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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

marrakech (9)

Publié le 1 Novembre 2010 par F/.

Ce matin, j'ai mis à peu près vingt minutes à me connecter au réseau local. Tout y est passé. Vous n'avez pas de carte réseau. Votre carte réseau est mal insérée. Il n'y a pas de réseau local. Il n'y en a plus. De toute façon, vous êtes mal connecté. J'attendais le message me demandant de plier bagages et de quitter le Maroc séance tenante. Peut-être faut-il y voir un signe. Nous partons demain, cher réseau local. Garde ton calme.

Bon, avons-nous déjà parlé des chats à Marrakech ? Bien sûr que nous l'avons fait. Peut-être même avons nous déjà parlé des chatons. Mais je vous le demande sincèrement, lecteurs : avons-nous évoqué les merveilleux petits chatons de trois jours adorables et si mignons et miaulant doucement et absolument sans défense et exhalant de doux parfums d'innocence et de pureté qui errent un peu partout en cette cité labyrinthique ? Avant-hier, dans la quartier des Ferblantiers (quel mot fantastique - il faut que je l'écrive encore une fois : "ferblantiers", aah, ça fait du bien), avant-hier, disais-je, nous avons vécu ce qu'on appelle un drame de l'amour : Nathan s'est entiché du plus merveilleux des petits chatons trop absurdement adorables qui traînaient dans le secteur ; il est resté avec lui une vingtaine de minutes, agenouillé devant le carton qui lui servait de maison tandis que nous nous faisions gentiment arnaquer par un marchand de lanternes - Allah seul sait ce qu'ils se sont dit. Le résultat, c'est que quand il a fallu partir, mon fiston s'est baissé, les larmes aux yeux, et s'est mis à murmurer des "au-revoir" à peine audibles à l'oreille de l'élu de son coeur en lui prodiguant d'infimes caresses d'enfant. Suite à quoi il s'est relevé et a fondu en larmes. "Allez, viens, l'ai-je encouragé d'une voix qui se voulait ferme, on ne peut pas l'emmener dans l'avion, tu comprends ?" D'une certaine façon, c'était la pire chose à dire. Genre : c'est pas moi, c'est le Destin. Nathan a insisté pour être pris en photo avec son copain. C'est une photo que je ne peux pas vous montrer, que je ne peux même pas regarder. Tout le monde était au bord des larmes, y compris le vendeur local, qui a assuré à Colin junior (oui, celui-là même qui sera "un peu triste" quand je mourrai et "fera un dessin") qu'il s'occuperait du chaton jusqu'à son retour. La pire chose à dire, ça aussi. De A à Z, une histoire larmoyante et absurde.

Mon Dieu, vite, un truc drôle. Un truc pathétique, mais pathétique-marrant. Ah oui : le thé royal. Bon, c'est une boutique comme les autres. Un type nous aborde. Commence à agiter des sachets d'épices, des pierres magiques, des flacons rutilants. "Et cette poudre, tu sais à quoi ça sert ? Et cette pierre ?" Katia fait signe que oui, merci, on maîtrise le sujet, ah ah, vous pensez bien, mais le type ne lâche pas, il la bombarde de questions vicieuses et boum, Katia se trompe, eh oui, il s'avère qu'elle ne sait pas tout, ouh la nulle, 2/20 et encore, pour l'encre et le papier. Résultat, nous entrons dans la caverne, penauds, à la merci de notre hôte. L'homme a décidé de nous faire goûter le thé "royal" : un mélange soi-disant divin et salvateur de thé à la menthe traditionnel et de safran, cardamome, boutons de rose, cristaux de menthe, etc. Le problème, c'est que ce truc est réellement à tomber. Du coup, nous en achetons 500 grammes, et une tisane pour maigrir aussi, et une tisane diurétique, et des flacons de bidules, et des machins en kit, et je ne sais plus -  bref, nous baissons notre garde, notre vigilance se relâche, nous claquons 500 dirhams, peut-être plus, laissez-moi, non laissez-moi vous dis-je, j'ai honte, je suis un misérable, je ne mérite que l'ombre et la poussière. Triomphateur, notre vendeur en rajoute une couche. "Si vous voulez, je peux vous prendre en photo." Ben oui, pourquoi pas ? Je te conseille la pause du chasseur, fusil dressé et pied sur la dépouille : ce sera parfait.

Après ça, donc, le chaton.

Avant ça, les fameux mais sommes toute assez peu bouleversants Tombeaux saadiens. Peut-être devrions nous arrêter de visiter à tout prix de visiter des monuments sans intérêt au seul prétexte qu'ils sont mentionnés dans des guides ? En fait, notre découverte la plus intéressante est une énorme tortue qui avance très vite - une sorte de métaphore de la République populaire de Chine, si vous voulez. Après quoi nous rencontrons une Française un peu remontée : en une journée, elle est parvenue à se faire piquer une paire de lunettes de soleil et une polaire. "Marrakech, dit-elle, c'est spécial." On sent bien que ce n'est pas un compliment. A présent, la dame, venue en groupe (croit-elle utile de préciser) rechigne à lâcher plus d'un dirham à une sorte de derviche qu'elle a pris en photo. "Dites donc, c'est pas simple, Marrakech." Pas simple, spécial : cette femme travaillerait-elle pour le Guide du Routard ? Un peu plus tard, au restaurant, une autre bande de Français en goguette traite l'un des serveurs avec un tel mépris décomplexé ( genre "je t'avais demandé un couscous sans raisin, Mohammed-Farid-ou-quel-que-soit-ton-nom") que je me sens obligé d'aller réconforter l'outragé peu de temps après : "On n'est pas tous comme ça, vous savez." Il hausse les épaules. De toute évidence, il en a vu d'autres.

