Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

to the end of love

Publié le 19 Juin 2013 par F/.

Parfois, parfois, l’histoire se hisse à la hauteur de la légende. On évoque des célébrations habitées à propos des concerts de l'enfant de Montréal - Leonard Cohen, fils de Nathan Cohen disparu alors qu'il n'avait que neuf ans, petit-fils du rabbin Solomon -, on dépeint des messes païennes & vibrant de ferveur, à vous tirer des larmes. On prétend que ces joies-là durent trois heures, quatre parfois, que le maître se fend d’innombrables rappels et disparaît sur un pas de danse. On dit que les gens frissonnent, se souviennent, sourient et pleurent ensemble, emplis de reconnaissance. Tout est vrai, et il faut se rappeler la chance qu'on a d’avoir ce monsieur sous la main encore, comme celle qu'on a d’abriter en nos coeurs et dans la vraie vie Dylan ou McCarthy, nos vieux prophètes sublimes et fiers. Ça ne durera pas, mais Leonard est debout, aujourd’hui, un peu de Dieu sur Terre, the golden voice à portée de soupir.

 

parisstreet

 

Ce que je retiendrai de la soirée d’hier à Bercy : l’élégance en toute chose. Cohen est le type qui s’excuse d’être là, d’ajouter sa voix à toutes les voix légendaires qui ont résonné sous la voûte. Cohen est le type qui passe son temps à vanter le talent de ses musiciens (il peut : klezmer, country, ballroom, ils sont tout simplement extraordinaires), qui serre les poings en swinguant, s’accroupit, risque trois notes de piano et, tandis que les applaudissements retentissent, s’arrête, faussement outré (« vous vous moquez de moi ? ») puis ôte son chapeau pour saluer la foule.

 

 

Les chansons ? Foudroyantes, bien sûr, immortelles – chacune un poème, un brûlot. « From the wars against disorder / from the sirens night and day / from the fires of the homeless / from the ashes of the gay / Democracy is coming to the U.S.A. » Leonard Cohen, vous vous en souvenez alors, est l’un des chanteurs les plus repris au monde, de Nick Cave à Bashung, de U2 à Nina Simone en passant par les Pixies et Jeff Buckley. Vous croyez ne pas connaître et vous connaissez pourtant. Suzanne. Hallelujah. So long, Marianne. First we take Manhattan. Et Le partisan, bien sûr, qui m’a ramené un an et demi en arrière, à ce terrible enterrement : « J'ai changé cent fois de nom. J'ai perdu femme et enfants. Mais j'ai tant d'amis. J'ai la France entière. »

 

 

Leonard Cohen commence sa carrière de chanteur à un âge où Liam Gallagher se fait péter les dents dans un bar de Munich. Quarante-cinq ans plus tard, il est toujours debout, et le monde vacillera méchamment quand sa musique et sa voix si grave n'en scanderont plus le désordre. « Yeah I missed you since the place got wrecked / By the winds of change and the weeds of sex / looks like freedom but it feels like death / it's something in between, I guess / it’s closing time. » - et un seul mot : merci.

 

Set 1

Dance Me To The End Of Love
The Future
Bird On A Wire
Everybody Knows
Who By Fire
Darkness
Ain’t No Cure For Love
Amen
Come Healing
Democracy
Anthem

Set 2

Tower Of Songs
Suzanne
Heart With No Companion
Waiting For A Miracle
La Manic
Lover, Lover, Lover
Alexandra Leaving  (Sharon Robinson)
I’m Your Man
Hallelujah
Take This Waltz

Encore 1

So Long, Marianne
Going Home
First We Take Manhattan

Encore 2

Famous Blue Raincoat
Le Partisan
If It Be Your Will  (Webb Sisters)
Closing Time

 

Commenter cet article

laurent gidon 19/06/2013 16:42

Superbe exercice d'admiration, bravo !
(Y avait pas une place libre à l'Académie ? Ah non, elle vient d'être prise.)
Sinon, Cohen, c'est vrai : il a donné l'impression d'avoir tout compris dès le début, et après 40 ans d'évolutions personnelles, il a réussi à grandir sans que ses débuts ne paraissent plus petits
pour autant.

Jean-Claude Dunyach 19/06/2013 10:16

J'ai dû le voir sur scène une demi-douzaine de fois (ce qui ne me rajeunit pas, la première fois devait être en 1974). Et Régine m'a offert une soirée avec lui au Zénith de Toulouse il y a deux
ans. Son dernier double live est une capture parfaite de son spectacle - tu as raison, ses musiciens sont à pleurer d'émotion.
Dylan ou Springsteen restent des maîtres incontestés de la protest song ou de la description de l'Amérique profonde. Mais, pour ce qui est des chansons d'amour, des chansons sur l'amour, old Leo
est le plus grand. Je veux être comme lui quand je serai grand.
Love & poutous en direct d'Edinbourgh, ça fait du bien de se réveiller avec une chronique comme la tienne.