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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

haut dans le ciel

Publié le 12 Mars 2013 par F/.

Cartographie des nuages reste, sur le plan structurel et conceptuel, l'un des romans les plus fascinants du 21e siècle so far : six histoires en dominos, la dernière - la plus éloignée dans le temps, la seule ininterrompue - faisant office de miroir et déclenchant une nouvelle cascade jusqu'au récit originel. Ceux qui me suivent connaissent mon profond attachement à David Mitchell et à ses romans ; se déploie dans celui-ci une symphonie narrative placée sous le signe du vertige, questionnant avec une élégance toute british la fiction en tant que monolithe, sa puissance et sa fécondité. Le film-monstre du trio Wachowski - Tom Tykwer ($102 millions de budget seulement, serait-on tenté d'écrire, financés par des sources indépendantes, un beau bide aux US mais des recettes mondiales qui sauvent la mise) est à leur image : génial, au sens freaky du terme. Torturant sans vergogne la grammaire cinématographique du bon goût ("it's like translating a work into another language", notait diplomatiquement Mitchell en interview), le frère, la soeur et leur acolyte fracassent la structure du roman (les six récits sont désormais intimement entremêlés) et l'infusent, en donnant six rôles à chaque acteur sans mégoter sur les changements de sexe, d'un mysticisme techno-bouddhiste qui, à titre personnel, me plonge dans un ravissement sans limites. "What is any ocean but a multitude of drops ?" est la question finale du livre. Ici, on se perd dans les étoiles, la conception linéaire et maladivement occidentale du temps n'est plus qu'un drôle de souvenir et vous devez admettre que la réincarnation, la mort et les histoires ne sont que les facettes d'un même objet indéfinissable et magique situé quelque part entre Dieu et la réalité. Naturellement, un OFNI de cette nature était destiné à se crasher. Long de 2h50, le film peine souvent à émouvoir, et le lien entre les différentes parties (notamment L'Épouvantable Calvaire de Timothy Cavendish) brille parfois par sa superficialité, mais soyons honnête : il s'agit là d'une tentative cinématographique sans équivalent, traversée d'authentiques morceaux de bravoure visuelle, réalisée sans l'appui des majors (on les comprend, hélas ; on comprend leur frilosité navrante, leur absence chronique de vision) et offrant au spectateur une expérience de transcendance unique. Le béotien, le chroniqueur du Masque et la plume, trouveront mille raisons de détester ce film et de n'y voir qu'un grandiloquent ratage, comme le furent en leur temps 2001 L'Odyssée de l'espace ou The Tree of life). Les Wachowkis ne sont pas Malick, et encore moins Kubrick, mais je donne tout mon amour à des cinglés qui, en 2013 encore (ou déjà) tentent, en soumettant le monde aux contorsions hystériques de leur art, de lui arracher ses plus brillants secrets.


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Drunk Soul 19/03/2013 19:39

Entièrement d'accord avec vous. Une tentative audacieuse - et périlleuse - qui contraste avec la production actuelle et dévoile ses tripes, son coeur et son âme.

Folfaerie 14/03/2013 20:50

Je me faisais une joie de voir ce film... subitement déprogrammé à la veille de la sortie nationale. Drôle de décision de la part d'une salle d'une petite ville en zone rurale (ont-ils eu peur de
n'avoir aucun spectateur ?)

De Litteris 12/03/2013 09:59

Ah, merci ! Je me sens moins seule - mon mari et moi avons jubilé pendant toute la séance (je n'avais réussi à lui faire lire le roman avant, il s'est plongé dedans depuis), ravis de ces explosions
mystico-jubilatoires. Beaucoup aimé l'éclatement dans l'éclatement, les trouvailles visuelles... Un pur moment de transe.