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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

baroque (1998)

Publié le 5 Décembre 2011 par F/.

Partout, l’impossible trouve à paraître : dans ces places effondrées, submergées, où l’eau s’enroule en tourbillons de mercure, dans ces musées abandonnés, cathédrales silencieuses où les toiles s’effacent et coulent sur les murs, dans ces églises noyées de ténèbres où des Christ aux paupières closes dérivent entre les travées, les débris de la foi, ses vestiges, dans ces berceaux en forme d’esquifs où des nouveau-nés voient les rêves défunts de leurs parents plus défunts encore s’inscrire au plafond en troublantes arabesques, dans ces baignoires trop blanches où le sang bouillonne et envahit bientôt l’entière et pleine demeure, dans ces livres ouverts, flottant, offerts où les mots détachés frissonnent et permutent, dans ces jardins sous-marins où des cadavres se déploient, doigts tendus, toges en corolle, dans les yeux d’une jeune fille couchée au fond de sa barque, un tableau serré contre son sein, repensant, tout sourire, à celui qu’elle a aimé et qui gît désormais à six mètres sous elle, dans cette page de Michelet qui, en chaque exemplaire de ce monde, voit au même instant cette phrase unique, Le grand Pan est mort ! partir en flammes et cesser d’être, dans les piaillements joyeux d’un enfant agenouillé au centre d’un cercle de jeunes nymphes dorées psalmodiant des chants d’ailleurs, trente-six étages au-dessus du sol, dans ces graphes tracés sur les hauts murs, glissant le long de la pierre, quêtant-suppliant une dimension troisième, dans ces tours de la Défense s’effondrant l’une après l’une après l’une après l’autre en une symphonie muette de verre, de béton, de déluge, dans l’œil effaré d’un jeune faucon venu s’abîmer au ras des flot à l’ombre de Notre-Dame, dans les claudications de ce jeune homme, enfin, ce maudit aux boucles noires arraché à son sommeil, ce fou sans avenir qui titube, qui tend les bras vers le tableau accroché au-dessus de son lit sans cesser de reculer et s’arrête pour finir, dos au balcon, puis bascule dans le vide avec, sur la bouche le goût de ses lèvres et, dans le coffre de son cœur, le souvenir de son visage tragique, de cette flamme soufflée par un vent d’automne, The Lady of Shalott, 1888 , John William Waterhouse, alors adieu, adieu Gabriel ! et que les dieux nous prennent en pitié.

 

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Drunk Soul 08/12/2011 21:43

Fulgurant...