Hier : virée à Essaouira avec Rachid, son cousin et la femme d'icelui. Sur le chemin, nous apercevons des chèvres juchées dans les arganiers. Le principe est le suivant : les chèvres mangent les noix, les artisans récupèrent les noyaux dans leurs excréments et font de l'huile avec. Très chère, l'huile. Sauf que ça ne se passe plus comme ça depuis un bon moment. Et sauf que les chèvres sont incapables de monter dans les arbres. Des gens les y déposent, et attendent que les touristes s'arrêtent, appareils photo en main, pour leur demander de l'argent. "Ah ah, rigole la femme du cousin de Rachid, qui sait de quoi elle parle : les Marocains sont de grands comédiens, si vous saviez !" Je me demande si elle-même joue un rôle en disant ça.

Nous arrivons. Essaouira est censée resembler à la Bretagne. Si la Bretagne évoque pour vous les mouettes, le vent dans la gueule, les remparts et les volets bleus sur murs blancs, c'est effectivement à peu près ça. On lit parfois que le plan de la ville a été conçu par l'architecte qui s'est occupé de St Malo : c'est faux. Le type en question, un certain Théodore Cornut, s'en est simplement inspiré. "Es saouira" signifie "bien dessinée," je crois. Effectivement, les rues sont droites. A part ça, il y a, comme à Marrakech des restaurateurs qui sont prêts à s'immoler par le feu pour que vous veniez à leur table. Rachid nous indique une gargotte. Il a déjà négocié pour nous (entendez : touché sa commission). Complètement largués, nous commandons de la sole et du homard. Katia me fait remarquer que c'est la première fois en neuf ans de mariage que nous mangeons du homard. Serait-ce un reproche ? Hé, poupée, je suis écrivain.

 

http://cache.virtualtourist.com/1463086-Travel_Picture-Essaouira.jpg

 

Nous repartons dans la medina. Au marché aux poissons, nous trouvons du requin. Belle idée de cadeau, ça : du requin tout frais. A la place, j'achète une tarte aux cacahouètes. C'est plus éco-responsable. Les mouettes se stabilisent au-dessus des points stratégiques comme si elles étaient attachées au ciel par des ressorts invisibles. Les chats, eux, sont carrément ventripotents. Du mépris plein les yeux, ils nous regardent déambuler : "Je mange de la langoustine tous les jours, loser." Bon, de façon générale, il se passe moins de trucs drôles qu'à Marrakech. Ah si : Alice se glisse dans l'un des canons de la ville - et reste coincée. Elle se met à hurler. C'est une fille qui n'est pas réputée pour son sens de la mesure : "Oh aidez-moi je vous en supplie oh je n'ai jamais eu aussi mal de ma vie par pitié faites quelque chose oh mon dieu j'ai tellement mal je vous en supplie." J'essaie de placer quelques "calme-toi" au milieu de sa tirade, sans grand succès il faut bien le dire. Finalement, nous parvenons à la décoincer. C'est, malgré tout, une bonne nouvelle. J'imaginais déjà les complications : "Bonjour, ma fille est coincée dans l'un de vos trucs, là.

- Ce sont des canons du XVIIe siècle. On ne peut rien faire.

- Vous ne pouvez pas découper ?

- Non. 

- Et si on l'emporte avec nous ? Le canon, je veux dire : avec ma fille dedans.

- Pour un million de dirhams, pas de problème." 

Tiens, ça me fait penser : avant-hier, un type arrête Alice dans la rue : "Que tu es jolie, la gazelle !" Nous sourions. Tout de go, le type nous propose cent chameaux. Katia rit. Pas moi. Cent chameaux, ce n'est pas rien. Peut-être le moment est-il venu de négocier pour de bon. Est-ce qu'on pourrait récupérer notre fille une fois la puberté passée ? Une sorte de leasing ? Mais on rendrait les chameaux, bien sûr.

Le type me pose une main sur l'épaule. "Et pour le papa, un cheval."

Ah, ah. L'humour marocain.

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Thibaut 06/11/2010 14:45


J'suis plus que d'accord avec Mr Davoust!

"Katia me fait remarquer que c'est la première fois en neuf ans de mariage que nous mangeons du homard. Serait-ce un reproche ? Hé, poupée, je suis écrivain."

Toujours aussi grandiose tes écrits =D


gowest 02/11/2010 18:05


Totale accro à tes chroniques marocaines et à la vie de famille à la marrakchi. Vacances immobiles!
Pourquoi tu n'inventes pas la suite à ton retour parce qu'en fait une partie de toi y est resté (une vieille malédiction locale) ou que tu as attrapé un virus d'ubiquité dans la médina?
Curieuse aussi du contenu de vos valises. Show and tell, please.


Lionel Davoust 02/11/2010 11:34


J'adore. Tu ne veux pas rester deux de mois plus et continuer à nous raconter? Je sais pas, on lance un projet sur Kickstarter. ;)