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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

sur l'épaule du géant (Confiteor)

Publié le 31 Octobre 2013 par F/.

Dans leur numéro spécial rentrée littéraire, Les Inrocks réalisent l’improbable exploit de passer Confiteor sous silence. Pour le prochain, on leur suggère d’éteindre un feu de forêt à coups de talon.

 

 

Mausolée tragique hanté par le spectre de Dieu, cathédrale en ruines dont les racines tortueuses fouaillent les entrailles d’un temps qui n’en finit plus de pourrir, ce Bildungsroman inversé entretient une troublante parenté avec Ada ou l’ardeur dont il pourrait constituer le pendant désenchanté. Atteint de la maladie d’Alzheimer, Adrià, narrateur érudit avide de vérité, s’efforce de restituer le vaste désordre qu’a été son existence et le siècle inextricablement lié – une cacophonie désastreuse qu’aucun spiccato, semble-t-il, aucun amour ne saura sauver de l’annihilation. Visages et symboles, ses souvenirs affolés tournent tels des astres en panique autour du soleil mort qu’est devenu son esprit. Il y a les parents butés, forcenés, incapables d’empathie, il y a Sara, la femme juive aimée, l’étoile malheureuse qu’un destin inique a trop longtemps tenue loin de lui, il y a Bernat, musicien par dépit, immense ami par vertu, et la figure mystérieuse d’un Storioni d’exception, enfin, dépositaire d’un secret parmi les drames du monde, qui fait crier sa voix muette au milieu d’atroces éclaboussures.

 

 

Vibrant de passion et de tristesse, porté par un souffle à la puissance jamais déclinante où le trivial le dispute au grandiose, Confiteor vaut aussi pour ses audacieuses expérimentations formelles : telle anecdote narrée trop tôt et rendue partiellement incompréhensible par l’oubli d’un élément crucial voit sa conclusion surgir cinq cents pages plus loin, tels dialogues séparés de plusieurs siècles s’entremêlent comme les fils d’une corde tirant à sa traîne un passé gémissant. Le médecin consolateur, le confident bouffi d’impuissance ? Le lecteur en personne, à qui revient le brûlant privilège d’emboîter les pièces d’un puzzle narquois qui, de l’Inquisition à Auschwitz en passant par les monastères d’Europe, les bois du pays cathare ou l’Espagne de Franco, révèle un continent sans cesse meurtri et laisse errer la silhouette illisible du Mal. Ouvertement métaphysique, Confiteor évoque l’art comme seule rémission face à la cruauté dévorante du monde. Dès lors, c’est le roman lui-même qui, confronté au néant moderne qui menace de l’engloutir, fait office de maigre viatique. Aveuglante de beauté, les ultimes pages de ce chef-d’œuvre « définitivement inachevé » ne promettent rien d’autre.

 

 

Confiteor, Jaume Cabré, Actes Sud / Article paru dans le Chro de septembre toujours en vente / Interview de l'auteur à paraître dans le numéro de novembre.

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olivier cornet 18/11/2013 20:37

chacun devrait écrire sa "route"

Valérie Le Plouhinec 01/11/2013 11:04

Oui. Et puisque Chro semble mettre un point d'honneur à ne jamais citer les traducteurs, saluons ici le travail titanesque fourni par Edmond Raillard pour rendre en français toute la richesse de ce
texte. (Grand prix de traduction 2013 de la Société des gens de lettres).

F/. 01/11/2013 11:07



Eh bien, dans l'article sur Guerre et Guerre du prochain numéro, on cite le traducteur, justement. Mais tu as raison. Magnifique boulot de trad.