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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

miracle fragile (à propos de Norwegian wood)

Publié le 19 Juillet 2011 par F/.

Par où commencer ? Né au Vietnam, Trần Anh Hùng (réalisateur, notamment, de L'Odeur de la papaye verte), est en réalité français, et nous pouvons être fiers, pour une fois. Son adaptation de La Ballade de l'impossible est une merveille en ce qu'elle restitue dans sa belle lenteur, sa poésie, ses moindres frémissements, l'essence profonde du roman d'Haruki Murakami lequel paraît pourtant, sur le papier, rigoureusement inadaptable. Ceux qui n'ont pas lu le livre savent quoi faire cet été : ils découvriront un monument de perverse tendresse, un trésor aux circonvolutions troubles, l'équivalent potentiel, en termes d'impact générationnel, de Gatsby le magnifique, Liberté pour les ours ou L'Attrape-coeur, trois romans parmi d'autres que Murakami a traduits. Le film, bien entendu, est passé plutôt inaperçu en nos contrées. Fugacement (si on pense aux Petits Mouchoirs, par exemple), ça peut donner envie de se tirer une balle ; en vérité, c'est plutôt comique : autant comparer un défilé militaire sur les Champs Elysées, par exemple, avec le vol auroral d'un jeune héron cendré, au-dessus d'un étang nappé de brume.

 

http://www.ladepeche.fr/content/photo/biz/2010/12/11/296ed072d90a5be9a6333212f96e3a15_w350.jpg

 

La Ballade de l'impossible - le film - c'est ça : des silences, des caresses, la mort omniprésente, la folie en toile de fond et un personnage principal, Toru Watanabe, promené, balotté au gré des désirs de l'Autre, qui ne sait que dire "oui", et dont la gentillesse et le calme ne résolvent strictement rien. On ne guérit pas de la perte d'un être cher, soupire la voix off. Tout ce qu'on apprend, c'est que la prochaine perte sera tout aussi douloureuse. Le narrateur trébuche, reprend son souffle, s'allonge dans le silence et repart, titubant - et l'histoire, tandis que gémissent les violons tragiques de Jonny Greenwood, déjà entendus dans There will be blood, fait exactement la même chose. La photographie ? Sublime, forcément. Si la perspective de contempler des âmes perdues alanguies en d'immenses prairies ridées de vent grisâtre vous rebute, passez votre chemin et prenez la voiture (Il n'y aucun véhicule, dans La Ballade... Tout se fait à pied, toujours). Si vous aimez le Japon en rêve, si vous savez que la vie est lenteur, solitude, renedez-vous manqué, et que grandir est la réponse à une question qui n'existe pas, La Ballade de l'impossible est de celles qui vous emmèneront loin.

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Laure 23/07/2011 19:52


C'est con à dire, mais j'aime tes chroniques cinématographiques. Littéraires aussi, mais c'est pas pareil. Ou peut-être que c'est simplement cette émotion qui ressort de tes mots quand tu mets de
côté ton cynisme habituel ; quand tu te laisses aller à nous parler de beauté et de grâce.

Merci pour tout ça.


Julien Naufragés Volontaires 20/07/2011 09:54


C'est pas faut, c'est ce qui fait le style, voir la magie, de HM. Mais j'ai préféré "Kafka sur le rivage" ainsi que "les chroniques de l'oiseau à ressort" du même auteur. Cela dit, si j'ai trouvé
celui-ci moins bon, j'ai quand même dévoré le livre et j'ai poussé le vice jusqu'à aller le voir au cinéma. :-)


julien naufragés volontaires 19/07/2011 11:50


Le livre est sympa mais est très loin d'être le meilleur Murakami. Le film est bien et rend très bien le livre, ni plus ni moins. Mais j'ai apprécié la vision du film dont j'ai fait une chronique
sur mon blog, enfin si cela vous intéresse.


F/. 19/07/2011 17:24



Ah oui ? Moi j'avais beaucoup aimé le bouquin, mais je ne saurais pas expliquer pourquoi - c'est justement ce qui fait la magie de HM, ce truc magique et bête comme chou qui résiste à l'analyse.