DeLillo. Cosmopolis, le roman, est paru en 2003 dans les ruines du WTC. On en reparlera un jour. On se retournera et on verra qui était ce type et, si on ne voit rien, c'est que la prédiction était valide. Un écrivain unique, absolument unique, seul sur ses terres. Alors bien sûr, aller voir le film  sans avoir lu le livre, c'est sans doute inutile, c'est assez pauvre en sens. Updike, à la sortie du roman : "The trouble with a tale where anything can happen is that somehow nothing happens." C'est à peu près exactement le contraire mais passons. Je suis sorti enchanté, les amis. En partie, ne nous le cachons pas, parce que j'avais l'impression que les gens n'avaient rien compris - comme si cette force centrifuge était aussi l'objet du film. J'ai des plaisirs simples. "C'était nul", dit un type à sa copine. "Euh, ouuuuuais ?" fait ma voisine en regardant l'écran. Voilà, c'est parfait. Et c'est un commentaire qui en vaut un autre. Évidemment, je suis moi-même incapable de parler cinéma, images, ce qui se passe dans le cerveau, le mien, le vôtre, toute cette foutue chimie, nada. Alors lisez ce qu'en dit le bien-nommé Transhumain. Et sachez juste ceci aussi : Cosmopolis est certainement l'un des meilleurs films que j'aie jamais vus parce que c'est un film impossible et vidé de lui-même. En cela, il est expérience. Et le sujet, c'est vous. Le virus du langage : n'a plus rien à contaminer. Les rats, jetés contre les vitres, laissent des traces de sang et les gens commentent les traces comme on commenterait une toile. Bienvenue dans une époque où les noms des chaussures - les noms, pas les marques - rendent fou. Ce texte, un choeur monophasé, ce texte écrit bien avant 2008 disait déjà tout mais ce "tout" n'est pas simple, ne l'a jamais été, ce "tout" n'est pas gaiement (ou tristement) de gauche, ce tout est la psychose du monde érigée en contenu et en référent indépassable. Il faudra du temps. Il faudra du temps avant qu'on se rende compte de la puissance du livre, du film, et peut-être que ce temps, on ne l'a déjà plus. C'est mon sentiment - pas une intuition : un sentiment. Cosmopolis suit peu ou prou la structure de L'attrape-coeur (une dépression à New York) avec cette question lancinante qui revient : où vont les limousines la nuit ? Avant, on s'occupait des canards. Demain (La Route), on regrettera les truites. Entre les deux, on roule, au ralenti maintenant, il n'est plus nécessaire d'aller vite, on s'avance d'un mètre dans la mort, pour voir. Les signes sont là. Une apocalypse qui ne révèle rien. L'asymétrie de la prostate comme mètre-étalon de la santé mentale et financière du monde. Et cette voix off. A-t-on déjà vu un film à ce point construit sur une voix, sur le silence autour de cette voix ? L'humour, à chaque instant, sauf que personne ne rit dans la salle, personne au bon moment du moins, parce ce verbe exsangue court-cicuite la pensée. Le monde extérieur convulse, la limousine souillée-défoncée trépide et Eric Parker sourit mystérieusement, comme si le médecin kidnappé qui lui enfonçait un doigt dans le cul, tout à l'heure, était toujours là et devenait un peu Dieu, fournisseur d'extase, chargé de la sécurité métaphysique et des procédures - déjà parti.

 

http://cdn.screenrant.com/wp-content/uploads/cosmopolis-trailer-robert-pattinson.jpg

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Clovis Simard 12/07/2012 17:16

Blog(fermaton.over-blog.com),No-22. - THÉORÈME CARDIO. - Le cerveau du coeur ?