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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

prague (4)

Publié le 13 Juillet 2011 par F/.

Aujourd'hui, nous avons failli tous crever comme des merdes. La journée avait pourtant commencé assez calmement : par la visite du musée Mucha. En termes de survie pure, le musée Mucha présente, il faut bien le dire, peu de risques avérés.

Petit cours d'histoire de l'art en fast forward : Mucha est un peintre qui a eu du bol. Il s'est rapidement trouvé des mécènes, puis il est allé à Paris (oué !), et Paris s'est entiché de lui. Mucha est devenu copain avec Gauguin, qui a joué du piano en caleçon dans son home :

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cc/Gauguin_by_Mucha.jpg

 

... puis il a fait des pubs pour Nestlé, le théâtre, des marques de liqueurs et de champagne (vous connaissez tous ces gravures, même si vous ne le savez pas), et il a gagné évidemment plein de fric, et il est devenu évidemment assez triste, et il est parti aux USA avec sa femme (idée étrange quand on est triste), ce qui l'a condamné à gagner plus de fric encore, et il a consacré les dernières années de sa vie à la création de vastes fresques mythico-historiques exaltant l'âme slave dont tout le monde - hélas - semblait se taper assez copieusement. Après quoi les Nazis ont débarqué et il a préféré mourir plutôt que d'entendre ça plutôt que d'être sourd, comme on dit chez nous à Vera Cruz. Visite sympa, au demeurant, quoique un peu brève mais le film d'archives, où l'on voit notamment la famille Mucha donner une garden party aux alentours de 1930, justifiait à lui seul le déplacement. (Il faut dire que, chaque fois que je regarde de très vieux films, j'ai envie de chialer comme un gland - ça a commencé avec L'Aurore de Murnau et depuis ça me poursuit, saloperie de noir et blanc grésillant).

"Papa, c'est quoi les Nazis ?" est la question que mes enfants m'auront posé le plus souvent au cours de ce séjour - et je n'ai jamais réussi à leur apporter de réponse satisfaisante (note to self : ne pas faire référence à Indiana Jones). C'est un peu dommage parce qu'après le musée Mucha, nous sommes allés visiter le cimetière juif et une synagogue/musée de première classe. Nathan se traînait plus ou moins entre les pierres tombales jusqu'à ce qu'on lui raconte l'histoire du Golem.

 

http://www.crownheights.info/media/2/20100416-wefuin.jpg  

Après quoi il est globalement devenu juif.

 

***

 

Ce soir, nous sommes allés sur la colline de  Petřín, après avoir prévenu le restau italien trip-advisor-approved des environs que nous arriverions à 21h "grand max". Nous avons donc pris le funiculaire puis nous sommes montés au sommet de la tour Rohzledna (mot qui signifie "jusqu'ici tout va bien" en local, il me semble) afin de jouir du panorama grisâtre mais spectaculaire quand même. Après quoi j'ai insisté pour que nous allions voir une église fermée, et il s'est mis à pleuvoir. Des grosses gouttes, d'abord, annonçant un sympathique orage. "Descendons par là !" ai-je clamé à mi-chemin d'un sentier qui ne menait pas du tout au funiculaire. C'est à ce moment que le tonnerre s'est fait entendre pour la première fois, façon connard viril. Alice, dont je serrais la main à sa demande, faisait encore la chaude à ce stade des opérations : "Ah ouais, ce serait trop cooool de mourir foudroyés, tu vooois" (8 ans, mais motivée).

 

