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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

pas en progrès

Publié le 5 Décembre 2010 par F/.

Quoi de neuf ? a répété Aleister.

Répondre était une épreuve. Une fois encore, j’avais passé une partie de la nuit sur mon MacBook à fouiller, gratter, creuser, des heures à me ronger les ongles, relevant frénétiquement mes mails, Debra + Suicide, Debra + Fugue, Debra + Enfance, Debra + Hawaii mais rien, pas la moindre piste, aucun indice digne de ce nom. Un secret fondamental gisait non loin, pourtant, je le savais, j'en vibrais presque de frustration.

Je m'étais endormi peu de temps avant l’aube. Je m’étais vu sur un bateau au large des montagnes de Kauai. Je m’étais vu feignant de dormir, couché sur le dos, ma main posée sur la cuisse de Debra, paisible et tremblant, écoutant une voix souffler à mon oreille. « Maintenant, l'histoire va devenir vraiment intéressante. »

Je n’avais pas ouvert les yeux tout de suite. J’avais attendu que l’ombre au-dessus de moi se dissipe.

Tout était devenu exsangue : le zénith, la mer, le bateau. Debra avait disparu. Je n'avais pas crié son nom. Je m'étais relevé, simplement. Je me souviens d'un calme étrange : même au moment où, penché sur le bastingage, j'avais reconnu des formes noires, aigues, louvoyant sous la surface. Je me rappelle avoir murmuré quelque chose : « pas des requins,  » je crois.

— On devrait appeler les flics.

J'avais cherché une cigarette, prononçant ses mots sans y penser. Aleister s'est tourné vers la vallée. Au sein des brumes, L.A. palpitait.

— Personne ne disparaît de cette façon. 

Tout le monde disparaît, au contraire.

C'était comme une leçon idiote, une leçon dont je viendrais soudain de comprendre le sens. Aleister a souri :

— Tu l’as baisée.

— Bon dieu, mec. Non !

— Personne ne disparaît de cette façon, a-t-il répété, indifférent à ma réponse. Les gens s'en vont sans but, enfin, apparent mais ils, euh, reviennent, ensuite. Ils reviennent toujours. Garde ton putain de calme, frère. Debra est tout près d’ici. Je sens sa présence.

Il a ponctué l'affirmation de trois ou quatre clins d'oeil involontaires avant de se frotter le nez. Je me suis laissé tomber dans l’herbe.

— Alors... Tu crois que tu la connais bien.

Il a hoché la tête.  

— Assez pour savoir que c’est une fille merveilleusement raisonnable. Un pur produit de son époque, cynique comme il faut, formé à l'auto-préservation. Je veux dire, j'aimerais m'inquiéter.

Il a ri un peu plus fort puis s’est levé et a déboutonnée sa chemise, qu’il a laissée tomber dans l'herbe. A ses pieds, le vent tiède feuilletait un numéro de GQ avec Kelly Brook en couverture. Il l'a ramassé.

Il me fixait avec calme, désormais, et j’avais la désagréable impression qu’il essayait de lire dans mes pensées.

— Une fois, a-t-il repris, on s’est retrouvés dans sa chambre. Absolut aux airelles, rien d'autre. Debra : très naturelle. Un corps de rêve mais sans surprise. Des seins américains, échappés aux mains de Plastic Surgery. Enfin, vingt-deux ans, Hollywood. Tu sais ce qu’elle m’a répondu ?

—A quelle question ?

Il a secoué la tête, désemparé.

— Debra est très cool, a-t-il affirmé sentencieusement - et, dans mon esprit fatigué, tout ça résonnait comme la conclusion d'une homélie funèbre. Elle est ok, et nous devons lui faire confiance.

Ne trouvant rien à répondre, je me suis contenté de me lever à mon tour. Aleister a ouvert une page de son magazine et s’est tourné vers le soleil, déclamant :  

« Et pourtant, l’amour se révèle la seule partie en nous qui soit solide, lorsque le monde se renverse et que l’écran devient noir. »

Je le contemplais, hébété. Ma migraine était en train de revenir vitesse grand V. Il m’a tendu le numéro.

— C’est signé : ce gros con de Martin Amis. Il parle de ce film, là, United 93. Au fait, c’est pas toi dont le père est mort dans l’avion du Pentagone ?

Je lui ai pris le magazine des mains.

— Si.

— Merde, mec. Je crois que ne vais rien trouver à ajouter à ça.

 

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brice 06/12/2010 11:27


Oui je sais, pour celui-là tu n'as encore rien demandé mais là, désolé, je ne peux pas passer à côté. Donc c'est absolument quand tu veux s'il vous plaît Monsieur hein dis oui allez
arrrrrrrrrrghhh.