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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

Florida (9)

Publié le 26 Février 2012 par F/.

Soudain, il ne fait plus que 66°F et des nuages noirs s’amoncellent. Nous voici à Ocala, dans le centre-nord de la Floride, loin des palmiers agités par la brise et des retraités mutants de Tampa Bay. Pas de photo maison aujourd’hui non plus, ça ne vous passionnerait pas – à moins que vous ne soyez des adorateurs de dauphins, auquel cas je vous demanderai de prendre gentiment vos affaires et de quitter ce blog séance tenante. Car souvenez-vous :

 

http://image.spreadshirt.com/image-server/image/product/17863229/view/1/type/png/width/378/height/378/dolphins-are-gay-sharks-2c-bags.png

 

Hier, nous avons décidé de faire plaisir à nos enfants (alors, on l’aura compris, que nous ne leur avions témoigné jusqu’à présent qu’un mépris ennuyé) et de faire un crochet par Clearwater, siège mondial de l’église de scientologie ET patrie de Winter (je cherche encore le lien). Winter, pour ceux qui n’auraient pas d’enfants et/ou pas de cœur, est une femelle dauphin qui a perdu sa queue à la suite d’un accident de pêche et qui a été soignée ensuite par de gentils Américains qui lui ont construit une prothèse de queue – cette édifiante histoire montrant, si j’ai bien compris, à quel point le courage est important, à quel point il faut se battre dans la vie et s'accepter malgré nos différences, etc.

L’histoire de Winter a récemment fait l’objet d’un film. Je ne l’ai pas vu, mais ma femme si, avec les kids. Nathan y est allé en traînant les pieds (« un film sur les dauphins, trop nul ») et en est ressorti une heure et demie plus tard convenablement dévasté, pleurant à chaudes larmes : un petit gars plutôt sensible. L’amener voir Winter à la clinique marine, c’était un peu comme me faire rencontrer Nabokov, sauf que Nabokov a quitté notre réalité et n’a jamais eu besoin de prothèse de queue, lui. (Et puis, aurais-je seulement pleuré ? Pas sûr.)

Bref. Winter nage placidement dans son bassin, il y a des tortues aveugles aussi, des loutres paralysées, une vrai cour des miracles mais tout le monde s’en cogne des autres animaux, ils ne font pas partie du film et je ne compte plus le nombre de fois où on me demande, appareil photo en mains, « which one is Winter ? » comme si j’étais un bénévole – tout ça parce que je porte un polo et que  je suis rasé. A part ça, il y a des handicapés partout, et des obèses, et des obèses handicapés qui, sans doute, pensent que leurs problèmes vont s’arranger dès lors qu’ils toucheront Winter, tant il est vrai que rien n’est impossible si on y croit – des pancartes nous le rappellent tous les trois mètres.

Deux remarques quand même, avant que vous n’enterriez ce poste dans la catégorie "ratiocinations habituelles d’un misérable cynique français" :

La plupart des réserves idéologiques dont nos contemporains se sont faits les champions s’effondrent littéralement dès lors que leurs propres enfants, confrontés à la cible de leur croisade perso, ouvrent de grands yeux emmerveillés, pleurent de joie et de reconnaissance -  ça vaut pour Disneyland, ça vaut pour plein d’autres trucs et, non, je ne citerai pas de noms, il faudrait un post spécial.

Je n’ai rien contre les dauphins en général, ni contre ce malheureux Winter qui, de surcroit, doit subir quotidiennement une dose de stress ahurissante. Mais cette espèce de fascisme de la beauté et de la cuteness me casse gentiment les noix. Sauvons les dauphins, laissons tomber les tarentules. Sauvons les myopathes, que les séropositifs se démerdent.

Deux notes historiques pour finir, et qui ne sont pas forcément sans lien avec ce qui précède. 1) Jetez donc un oeil à l'histoire des Indiens séminoles. Les seuls à n'avoir jamais plié face à l'homme blanc, son sourire compatissant, sa cagoule à pointe et ses ordres d'expulsion. De véritables héros, ces Indiens, d'authentiques résistants de l'ombre. Mais ici, on n'en parle nulle part - ils n'existent tout simplement pas. 2) Avant la Prohibition, les Floridiens picolaient très peu. A partir de 1919, quand des âmes prosaïques ont réalisé à quel point il était facile de planquer des bouteilles de rhum de Cuba et de Jamaïque dans les marais, ils s'y sont mis comme personne. D'une certaine façon, les bienfaits de cette économie parallèle ont permis l'essor véritable de la Floride et son entrée dans la bienfaisante modernité. D'ailleurs, tenez : Al Capone possédait une propriété à Palm Island, Miami Beach (l'île privée qu'on a prise en photo le premier jour). C'est même là-bas qu'il est mort. De ça non plus, on ne cause pas des masses.

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Matilda 27/02/2012 11:18

Je crois que plus je lis vos articles ensoleillés (parce qu'il y a du soleil en Floraide bon), plus je vous hais.
Je veux des vacances.

F/. 29/02/2012 03:50



On peut me haïr ET partir en vacances.



Pascale 26/02/2012 23:27

Quand je vois comment tu te moques des dauphins handicapés, j'ai honte d'avoir eu la faiblesse de te trouver un jour sympathique.

F/. 29/02/2012 03:51



Je crois que j'ai demandé d'aller à Vannes en même temps que toi. Tout ça se goupille bien mal.