Deux minutes plus tard, l'enfer s'est déchaîné pour de bon : pluies torrentielles, et une centaine d'éclairs zébrant simultanément le ciel. En trente secondes, nous avons été trempés jusqu'aux os. Point positif : plus besoin de lutter. Point négatif : euh, on fait quoi, déjà, en pareille situation ? On se cache sous des arbres immenses, ou on se lance à découvert ? J'aurais aimé demandé l'avis du public, mais je crois que les téléphones ne marchaient plus. Le crépuscule, de bleu-noir, est devenu blanc hôpital. Nathan s'est mis à hurler, littéralement terrorisé. Alice ? "Euh, sans déc papa, t'as pas un peu peur, là ?" Me gardant bien de répondre, j'ai avisé une petite masure en bois, au bord de la route. "Regardez les enfants ! Vous ne trouvez pas que c'est comme une maison de contes de fées ?" Ah, ah - pas de réponse. Nous nous sommes réfugiés sous le porche, et un gros monsieur barbu nous a ouvert. "Venez donc vous abriter." A l'intérieur se déployait une sorte d'atelier baroque avec des peintures de licornes et de fées. "Je n'exprime que ce qui est positif," a lâché l'ogre. Euh... d'accord ? Dehors, les éclairs continuaient de tomber sur la montagne comme s'ils avaient fait un pari : "hé, les gars, si on démolissait tout ?". L'ogre se préparait sans doute à nous engraisser avant de nous présenter à ses potes les kobolds : le moment était venu de prendre congé. Nous sommes repartis, non sans moult remerciements. L'idée était d'essayer de choper un funiculaire fissa. Tel un véritable baroudeur aux chevilles d'acier, je me suis élancé avec Alice... et me suis gouré de route (un peu, hein). Merdalors, ai-je songé : je venais d'involontairement bifurquer vers un restaurant chicos. Nathan ne hurlait plus : il gémissait. Nous sommes entrés dans le hall. Salut, on est trempés, et on ne va rien consommer. Vous êtes contents, hein ? Nous sommes restés sur le perron, abrité par un mince auvent de toile. Nathan a dit "C'est la fin du monde." Puis il a dit "Adieu." Un serveur compatissant lui a donné un jus d'orange : "Je vais boire ce jus et ensuite on va mourir." Nos enfants, vous l'aurez compris, pratiquent en toutes circonstances une sobriété lexicale de bon aloi, dénuée de tout artifice théâtral. Cela dit, Nathan tremblait véritablement de peur, ce qui est une chose intéressante à voir, et, sans être terrorisés, sa mère et moi avons commencé à trouver tout ça un peu "fâcheux" (comme dans, "Ah, Marine est au second tour ? Voilà qui est fâcheux"). Pour finir, et tandis que les éclairs continuaient de saigner la nuit à blanc, nous avons piqué un sprint sur-humide vers l'arrêt du funiculaire que nous avons chopé de façon si extrême et inattendue que des Japonais hébétés (et sans doute, soyons honnête, effrayés par notre allure et nos cris) se sont levés spontanément quand nous sommes entrés pour nous céder leur place.

 

***

 

Arrivés au restaurant à 22h, nous avons immédiatement commandé une bouteille de Chianti - et que ça saute, zyva. Nathan a cligné des yeux. "La pire journée de ma vie." Puis ses pâtes sont arrivées, et il s'est détendu un peu du slip (qu'il avait mouillé). A mi-parcours, il a désigné la statue de bois qui se trouvait en face de lui et représentait une femme à poil. "Tout me plaît dans ce restaurant sauf cette femme." Etrange garçon, n'est-il pas ? Pour finir : tramway 22, un arbre foudroyé sur la route, et home sweet home rhââ lovely. Le pire moment ? Quand j'ai réalisé que j'étais heureux qu'il nous arrive quelque chose parce que j'allais pouvoir transformer toute cette merde en un chouette post anti-morosité. Le meilleur ? Quand le chemisier de ma meuf est devenu véritablement transparent. Rain down, rain down, come on rain down on me.

 

P.S. : au moment où j'écris ces lignes, un arbre de bonne taille s'effondre dans la cour, in real life. Les copains, je crois que je vais arrêter de bloguer pour ce soir.

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Thibaut 24/07/2011 11:53


A mon humble avis, je qualifierais ce post comme "Savoureux", voire même (n'ayons pas peur des mots) le PLUS savoureux de cette lignée, bien que ton "pire moment" soit carrément plus qu'obvious dès
les premières strophes.

But thank God, c'est limite si ça rend pas le texte encore meilleur.

Alors que dire...

Big Up ?


Laure 23/07/2011 18:59


Fabrice, ce post est Énorme x) . [J'ai ri, aux moins trois fois.]


Peggy 19/07/2011 11:11


"Nazis, I hate these guys" ;)
oui, dur d'expliquer tout ça aux enfants...


Prof Xavier 14/07/2011 19:43


Ah je ris !


Mathieu 14/07/2011 10:16


Je voulais cliquer sur "like" mais FB ne veut pas. Donc, "j'aime" et ça m'a bien fait rire tout cela. Les aventures de Katia & Fabrice et leurs enfants racontées sur le mode blasé/ rigolard,
c'est un pur bonheur.