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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

c'est jeudi, c'est culture

Publié le 19 Décembre 2013 par F/.

Quoi ! est un ouvrage collectif écrit et dessiné par David B., Charles Berbérian, Jean-Louis Capron, Jean-Yves Duhoo, Killoffer, Mokeit, Stanislas, Joann Sfar et Lewis Trondheim. Il a été publié en 2011 par... L'Association. J'emploie des points de suspension à dessein dans la mesure où le livre raconte justement comment les auteurs ont achevé de se fâcher avec le faune fou Jean-Christophe Menu, co-fondateur historique de la structure en question, génial mais manifestement ingérable, parti depuis fonder... L'Apocalypse, ça ne s'invente pas. En (très) gros, et parce que c'est une histoire fort complexe, plusieurs auteurs étaient déjà allés voir ailleurs ; Menu, qui se sentait mal récompensé de ses efforts, aurait tenté de modifier à son avantage les règles de la monarchie parlementaire. Evidemment, la manœuvre est plutôt mal passée. Quelques années auparavant, rappelons-le, Marjane Satrapi avait - presque littéralement - cassé la baraque avec Persepolis, et les lignes avaient bougé : crise de croissance, être et avoir été, etc. La lecture de Quoi ? (qui sonne un peu comme un WTF ?, une question floue qui n'appelle pas vraiment de réponse) laisse une impression étrange : de gâchis, de chaos et d'aigreur. On n'est pas trop sûr de saisir les tenants et aboutissants de l'affaire, tant la volonté des auteurs de ne pas enfoncer leur ancien copain tout en essayant de rétablir ce qu'ils estiment être la vérité (sans trop insister non plus) s'avère à chaque page palpable. En gros, c'est un livre éclaté et plein de douleurs intimes qui montre que l'art, le fric et les ambitions personnelles font rarement bon ménage - constat immuable mais parfaitement déprimant, d'autant qu'il ne débouche en définitive sur strictement rien.

 

 


 

Vu ce week-end : La Cinquième saison, film belge à tout petit budget signé Peter Brosens et Jessica Woodworth et chroniquant, en lents et saisissants tableaux (l'un des plans d'ouverture évoque assez irrésistiblement les Chasseurs de la neige de Pieter Brueghel l'Ancien), une lente fin du monde sur fond d'Ardennes, de solitude et d'hiver persistant. Un étranger arrive,  philosophe de surcroît, qui dérange la toile, ou en révèle le sens tragique : c'est l'irruption de la parole, du sens et, partant, de la souffrance, dans un rien jusqu'ici immuable. Les villageois, eux, s'en remettent aux poules. Les arbres crissent, le ciel retient sa colère, tout est tension et attente - tout appelle les flammes. Les réalisateurs citent Herzog ; on pense plus au Cheval du Turin de Béla Tarr, même si, et sans doute parce que sa puissance d'évocation reste encore trop appuyée, cette Cinquième saison ne lui arrive pas à la cheville. Par le dépouillement serein de sa mise en scène, cependant, par sa sensualité glacée, sa poésie morbide et son refus de toute concession sentimentaliste, cet ofni passé totalement inaperçu lors de sa sortie mérite assurément une seconde chance. Les fans de Transformers 3 pourront s'abstenir.

 

 


 

Un mot sur les Prédatrice d'Alissa Nutting, qui sortira bientôt chez Sonatine : une jeune et très belle prof de 26 ans, spectaculairement sexalcoolique, n'est attiré que par les ados de sexe mâle pas tout à fait finis. Le capitaine de l'équipe de foot ne l'intéresse pas ; son truc, c'est le jeune puceau timide et maigrelet, prêt à défaillir au premier contact charnel. Et donc, Celeste Price part en chasse. Bon, que dire ? Si ce bouquin, basé sur une histoire vraie, est choquant, c'est parce qu'il fait sourire alors qu'il devrait choquer, un peu comme un American Psycho sans meurtres ; j'aurais tendance à penser que ça plaide en sa faveur. Amorale et tranquille, sociopathe quasi sympatoche, Celeste combine des plans compliqués pour attirer ses proies. Comme les proies en question sont des garçons pubères et qu'elles sont super contentes de se taper leur prof canon, le livre d'Alissa Nutting questionne, hors le plan légal, la notion même de pédophilie - de la même façon que Dexter questionnait la notion de meurtre. En gros : tout cela est-il si grave ? Je suis curieux de savoir comment la critique frenchy va réagir à ce roman délicieusement embarassant qui se révèle, et c'est bien le problème, un redoutable page-turner. En Australie, le roman a été retiré de plusieurs librairies, ce qui ne veut plus dire grand-chose à l'ère d'Amazon : encore de pauvres chéris à qui il va falloir expliquer la différence entre auteur et narrateur. La critique américaine, elle, reste divisée sur les qualités littéraires du roman, qui sont à mon avis l'objet véritable du débat : Publishers Weekly stated, “Nutting’s work creates a solid impression of Celeste’s psychopathic nature but, unlike the much richer Lolita, leaves the reader feeling empty”, while Entertainment Weekly said “the writing is often excellent, hilariously dark, and mean”. Certes, Prédatrice est loin de Lolita, mais je l'ai lu personnellement avec un grand, hum, plaisir. A suivre...

 

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Escrocgriffe 20/12/2013 18:01

« Prédatrice » me tente bien (si j’ose dire…). Merci pour l’info !

Xavier Mauméjean 19/12/2013 12:17

Merci pour le billet sur Quoi. M'en vais me le procurer.