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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

dans la nuit

Publié le 16 Mai 2013 par F/.

Je n'ai pas terminé L'Epi monstre de Nicolas Genka. Je le déguste page par page, ce n'est pas un livre qui se finit. C'est un livre foudroyant. Un livre qui donne envie d'arrêter d'écrire (ça tombe mal). Un livre en feu, dont l'histoire sidérante nous est narrée dans le numéro 2 de la revue Le Chant du Monstre, que ses éditrices ont eu la bonté de m'adresser il y a quelque temps. Je ne connaissais pas Genka. Il est mort "dans la nuit du 11 au 12 janvier 2009", nous apprend Wikipedia, précision sombre et poétique qui rehausse encore l'éclat de sa légende. Pendant près de quarante ans, L'Epi monstre, qui conte, s'il fallait le résumer, l'amour d'un père et de ses filles dans un village de campagne, a subi les foudres d'une censure abjecte et incompréhensible. C'était le cas d'Ulysse aussi, et de Lolita - on dit d'ailleurs que Nabokov voulait traduire le livre. Revenir sur les raisons de cette guerre à l'esprit serait faire trop d'honneur à la veulerie d'une classe politique qui a rarement brillé par la pertinence de ses jugements littéraires. Et puis qu'importe à présent. L'Epi monstre de Nicolas Genka est le genre de livre devant lequel on peut tomber à genoux. "Un point s'enferma dans l'oeil du silence" : entrée en matière. Ensuite, vous plongez, et chaque phrase ou presque est un éclair qui vous laisse suffoquant, extatique, vibrant de gratitude : "Tu es l'arbre où j'exerce ma cruauté [murmure le père en silence à sa fille] - dont j'entame l'écorce ; pure, tu es le pain blanc de mon vice, le mur contre lequel je pisse, le baiser qui n'a pas de bruit, le chagrin sans morve, le muscle d'or. Tu es le morceau de mon âme, plus brut que l'autre, plus statique, tu es la propriété absente de mon corps, la consolation, la fenêtre au milieu de la Vallée, l'oreille de mes complexes : Ma lumière empoisonnée, mon venin circulaire ! Te garder dans mes bras chaque fois que tu te résistes et que je vois se manger d'ombre ta figure comme la terre au passage d'un nuage. T'apporter des roses, des coiffures d'argent. Boire le sang où je te frappe. Martyriser tes oiseaux." Ad nauseam - car on vomit beaucoup, ici, on pleure et on saigne, c'est la vie faite littérature. Genka, nous dit-on, ne baissa jamais la tête. "Il vit retiré et solitaire dans un coin de la Beauce, écrit son préfacier coléreux en 1999, et si depuis bientôt trois décennies il n'a plus publié, pour ne plus être un enjeu de vos misérables commerces et vous oublier, craignez le pire : il écrit."


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Mallaury Buigues 16/05/2013 12:31

Et pourtant l'horreur me fait frémir, mais celle de la vie ;
afin qu'il n'y ait aucune équivoque.

Mallaury Buigues 16/05/2013 12:28

Parce qu'en frère de plume lissée de scandale et aveugle aux codes restrictifs d'une langue qu'on bride, endigue et scalpe-castre, vous pouvez le lire. Qui a encore le courage d'être funambule, de
mimer un silence avec des signes (qui servent à mentir, tricher, les mêmes), écho du goufre, de signer un suicide de mots au nom d'une pureté qui échappe à la Morale ou aux conventions : la
littérature?

M. Souvenirs d'une rencontre sur Les hauteurs du vercors

F/. 20/05/2013 09:25



La Chapelle-en-Vercors. Je n'oublierai jamais la beauté de ce site. D'ailleurs j'y retourne cet été.