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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

même pas mal

Publié le 9 Juin 2013 par F/.

Iain Banks est mort, emporté par un cancer à l'âge de 59 ans. Je ne l'ai jamais lu mais il semblait très populaire. Je suis triste pour les gens qui l'aimaient. Les jours de pluie, comme aujourd'hui, je me dis que les auteurs partis ces temps-ci auront au moins la chance de ne pas assister à la mort délicate de la chose littéraire. Regardons les choses en face, examinons-les au moins sous un certain angle triste. Les librairies ferment. Les maisons d'édition leur emboîtent le pas avec une lenteur exaspérante. La multiplication savoureuse des petites structures, saluée comme une preuve de vitalité, impose en vérité un paradigme nouveau : auteur n'est plus un métier dont on peut vivre mais un rêve dont on doit jouir. Les rêves, on le sait, sont faits pour se réaliser, ici et maintenant, c'est-à-dire pour brûler : ce n'est qu'en mourant qu'ils auront frôlé la grande affaire du réel. Voici le classement Edistat des meilleures ventes de la semaine écoulée :

 

 

Le plus inquiétant (mais le plus normal, quand on y songe), c'est que tout le monde, désormais, "désire écrire", comme si la concomitance de ces deux verbes était une normalité, comme si l'écriture pouvait être autre chose qu'une sale maladie transfigurée par l'incongruité du talent. Que faire d'autre ? Choisir l'anonymat, la vénération secrète, la joie informulée ? Lire, c'est se donner à l'inconnu, se laisser bercer par une musique abstraite, s'offrir au ciel en pâture. Écrire, apparemment, c'est dire ce qu'on voit, ce qu'on sent, ce qu'on sait, appuyer sur F7 et attendre des like sur FB ou des articles dans un journal qu'on déteste mais qu'on fera semblant pour une fois d'aimer. (Parfois, des gens sur des blogs trouvent que vous n'êtes pas si bon. Pas de panique : il vous suffit de copier/coller l'article désobligeant et de laisser vos amis juges. Vos amis se feront un plaisir de tuer ce qui reste de pur en vous.) "You can’t be a reader and a writer. There isn’t enough time. You have to choose", écrivait je ne sais plus qui l'autre jour. Les gens ont choisi. Être aimé semble moins dégradant qu'aimer. Moins dangereux aussi.

 


 

Mais bien entendu, je ne pense pas un mot de tout ce que je raconte. Jusqu'ici tout va bien, et serrer les dents m'a toujours plutôt réussi. L'énergie est là, elle ne partira pas. Des lecteurs j'en ai vus à Montpellier - des merveilleux et des féroces. Certes, on ne saurait se montrer digne d'une chose qu'on n'a fait que transmettre et à laquelle on n'est même pas capable de trouver un nom, mais on peut accepter les mercis de bonne grâce et répondre sagement aux appels. L'autre jour, j'ai reçu un texte d'une lectrice de 18 ans qui sait écrire. Je veux dire : pour de vrai. On sent que ça la brûle, que ça la démange. Naturellement, elle n'a pas une once de confiance en elle. Parfait : l'artiste est nécessairement celui qui s'ignore comme tel. Dois-je encourager cette fille, la prendre sous mon aile ? Eh bien, elle écrit mieux à son âge que je n'écrivais à 25 ans mais enfin, ce n'est pas vraiment un gage de pérennité, et encore moins de succès. Alors je m'interroge. Je pourrais laisser sans suite, laisser les engrenages se mettre en branle, fumer le cigare métaphorique de l'observation attentive. Je vais déjà procéder à la danse du soleil.

 


Reçu hier Au revoir là-haut, fort aimablement dédicacé par Pierre Lemaitre. C'est un roman qui évoque l'après-guerre de 14 et qui paraît chez Albin Michel. On me demande de ne pas en parler avant la rentrée littéraire : très bien. Mais merci, Pierre Lemaitre-que-je-ne-connais-pas. Je n'aime rien tant que ces nouvelles rencontres, ces bouteilles jetées dans le vaste océan littéraire qui nous sépare et nous lie tous. 

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Jean-Paul Brethenoux 10/06/2013 10:23

Laurent, bonjour, je viens d'ajouter au barouf ambiant en tweetant votre bel hommage à Jack Vance, découvert avec Un monde d'azur.

laurent gidon 10/06/2013 09:10

Eh oui, la "chose littéraire" va mourir, diluée dans le barouf ambiant. Ne resteront que les livres nécessaires.
Ce ne sont pas forcément ceux que l'on voudrait, mais ceux qui font du bien à quelqu'un, même par mégarde.

Jean-Paul Brethenoux 09/06/2013 23:49

Bonsoir, Fabrice, j'ai relu le post 3 fois pour saisir les nuances. Je partage ton point de vue sur la multiplication des petites structures. Mais pas celui sur la croissance exponentielle des
auteurs. Au XVIIIe et XIXe s., il y avait peut-être plus d'auteurs en France qu'au XXe et XXIe, toutes catégories confondues fiction et non fiction. Or le lectorat potentiel est tout simplement
énorme du fait de l'augmentation de la population mondiale. Le succès de Dan Brown et de ses traductions est révélateur.

PhA 09/06/2013 22:25

Étrange nouvelle : je viens d'acheter son Efroyabl Ange 1, qui vient de paraître aux éditions l’Oeil d'or.