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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

pléonasme

Publié le 15 Janvier 2013 par F/.

Je traînais un peu du côté de la rue Charlemagne il y a vingt ans - mon école n'était pas loin - mais je ne sais pas trop ce que je cherchais. La façade ensoleillée du prestigieux lycée, qui accueillit entre autres Balzac, Nerval et Radiguet, me rappelait qu'un monde soyeux existait, à jamais hors de ma portée. Ça m'a fait bizarre de revenir ici hier. La nuit était tombée sur Paris, il commençait à neiger, et des ombres longues s'étendaient sur les façades jaunâtres. Au 16 de la rue Charlemagne s 'ouvre une vaste double-cour. Dans l'un des immeubles qui la surplombent vécurent, il y a cinquante-six ans, Georges Pérec et une paire d'amis : d'où La Vie mode d'emploi. Les éditions Attila se sont installées dans un petit local du rez-de-chaussée non loin d'Allia, autre exception culturelle française de haut vol. J'ai rencontré Benoît Virot, la tête pensante d'Attila, et j'en ai été ravi. D'abord, nous avons quelques connaissances en commun (la bande de Nouvelle Fiction, Claro, Pacôme Thiellement). Surtout, le garçon est délicieux, et les livres souvent splendides, dehors comme dedans. J'ai repéré il y a peu Les Ecrivains inutiles, d'Ermanno Cavazzoni. Cavazzoni, qui a l'âge de mon père, est notamment l'auteur du roman qui a inspiré à Fellini La Voce della luna. Dans l'introduction de son ouvrage, il explique qu'un aspirant écrivain est nécessairement soumis à des vices (sept, comme il se doit) et à de joyeuses contingences (sept également - "les écoles que l'on fréquente", "les familles qui nous adoptent", etc.) Quarante-neuf chapitres en découlent, lardés de sarcasmes suaves et gonflés d'une imagination toute latine. La traductrice italien-français des éditions Attila a, paraît-il, quatre-vingt cinq ans. Tout ceci est au moins aussi magique que le Marais sous la neige un soir de janvier, mais pas tout à fait autant que la phrase inaugurale du chapitre 20, qui parlera à quiconque s'est piqué un jour de littérature : Pendant deux jours, un écrivain tente d'écrire une ligne, puis il déclara : "Je suis en crise". Je suis reparti les bras chargés de merveilles et j'en reparlerai ici, comme il se doit.

 

http://myboox.f6m.fr/images/livres/reference/0021/23/les-ecrivains-inutiles-ermanno-cavazzoni-9782917084519.gif

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Olivier R. 16/01/2013 21:06

Je ne sais pas si cela fait partie de la fournée de livres que tu as ramenés de chez Attila, mais j'aimerais beaucoup avoir ton avis sur l'homme qui savait la langue des serpents.

F/. 18/01/2013 09:04



J'ai rapporté ça effectivement mais c'est un sacré morceau, et j'ai pas mal d'autres trucs en souffrance - il va falloir me laisser le temps !