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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

Floride (4)

Publié le 21 Février 2012 par F/.

Les Keys : un chapelet d'îles comme des points de suspension, une question qui n'en finit pas, des lopins de terre reliés par des ponts gigantesques (des ponts blancs, un océan vert, toujours l'impression que le truc a été designé par un chef décorateur à la retraite, un monsieur heu-reux), une torpeur tropicale incroyablement paisible, hors du temps, sans enjeu. Premier arrêt à Islamorada, dans une sorte de marina hippie où batifolent, en toute quiétude, des bataillons de pélicans et d'aigrettes. Les types qui vendent des t-shirts donnent tous l'impression d'être des auteurs méconnus reconvertis dans la pêche au gros. "Je veux vivre ici", décrète Katia. Tiens, j'en étais sûr.

 

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A Grassy Key, arrêt au Dolphin Conservation Center où, moyennant 600 dollars, vous pouvez nager cinq minutes avec un cétacé qui ne vous a rien demandé. Pas pour nous, ça, on est au-dessus de ça, et en-dessous de 600 dollars, aussi. On s'avance sur le ponton. Il y a plein d'enclos. Des dauphins en semi-liberté s'ébattent. Alice est folle d'excitation. "C'est le plus beau jour de ma vie." On n'a pas le droit de toucher les dauphins, évidemment, mais Katia décide que si. Allongée sur un ponton, dissimulée par un buisson, elle rampe telle une GI, centimètre par centimètre, tandis qu'une femelle passe et repasse devant elle, de plus en plus proche et amicale. Je suis chargé de faire le guet. Là-bas, à l'autre bout du parc, des gens applaudissent parce qu'un type de 300 kilos vient de se faire tracter par deux mammifères compatissants. Katia tend le bras. "J'y suis presque !" Enfin, la demoiselle dauphin sort gentiment son rostre. Contact établi ! Commentaire d'Alice (qui n'a pas le bras assez long) : "Je suis affreusement jalouse mais je suis quand même contente pour toi." Au fait, le saviez-vous ? Les dauphins ne dorment pas complètement. S'ils faisaient ça, ils oublieraient de respirer et se noieraient comme des merdes. Donc : une partie du cerveau seulement se repose, tandis que l'autre assure les fonctions de base. Dingue ! Exactement comme BHL !

 

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Pause déjeuner. A notre table, un type engage la conversation. Il est algérien, il vit dans le Connecticut, sa fille apprend le français, il nous a entendu parler, il veut savoir d'où nous sommes, notre groupe sanguin, tout ça. Je lui parle anglais, il me parle français, la situation devient ridicule. "Algérien ? dis-je. Alors ça, c'est marrant (en fait, pas tant que ça), il se trouve que j'ai vécu en Algérie", poursuis-je, lancé comme un train de marchandises dans les Grandes Plaines. Deux minutes plus tard, il s'avère qu'à quatre ou cinq années près, le type aurait pu être l'un des élèves de mon père à l'université de Boumerdès (بومرداس pour les intimes) près d'Alger. "On doit y aller", dit Katia, sans doute effrayée par l'envergure de mon réseau social. Bye, dolphins !

 

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A Bahia Honda, nous allons à la plage en discutant de la différence de prononciation entre "bitch" et "beach". Ah, ces Français. Bon, nous avons découvert une autre plage, sur Marathon Key, un putain de décor de carte postal dont Lonely Planet vantait les splendeurs avec emphase, mais il paraît que Bahia Honda c'est le top du top (c'est marqué sur internet) alors c'est parti. J'indique la route à Katia. Un barrage nous accueille. C'est dix dollars l'entrée. Ma femme ergote. "Donc, là, on paie pour un truc qu'on aurait pu avoir gratos il y a un quart d'heure, c'est bien ça ?" Je hausse les épaules. "Non mais laisse tomber, celle-là, elle va être mieux." En fait, non : elle est un peu moins bien. Je vais écrire à Lonely Planet pour leur demander d'être plus explicite. Bon, qu'à cela ne tienne. C'est un lagon blanc-émeraude, après tout. Les enfants se baignent, moi aussi, ma femme reste sur le sable : à moins de 25°C, cette étrange créature considère que les conditions ne sont pas propices à la baignade. Et après, il y a des gens qui s'étonnent que j'écrive beaucoup.

