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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

rentrée littéraire (2)

Publié le 16 Septembre 2013 par F/.

 

La Fin du Vandalisme est arrivé un poil trop tard dans ma boîte à lettres de vacances pour figurer dans le top 15 rentrée littéraire de Chronicart et c’est bien dommage car c’est un livre qui, par sa modestie même (une discrétion érigée en marque de fabrique, l’un des tours de force du texte) mérite d’être défendu avec la plus grande ardeur. Publié en 1994 et classé par GQ parmi les cinquante meilleurs romans des cinquante dernières années, rien que ça, il marque l’arrivée tardive du journaliste Tom Drury en littérature – les excellentes éditions Cambourakis nous ayant précédemment offert La Contrée immobile. De quoi s’agit-il ? Comme la plupart des grands livres, La Fin du vandalisme ne peut être pitché, et d’autant moins que ses personnages ne nous livrent aucune clé, se contentant d’agir comme s’ils ne savaient pas (et c’est sans doute ce qui fait le charme incomparable de cette écriture) qu’ils étaient dans un roman. On pourrait parler de gothique country paisible, quoique un poil barré ou, plus sûrement, de radiographie suave et non-invasive du Midwest éternel ; c’est en effet à l’épuisement du comté fictif de Grouse, dans lequel se déroulent trois de ses romans, que procède méticuleusement l’auteur, tel un sociologue qui aurait oublié son micro et n’aurait apporté qu’une boîte de peintures invisibles pour finir par se fondre dans l’objet de son étude. Trois personnages principaux, autour de laquelle la caméra tourne sans jamais faire vraiment le point : Dan Norman, le shérif un peu dépassé mais bonne pâte, qui enquête sur l’apparition-surprise d’un bébé dans un caddy de supermarché, Louise Montrose, assistante photographe un peu foldingue de laquelle il est épris (et qu’il met une bonne centaine de pages à courtiser) et Tiny Darling, petit délinquant et ex de Louise, pas plus méchant que les autres ne sont gentils. D’autres figures apparaissent, bien sûr, excentriques, bienveillantes, malheureuses ou bizarres, et on se souvient que ce sont les hommes, avant tout, qui font le paysage. Pensez à Fargo, à Marge Gunderson et à son mari Norm ; ôtez les meurtres grotesques et vous obtenez La Fin du vandalisme, un roman placé sous le signe de la tendresse, une auscultation discrète de l’Americana éternelle dont il serait idiot de dévoiler la trame (sachez cependant qu’il se passe des choses, mais rien de réellement plus grave que la disparition d’engins agricoles). L’humour sans le sarcasme, le merveilleux sans le spectaculaire – Drury est un fantôme amoureux des prés, des pluies et des granges, des routes qui, en définitive, ne mènent qu’à nos cœurs. "Louise et Dan étaient en train de se caresser lorsque la tempête se déclencha. Le vent s’infiltrait à travers le calfeutrage des fenêtres de la chambre à coucher et une bougie tremblotait sur la table de chevet. Ils éprouvaient de la chaleur et du désir, bien au chaud, dans la maison, tandis que des vagues de neige étaient charriées dans la lumière du jardin."

 

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