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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

heart wide open (à propos de Marion Laine)

Publié le 9 Août 2012 par F/.

Jamais aisé de parler du livre ou du film d'un(e) ami(e). Je m'étais essayé à l'exercice il y a peu avec le brûlant Autour de moi de Manuel Candré et je m'étais dit : tu n'es pas critique, raconte seulement ce que tu as sentiA coeur ouvert de Marion Laine est dans vos salles depuis hier. Je l'ai vu il y a plus d'un mois au MK2 Bibliothèque : j'étais seul, c'était un peu triste, ce n'était pas plus mal. Ce que je me rappelle d'abord, ce sont les mains d'Edgar Ramirez, le magicien déchu, les signes tracés dans l'air. Une barbe de prophète souffrant mangeait son visage et le regard mi-hanté mi-joyeux de Juliette Binoche interrogeait sa chute en vain. A coeur ouvert est, me semble-t-il, une ode à l'invisible, à ce qui se passe en profondeur et, partant, à la sensualité. Toucher, palper, malaxer, sentir, c'est appréhender la vie : c'est ce que fait un chirurgien quand il découpe une peau tendre, c'est ce que font des amoureux lorsqu'ils renoncent à comprendre ce qui leur arrive pour se laisser aller à la douleur d'exister. La parole, qui vient avant, ou après, ne répare pas grand-chose. Elle ne dit rien de l'infra-monde, elle ne dit rien de la vraie vie : elle est plainte & litanie, elle est souffle in fine, et nous ne sommes que de grands singes. Je ne vais pas vous raconter l'histoire, je ne pourrais pas, mais il y a du Marion là-dedans, on le sent à chaque seconde, il y a du Claro aussi (il y a même ses livres, comme des clés - si vous voulez savoir ce qui se trame dans les profondeurs, si vous n'avez pas peur du noir alors oui, vous pouvez essayer cette méthode-là aussi), il suffit de les connaître et de les aimer pour savoir mais pour le reste, c'est Au-dessous du volcan, la lave qui couve, l'explosion imminente, le drame et le scalpel : voici l'histoire d'un couple qui s'aime à s'en déchirer, un couple qui surnage au coeur d'un incompréhensible tumulte, des mystères que la pensée ne permet pas de saisir. Plusieurs scènes de disputes traversent et scandent A coeur ouvert crescendo - l'homme et la femme s'empoignent pour se rappeler qu'ils sont là et pas en train de rêver - et la principale, magistrale et absurde comme seule peut l'être une bataille de couple vrai, m'a arraché des larmes. Je ne suis pas critique, disais-je : j'ai juste senti la vie qui saignait, j'ai juste senti le rythme, les ultimes battements, le souffle dernier, et les échos de ces tambours vivent et persistent encore en moi.

 

 

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Thibaut 07/09/2012 23:21

Tu n'es peut-être pas critique, mais l'éclair du frisson et le coeur battant au simple premier regard, elle n'est pas divine.

Merci Fabrice. C'était ce dont j'avais besoin ce soir.