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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

noir et blanc

Publié le 1 Octobre 2013 par F/.

Le dernier épisode de Breaking Bad, qui a explosé tous les records d'audience de la série aux Etats-Unis (plus de 10 millions de spectateurs, contre 1.4 pour le pilote - meilleur final du câble ever derrière The Sopranos et Sex and the city), ne restera peut-être pas dans l'histoire pour lui-même (d'un point de vue dramatique, il se contente finalement de conclure ce qui doit l'être, et la bande de Vince Gilligan nous avait habitués à ce point aux revirements brutaux que le résultat s'avère, sur le moment, un brin décevant) mais, en tant que point d'orgue théorique de la série la plus appréciée de tous les temps sur le plan critique - dixit le Livre des Records -, il est tout simplement parfait. SPOILER ALERT. Tel un brin d'ADN, Breaking Bad suit une structure à hélice épousant avec méticulosité les conflits de la seconde topique freudienne. Deux arcs narratifs se poursuivent sans pratiquement jamais se toucher, se nourrissant l'un l'autre. D'un côté, Walter White le pur veut mettre sa famille à l'abri en gagnant de l'argent parce que c'est ce qu'un homme bien ferait : voici le Surmoi, propre sur lui, désolé. De l'autre, Heisenberg devient le monstre que l'on sait. En tuant, en manipulant, en louvoyant, il se révèle et émerge - c'est le Ça mauvais, que personne ne veut reconnaître pour ce qu'il est. Et le Moi dans tout ça, la personne, l'instance qui "aménage les conditions de satisfaction des pulsions en tenant compte des exigences du réel" ? Eh bien, il semblerait que le cancer ait eu raison de lui assez tôt, telle une explosion libérant des forces antagonistes, et le malheureux Walter originel, de loin en loin, s'efforce de faire taire cette voix résiduelle comme on chasse un fantôme implorant. Car White ne vaut pas mieux qu'Heisenberg, au fond : c'est lui qui l'arme et c'est lui qui justifie ses actes sous couvert non pas d'amour mais de devoir. L'amour, il transparaît ici et là, fugitif, quand Walter téléphone à son fils (qui n'est plus Walter Jr. mais Flynn, dorénavant - on a les fuites qu'on peut) dans l'avant-dernier épisode, quand il sauve Jesse le martyr dans le dernier, quand il regarde sa fille Holly (sacralisée par son dédain) dormir et lui caresse le visage. C'est trop peu, bien sûr, et c'est surtout trop tard. Très vite en effet, il n'existe plus qu'une seule façon de résoudre le conflit et si Felina, au fond, surprend moins qu'on l'aurait non pas voulu mais espéré, c'est que cette solution unique, incontestable, on la connaissait depuis le début, bien sûr : et c'est la mort - quand le blanc rencontre le noir et qu'il ne reste que la grisaille, la nostalgie de ce qui ne sera jamais.

 

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