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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

et au-delà

Publié le 7 Janvier 2013 par F/.

C'est un guerrier. J'ai plaisir à écrire ça de son vivant, vraiment. La maladie qui l'a frappé il y a sept ans et à laquelle, à l'époque, nous avions toutes les peines du monde à donner un nom précis faute d'informations spécifiques, je sais exactement ce que c'est maintenant, et je sais exactement combien de temps il aurait dû vivre en principe une fois le diagnostic posé : six mois. Il y a sept ans, il lui restait six mois, voilà. Mais il a secoué la tête, j'en suis sûr, il a tapé du poing comme il sait si bien faire et il a dit à la maladie Tu es gentille mais va te faire foutre. Ce à quoi elle n'a pas consenti. Seulement, lui non plus, et comme personne ne voulait partir, eh bien ils sont restés tous les deux. Il y a cinq mois, il est entré en unité de soins palliatifs à deux pas de chez nous, et ma femme et moi nous sommes furtivement regardés, et nous n'avons pas eu besoin de nous parler pour savoir que nous pensions la même chose. Mais un mois plus tard, trois semaines après avoir frôlé la surface, il est ressorti - à la surprise générale. Le médecin a haussé les épaules. Il ne devait pas voir ça très souvent : un type quittant son unité sur ses deux jambes. Un type qui dit Merci pour tout et au revoir, mais le plus tard possible. Le plus tard, c'est maintenant, peut-être. Certainement. On ne sait plus trop et on s'en fout. Par la fenêtre de sa chambre, on aperçoit la maternité où ma femme a donné naissance à notre fils. C'est le même hôpital en fait. C'est un endroit où je souhaite à tous ceux qui n'auraient pas la chance de s'endormir chez eux d'achever leur route. Tout le monde sourit mais les sourires ne sont pas des masques. Les sourires disent juste C'est la vie, putain, alors du calme. Nous sommes ici, nous sommes tous ici jusqu'à preuve du contraire. Aujourd'hui, mon beau-père est passé. Ils ne s'étaient pas vus depuis onze ans, tous les deux. Mon beau-père est très fort pour ce genre de choses. Très fort pour les retrouvailles et la gentillesse et la douceur. Cent trente kilos, en forme - le même âge. Il lui a pris la main et il a dit Quand tu iras mieux tu viendras me voir en Alsace et on mangera de la choucroute. Mon beau-père est cuisinier. Il lui a dit Je trouve que quand même tu as plutôt bonne mine. Mais tu es un peu fatigué, c'est sûr. Ils ont échangé des souvenirs. Ils ont parlé du racisme. Lui, couché, perfusé, et fatigué, en effet, il a dit Ce n'est pas une opinion, c'est de la connerie pure, voilà ce que c'est. Le racisme, c'est juste de la connerie. Une infirmière est venue pour annoncer le menu. Je lui ai dit que j'allais lui cuisiner un truc indien et il a dit Bien sûr, oui. C'est une famille où nous aimons parler de bouffe. C'est ici et maintenant, je veux écrire uniquement pour dire ça, pour dire Il est là comme chacun de nous, quel miracle, hein, alors ne prenons pas le temps de chialer ou de baisser la tête, ce temps-là n'a jamais servi à rien.

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Pascale 07/01/2013 18:53

Prendre le temps de chialer, pourquoi pas ? Le chagrin c'est la vie, aussi. Amitiés.

F/. 18/01/2013 09:10



Non mais laisse-moi un peu rouler des mécaniques.