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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

marrakech (11)

Publié le 3 Novembre 2010 par F/.

C'est le matin le plus froid, et mon mal de bide ne me quitte pas. Chaque fois que quelque chose s'arrête, c'est le même cirque. Un déchirement stupide. Nous ne sommes pas si loin. L'existence n'est pas si courte. Hier au soir, nous avons mangé le couscous avec Sabah, et elle nous a raconté sa vie. Son mari était photographe officiel du roi. Un jour, il est tombé d'un arbre et s'est blessé gravement. Sabah, titulaire d'une licence d'histoire-géographie, doit maintenant s'occuper du riad pour gagner sa vie et payer les études de ses deux fils. Je n'ai pas osé lui demander combien elle était payée. Je n'ai pas osé me lancer dans des comparaisons stériles. Mon identité secrète ? Pieds-dans-le-plat-man, le super-héros qui reçoit souvent des coups de bottes sous la table. Mais pas hier.

A 7 heures, je suis parti dans la medina une dernière fois avec les enfants. Le souk fermait : les grandes portes, les rideaux de fer. Mohammed, qui pensait ne plus nous revoir, m'a laissé sa carte de visite et a serré les enfants dans ses bras. "Vous voulez boire le thé ?" Il n'avait plus rien à nous vendre. Nous sommes repartis. Des chatons extatiques miaulaient dans tous les coins. Des ados nous suivaient, mobylette à la main : "Vous cherchez quelque chose ?" J'aurais pu passer des heures à répondre à cette question. Leurs adorables magouilles vont me manquer.

Nathan a tenu à dépenser son unique dirham en achetant une sucette. Qui étais-je pour refuser ? Juste avant de tourner vers le derb, j'ai vaguement marchandé un petit dromadaire en bois et une tortue. Alice me faisait des signes du plat de la main dans le dos du vendeur : "baisse, baisse". Nos deux enfants sont très différents.

Chaque matin, maintenant, des oiseaux passent, vers 6h45 - ils s'éparpillent vers le Haut-Atlas, et je sens cette boule grossir dans ma gorge.

Je me suis bien amusé à écrire ces pages ; je n'ai (presque) rien inventé. J'ai appris à sourire : constamment, et à tout le monde. Je sais que ça a l'air stupide dit comme ça et je sais que c'est le genre d'habitudes que je vais  perdre très vite, mais je ne peux m'empêcher de penser à ce qui nous a été donné ici, au-delà du commerce, au-delà des faux-semblants. Les bises de Nora, la petite voisine. Le rasta au turban bleu. Les sitcoms chinoises doublées en arabe. Ce vieux qui voulait nous donner cinq chats. Sabah la magicienne. Cette mendiante sans âge, hier. Les klaxons amicaux. Les prévenances des passants. L'amour des enfants. J'ai vécu deux ans en Algérie, quand j'étais petit. C'est assez différent, mais il resté quelque chose de cette chaleur. Sur la terrasse, la ligne bleue-blanche, presque tremblante, des montagnes, me fait venir les larmes aux yeux.

 

http://www.cfam.ch/images/photos/cfamtour/marrakech06_nezumi_d.jpg

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Thibaut 06/11/2010 14:57


=)

J'espère bien le voir ce Sourire, aux alentours du 11 novembre... ;)

Merci pour ces petits bouts de phrases.
Vraiment, Merci.


Florence 03/11/2010 20:52


Merci pour tout ce partage, si bien raconté. Ca ressemble à de la générosité.


Laure 03/11/2010 16:04


Waow...

Je viens de lire les 11 articles de ton carnet de voyage - on peut appeler ça comme ça.

C'est juste grandiose.

Merci pour le rire, le rêve et tout le reste.

=)


paikanne 03/11/2010 15:32


Un peu de soleil et bien des (sou)rires ici aussi :-)


corwin 03/11/2010 09:48


ouaip
et on sent que ça t'a fait du bien (quelle que soit la part que tu as "presque inventé"). ça donnerait presque envie de foutre le camp aussi.
bon retour quand même !