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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

in it for the money

Publié le 4 Janvier 2014 par F/.

Ainsi, tout ou presque ce que raconte Le Loup de Wall Street - les bacchanales corporate, le yacht qui fait plouf (seul le nom a changé : le Nadine est devenu le Naomi), l'addiction aux Quaaludes, serait vrai, serait possible : le film est basé sur les mémoires de Jordan Belfort, écrites après son inculpation en 1998 et l'emprisonnement subséquent - 22 mois de prison et $110.4 millions à rembourser, siouplaît. Formellement, le nouveau Scorsese est un chef-d'œuvre, quelque part entre Casino et Tarantino, une succession de morceaux de bravoure le plus souvent hilarants traversée de brefs éclairs glacés, comme ce moment où l'une des employées de Stratton Oakmont accepte de se faire raser la tête en échange de quelques milliers de dollars. A l'instar d'American Psycho, LLWS souligne le lien fondamental entre libéralisme et prédation, entre flux monétaire et flux sanguin (la scène où le personnage principal pleure des larmes de sang est, à cet égard, presque convenue), et montre à quel point l'argent peut, non seulement déshumaniser les hommes (ça arrive assez vite) mais, surtout, les rendre étrangers à tout : la justice, et l'amour sous chacune de ses formes. Magistralement incarné par Leonardo di Caprio, qui prouve, si besoin était encore, qu'il est l'un des plus grands acteurs américains en activité, Belfort doit prendre des drogues en permanence pour booster son système, autrement dit : il doit tricher, et c'est ce qu'il fait sans relâche, avec tout le monde, parce que, très simplement, il n'existe plus d'autre façon pour lui de fonctionner. Scorsese maîtrise son opéra baroque comme on lance un navire rutilant sur une mer démontée : d'une main sûre, mais en sachant exactement comment l'histoire va se terminer. Si le spectateur jouit, si le spectateur aimerait, lui aussi, ne plus prendre le métro, si le spectateur estime qu'il peut vendre n'importe quel stylo à n'importe quel trouduc et que ça va rendre sa vie meilleure (la scène finale, sidérante, avec ce lent travelling sur une assemblée d'agneaux prêts à se transformer à leur tour en petits carnassiers minables), c'est son problème, assurément, et pas celui du film. En un sens, Le Loup de Wall Street est un grand porno moraliste, qui préfigure l'effarante partouze des années 2000 - aux dernières nouvelles, la plupart des protagonistes vont bien, merci pour eux. Que ce bijou ait été mal "compris" ou, mieux, ait pu être interprété comme une glorification du mode de vie yuppie en dit évidemment bien plus sur ses récipiendaires (qui ne s'attendaient sans doute pas à ce que les personnages prennent autant leur pied) que sur un réalisateur qui, film après film, poursuit avec un talent immense son travail de ténébreux magicien.

 

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Escrocgriffe 11/01/2014 18:52

"LLWS souligne le lien fondamental entre libéralisme et prédation»

Bien d’accord. Je suis épaté par l’énergie que met Scorsese dans ce film, on dirait presque une oeuvre de jeunesse. Et dire que le cinéaste a 71 ans… Respect !