 

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Direction Key West. Nous nous élançons gaillardement sur la route 1. Une sirène mugit. Nous voilà pris en chasse par un véhicule de police. "Oh merde, souffle Katia." Oh merde indeed. Nous nous arrêtons sur le bas-côté. Le type sort, façon No country for old men. Il ne sourit pas du tout. "Was I driving too fast ?" roucoule Katia. "Yes ma'am, you were." Ma femme tente une opération de charme, le genre de manoeuvre cousue de fil blanc qui nous a permis de nous sortir de bien des situations délicates en France. Le problème, c'est que nous ne sommes pas en France, ici, et que notre flic est le genre de mec vacciné aux opérations de charme depuis 1968 - depuis, j'imagine, que son meilleur pote est mort sous ses yeus durant l'offensive du Têt. Bad Cop nous explique un truc auquel nous ne comprenons rien. Il dit "fifty five" et retourne à sa voiture. Katia blémit. "Cinquante cinq dollars ?" Je parcours mon guide à la va-vite. La police de Floride est réputée pour son extrême sévérité et ses amendes ahurissantes. Ah bon d'accord. Au bout de dix minutes, notre ami est de retour. J'imagine une fin alternative. "Ma'am, I'll ask you to step out of the car.". Là, Katia sort un flingue, lui tire une balle dans le front et souffle sur le canon. Je grimace, crispé. "Mais chérie enfin, qu'est-ce que tu fabriques ?" Elle range son gun. "Ta gueule, ou passe ton permis." Sur quoi elle redémarre en trombe, rajustant ses ray-ban. Finalement, je suis assez fier d'elle. Le problème, ce sont les enfants. "Papa, pourquoi maman elle a tué le monsieur ?" Je me retourne, souriant. "C'était un porc fasciste, ma chérie. Ce n'est pas grave. Il ira au paradis de toute façon." Bon, finalement, l'amende est de $256. Fifty five, c'était une allusion à notre vitesse. Un petit conseil, amis touristes en devenir : drive safely. Nous repartons. Katia est, comment dire ? Morose. "C'est fini. Je n'irai pas à Banana Republic." J'essaie de la convaincre que si, voyons, ne nous laissons pas abattre. Salaud de porc fasciste, quand même. Te rends-tu seulement compte que tu es en train de flinguer la balance commerciale de ton pays ?

 

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(cliché non contractuel)

 

 

Key West by night, Duval street, tout le monde est crevé mais cet endroit est assez incroyable : des bars criards tous les trois mètres et dans les rues adjacentes, baignées de pénombre, d'antiques villas coloniales assoupies, rêvant sous les palmiers. Nous regarderons tout ça demain plus en détails. D'autorité, je nous conduis chez un faiseur de hamburgers hors-pair qui nous réconcilie fissa avec l'existence. Le cuistot, un biker débonnaire, prépare aussi de somptueux beignets de conque à l'aïoli. Je le préviens qu'il va être dans mon blog. "No problem, man."

 

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Jérôme Noirez 22/02/2012 19:12

Le dauphin est le seul mammifère dont le sommeil ne connaît pas de phase paradoxale. Il ne rêve pas. J'ai toujours trouvé ces animaux inquiétants. Vous pouvez vous considérer chanceux de ne pas
avoir été arrêtés par un dauphin. Take care, friends, beware the dolphin cop.

F/. 29/02/2012 03:53



Le dauphin est une sorte de fasciste qui s'ignore : fou, joyeux, inculte, et ne connaissant pas d'autre loi que la sienne.



agneslamexicaine 21/02/2012 17:08

Tour de force, tu donnes envie d'aller en Floride!

F/. 29/02/2012 03:54



Ne nous énervons pas.