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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

in utero

Publié le 27 Août 2012 par F/.

C’était un empire sans empereur, un monde écrasé de lumière où murmures et feulements tenaient lieu de langage. Des ombres se mouvaient dans la chaleur, alors, des créatures au pelage d’or abimées dans quelque rêve immense. Les pulsations de la nuit évoquaient les battements d’un cœur trop sauvage pour se soumettre au temps. Des panthères filaient sous l’ouragan, souveraines, et puis c’était des étoiles en averses, la mort dans les tourbières, la vie nauséabonde, et une armée charbonneuse obscurcissait le ciel. Oui ! L’âme de l’empire exultait, grouillait, rampait sous les frondaisons labyrinthiques. Par-delà la boue figée des criques, les arcs grisâtres de la mangrove, par-delà les noirs miroirs des lacs se déchiraient des nuages de mélasse et de sang. Sous la lune roussâtre, l’eau envahissait la plaine, plus visqueuse que du mercure, tandis qu’un vent fou arrachait les palmiers à leur fatale quiétude. Des chênes se dressaient, échevelés sur l’océan vert, des oiseaux au plumes d’huile se détachaient du ciel et rien, rien ne semblait pouvoir troubler cette respiration ample. Un jour (un siècle, en vérité, ou peut-être bien cent – c’était lent, lent comme le poison perdu dans l’écheveau des veines), un jour, donc, vinrent les hommes, les premiers, les debout : hagards et tremblants, prostrés face au tonnerre. Des singes, à peine, des singes avides de mots pour dire la mort ce pendant qu’au cœur des marais troubles, des êtres de dents et de métal s’ébattaient en volupté, capables, d’un claquement de mâchoire, de renvoyer tout le vocabulaire du monde au néant. Les hommes taillèrent des lances, creusèrent des pièges, échafaudèrent des mensonges vibrant de merveilles mais ils comprenaient, confusément, qu’une soumission complète était l’unique recours. Il y avait l’orage et les fauves, les guerres et les tempêtes, des reptiles longs comme un soir d’été vagissaient le long les hummocks en attendant leur heure et les Indiens, les Timucua, Calusa, Tequesta, les Indiens tournés vers l’Est s’efforçaient de déchiffrer les signes avec la certitude paisible qu’ils n’y parviendraient jamais. Mais bientôt, bien trop vite, des voiles autrefois blanches parurent au large, une odeur de poudre se répandit à travers l’aube, de bottes tassèrent le sable et on hurla des ordres, et ce qui restait informulé, mystérieux – le ressac et les oiseaux, les arbres tristes et un mal vague comme une somnolence – se vit impitoyablement nommé, circonscrit & promis à la défaite.

 

 

 

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S. 29/08/2012 14:11

Lu à haute voix, ça le fait. Très.
(C'est-à-dire que j'ai lu ce texte depuis l'Iphone pendant un trajet interminable et fort ennuyeux en voiture : grand silence appréciatif de l'ensemble des passagers. Puis discussion enflammée sur
quoi, quand, où, comment, quelle suite et ce genre de choses.)

F/. 07/09/2012 07:48



, comme on dit.