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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

marrakech (4)

Publié le 26 Octobre 2010 par F/.

Il faut que je demande à Sabah comment elle fabrique son caviar d'aubergine. Sauf que bien sûr, elle ne me le dira pas, parce que je suis un homme : les hommes ne cuisinent pas. Dans le même ordre d'idées, j'ai appris en parcourant le Lonely planet, que l'homosexualité féminine n'était pas un problème ici, tout simplement parce qu'elle n'existe pas. Il fallait y penser.

Bref. Hier soir, nous avons dîné au riad - un repas préparé par Sabah - parce que 1) nous avions la flemme de ressortir 2) nous estimions avoir fait assez d'économies pour la journée et 3) Sabah cuisine, on l'aura compris, divinement bien. Ce dîner, idéal par ailleurs, a été l'occasion de dévouvrir que Nathan kiffait les boulettes kefta à mort. "Je peux en ravoir ?

- Euh, tu en as déjà pris trois fois.

- Oui mais moi j'aime beaucoup ça, moi.

- Oui mais là, tu vois, maman et moi, on n'est pas encore resservi. Alors prends des concombres en attendant. [Ah ah. Cette réplique va certainement rentrer illico dans le top 5 des meilleures vannes de l'année.]

- Non mais moi j'aime les boulettes. Je peux nettoyer vos assiettes si vous voulez.

- Oui mais...

- Allez. C'est pas grave."

On notera l'emploi répété de la conjonction "mais", élément essentiel de tout dialogue avec Nathan, ainsi que l'emploi très pertinent de l'expression "c'est pas grave", généralement précédé de la conjonction "mais" et qui peut s'employer :

- quand on se fait engueuler.

- quand on se fait contredire.

- quand une faveur vous a été refusée.

... en somme, à peu près en toutes circonstances.

Bon, les amis, il est 8h15 heures locales, et tout le monde dort évidemment, dans le riad j'entends parce qu'à l'extérieur, il y a bien longtemps que ça s'active. Cette nuit, je n'ai pas été réveillé par l'appel à la prière, signe encourageant d'acclimatation locale (ou marque consternante d'une absence totale de sens religieux) et c'est une bonne chose car une épreuve redoutable m'attend aujourd'hui : gérer les enfants seul.

Vous avez bien lu. Ma femme se barre au hammam. Et m'abandonne à mon sort. Moi, un écrivain. Même pas quadragénaire. Dans une ville hostile, où il convient de marcher à gauche d'un enfant (quand on est du côté droit) ou à sa droite (quand on est du côté gauche) à cause des mobylettes, des vélos, des charrettes et de l'absence chronique de trottoir mais où rien, en tout état de cause, n'a été prévu au cas fort improbable où un crétin inconscient entendrait se déplacer avec deux enfants. En conséquence, nous vivons certainement nos dernières heures sur cette terre. Je voudrais dire à mes éditrices du Fleuve Noir et de Gallimard Jeunesse que les dossiers qui les concernent sont en bonne place sur le bureau de mon PC, mais qu'il est hors de question que ma femme touche quoi que ce soit sur les droits d'auteur des deux bouquins concernés attendu qu'elle se faisait enduire de savon noir et se baignait dans du lait d'ânesse parfumé à la rose et au miel pendant que nous étions en train de crever, merci.  

 

http://1.bp.blogspot.com/_XRhw3g_UuYQ/R5-dXXhOBMI/AAAAAAAAA3g/Nlq3-TkHDjc/s320/consistance-savon-beldi.jpg

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Thibaut 06/11/2010 13:24


C'est juste ENORME!

Le seul mot qui m'est venu à l'esprit quand j'ai lu ton dernier paragraphe.

T'es vraiment un génie. =)


paikanne 26/10/2010 21:21


Excellent :-)


Jean-Claude Dunyach 26/10/2010 19:34


Je doute que la recette du caviar d'aubergine te serve - j'en ai une excellente à te donner, si tu veux, cela dit - vu que le goût du truc dépend essentiellement de la qualité des aubergines
(surprise :-) et un brin des olives. Les épices, curieusement, se trouvent à peu près partout, mais les légumes du coin n'ont jamais le même goût d'un coin à l'autre. C'est d'ailleurs ce qui fait
leur charme.
Et je n'ai jamais, mais alors jamais, refait deux fois de suite le même caviar d'aubergines...
Le poutou,