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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

et le territoire

Publié le 2 Avril 2013 par F/.

 

Il y a quelques années, lors de la sortie de La Carte et le territoire, j'avais essayé, sur un forum de SF, de défendre l'idée que Houellebecq était, en gros, un imposteur plutôt sinistre, qui écrivait assez mal mais avait tout compris de son époque. Je me sentais un peu seul. "Alors-le-goût-les couleurs-tout-ça, m'avait-on d'abord rétorqué, non sans souligner au passage la dimension intensément prophétique de son dernier ouvrage (et en effet : il nous expliquait que ça allait mal), et puis d'abord c'est quoi un style ? A partir du moment où le type écrit, il a un style." Certes. "Il préfère un style qui lui est propre, m'avait même gentiment expliqué un intervenant, un style naturel pour lui." Re-certes. Aujourd'hui, on nous annonce un recueil de poèmes. Une nouvelle occasion de mesurer la distance qui nous sépare, tous autant que nous sommes, du génie brut, et de prendre la mesure de ce qu'est, justement, un style. "Des poèmes jamais hors ni au-dessus du contemporain, mais qui jouent constamment avec", explique une, non non, n'ouvrez pas les guillemets, journaliste littéraire dans Les Inrocks. Les premiers extraits publiés donnent une idée de ce qu'on entend ici et là par "contemporain" (et par "jouer", dans une moindre mesure) : "Tu te cherches un sex-friend / Vieille cougar fatiguée / You're approaching the end / Vieil oiseau mazouté" ou "Les hommes cherchent uniquement à se faire sucer la queue / Autant d'heures dans la journée que possible" voire encore "J'ai traversé le Pentothal / J'ai bu des Tequila Sunrise / Ma vie est un échec total / I know the moonlight paradise." Bref. Je tiens à présenter ici mes excuses à tous ceux que j'ai pu offenser par mes odieux jugements à l'emporte-pièce : ce type est bel et bien ce que la littérature française nous a offert de meilleur depuis Marcel Proust, un miroir sans concession tendu au 21e siècle, avec ce qu'il faut de fragilité™ et de retenue. "Et, en même temps, avance le maestro soudain saisi par un doute assez peu compréhensible dans une longue interview accordée au quotidien Libé (lequel, porté par un admirable goût du risque, avait déjà braqué ses projecteurs sur Christine Angot en début d'année), c'est une voie plutôt suicidaire". Mais non mais non, a-t-on envie de susurrer à son oreille en lui tapotant l'épaule, tout va bien se passer, Michel, tout s'est bien passé pour Andy Warhol, y a pas de raisons. "Des phrases qui s’articulent de façon inattendue, et claquent, et restent", s'enthousiasme pendant ce temps la journaliste sus-mentionnée qui nous avait déjà gratifié, il y a deux ans et demi, d'un très joyeux articule célébrant la revanche du bon goût sur la grisaille du monde. Éclairage assuré, en d'autres termes. Mais attention : n'essayez pas pour autant de refiler vos rédacs de troisième ou vos poèmes carambar à un éditeur éclairé. Pour vous, ça ne marchera pas.

 

Lamour.JPG

 

"La vie ne m'intéresse pas assez pour que je puisse me passer d'écrire", assure ailleurs l'auteur. Voilà sans doute, malheureux-mais-pas-assez, le secret qui vous échappe.

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le boldu 05/04/2013 13:44

En même temps, le fait qu’il ait tout compris à son époque, comme vous dites, n’est pas anodin. S’il se trouvait ne serait-ce qu'un romancier contemporain capable de comprendre la nôtre, comme il
l’a fait de la sienne, on lui tresserait probablement des couronnes de laurier. Moi, ce qui m’intrigue le plus, c’est la nullité de sa poésie. Pourquoi des types comme lui (ou Philippe Muray)
ont-il voulu à tout prix « poursuivre » l’époque dans leur poésie (sinon pour la tuer – la poésie) ?... Ça me semble un genre qui n’est pas approprié (et qui n’est peut-être plus approprié à
personne, d’ailleurs) et qui les dessert plus qu’autre chose.
Amicalement,