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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

liban (1)

Publié le 3 Novembre 2011 par F/.

Me voici désormais à Beyrouth, chers loutrons pétris d’un juvénile et salvateur enthousiasme, et voici venu le règne de la défaite et de la pluie, attendu que mon câble de raccord à l’appareil photo est resté, euh, à Paris, échangé contre un chargeur de téléphone dont j’ai du coup privé ma femme (salut, chérie) car, non, je ne fais pas les choses à moitié. Donc, pas de photos avant mon retour, et ayez la bonté d’excuser le caractère décousu de ce post mais le temps m’est compté, rapport au fonctionnement aléatoire du ouaibe local.

Ne soyez pas trop tristes : la ville est assez moche, voire carrément. Non, ce qui m’embête surtout, c’est ce portrait géant de Saddam Hussein (un nom reconnu par le correcteur orthographique de Word, que l’on applaudit au passage) découvert dans une rue de Tripoli et que j’aurais tant aimé livrer à vos appétits d’esthètes idéologiques. Bon, mais patience, patience.

Bref, arrivée mercredi soir, installation dans un hôtel (assez moche, voire carrément) de Beyrouth situé dans une sorte de rue de la soif ultra-bruyante, et mangeaille intempestive. Se nourrir est l’occupation n°1 ici, à en juger par le sympathique embonpoint de la plupart des spécimens mâles passé vingt-cinq ans.

Nuit : merdique. Réveillé à cinq heures du mat par une double détonation non explicitée mais que tout le quartier a entendue. Je me dis : ça y est, c’est la guerre. Je suis trop sensible. Mal de tête, puis zapping semi-stérile : aucune chaîne n’est clairement reçue. Sur l’une d’elle, un match de foot anglais, où il est question de Swansea, se fige soudain et est remplacé, après dix minutes de stop-motion, par un soap-opéra local. Il y aussi : un reportage sur les araignées tueuses de l’Australie sous-titré en arabe, et Questions pour un champion.

Le temps de casser ma poignée de fenêtre puis de ne pas trouver comment on ferme la chambre, et je file engloutir un petit déjeuner immonde accompagné d’un Wifi réticent. Notez que je n’ai pas paumé mon ordinateur cette fois – ce stage de check point aéroportuaire chinois n’aura pas été inutile .

Hier matin : départ pour Tripoli, donc, à ne pas confondre avec le Tripoli libyen. Le mien est situé en zone rouge quand même, il y a quelque temps, deux cycliste estoniens se sont fait enlever près de la frontière syrienne, nul ne sait ce qu’il est advenu d’eux – mais franchement : deux cyclistes estoniens ?

Bref.

Une heure de bagnole en compagnie d’un chauffeur sur-fumeur et volubile : imaginez un Hunter Tompson arabe et grand-père pratiquant un dialecte franco-anglais-arabe entrecoupé de quintes de toux homériques.

Puis arrivée au collège de Sœur Georgette. Soixante élèves se lèvent. « Bo-jour Sœur Geor-gette ! » et se rassoient.

J’assure le speech, une heure de Q/A habituels et, à la fin, toutes les filles viennent se faire prendre en photo en gloussant. Quoi, j’ai un truc sur le nez.

Suite à quoi, transfert vers l’Institut Français où je rencontre une autre classe venue des montagnes, emmenée par un père indifférent lymphatique.

Les pères, de confession maronite, ont le droit d’être mariés, ici, et se rendent en boîte de night à leurs perdues. Les Musulmans, eux, boivent de l’alcool. Ce n’est plus un pays, c’est la Terre Promise.

Virée ensuite sur les bords de Tripoli en compagnie d’une très sympathique accompagnatrice, Claire, mariée à un Libanais, et qui connaît bien le pays.

Je prends des photos. Des types goguenards me saluent : ils pensent que je suis Américain. Je suis briefé sur le système politique local, gentiment hallucinant (imaginez que tout ce qu’on demande à notre chef d’état soit, par exemple, d’être catholique), sur les crédits à la consommation permettant d’acheter des voitures (LE signe extérieur de richesse qui permet aux hommes de trouver couvercle à leur pot) et les montagnes de l’Anti-Liban, couvertes de neige à cette époque et semées de villages désordonnées où officient des hordes de grands-mères cuisinières échappées de quelque rêve John-Fantien où les aubergines farcies et la pasta auraient été remplacées par le houmous et les boulettes de viande.

Le soir venu, de retour à Beyrouth, nous assistons à une conférence sur le retraitement des déchets menée par le frère de Blandine, notre organisatrice vénérée, qui craint pour la vie de son brother étant donné que l’écologie, ici, non seulement n’intéresse personne au plan politique, mais en plus fait chier les instances gouvernantes, copieusement arrosées par des grands groupes industriels méchants et occidentaux qu’on-ne-peut-pas nommer – bon, il y en a qui finit par Pline et qui commence par Sou mais je n’en dirai pas plus.

Après ça : encore un dîner somptueux composé d’innombrables mezzés arrosés de cépages français maladroitement exportés et agrémentés de récits balzaciens made in Blandine, qui n’a pas eu une vie facile, oh non.

Rendons hommage au Liban, chers frères, chers sœurs, un pays sans pétrole déchiré par une guerre de quinze ans, menacé par ses bienveillants voisins, déjà détruit deux ou trois fois par des tremblements de terre, saupoudré en 2006 des nouveaux bombardements que l’on sait, mais toujours placé dans le top 5 intergalactique de la bouffe. Amen à l’huile d’olive, à la fleur d’oranger, à l’anis et à la cardamome, et RV demain si le Wifi le permet pour de nouvelles et sobres aventures.      

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Laure 03/11/2011 16:21


*Demeurant.

Tu es gentil de ne pas me l'avoir fait remarquer xD .


Drunk Soul 03/11/2011 11:04


Veinard.
P.S. Vive John Fante.


Laure 03/11/2011 08:41


Fabrice, corrige ce "se sont fait enlevés", ça ne te ressemble pas ^^" ...

Au deumeurant, j'ai bien ri.


F/. 03/11/2011 16:07



J'ai écrit ça en deux minutes avec une moitié de cerveau. Mais merci.



Fred Boot 03/11/2011 08:31


Au fait, tu as oublié ton Charia Hebdo en arrivant à l'aéroport...