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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

trop ras-le-bol

Publié le 30 Novembre 2010 par F/.

 

Devant notre résidence, de l'autre côté de la rue, il y a un clochard qui dort sur une grille d'aération. Il ne veut pas partir et, bien sûr, il n'est pas très propre. De temps en temps, je discute avec lui. Une fois, même, je lui acheté un café et deux croissants. Je fais pourtant partie des classes moyennes - autant dire que j'ai mes propres problèmes. Mais je n'y peux rien, je suis comme ça : le coeur sur la main. Trop gentil, dites-vous ? Hélas. Tout le monde a ses faiblesses. Il faut que je me ressaisisse.

- Salut, Ahmed.

- Je... C'est pas Ahmed, mon nom.

- Oui oui, plus tard, les détails. Dis donc, je réfléchissais comme ça : tu as des papiers en règle, n'est-ce pas ?

- J'ai un seul pantalon. Mais il est déchiré. T'as pas un pantalon ? Il ne fait pas très chaud.

- Pas de sentimentalisme facile, Ahmed. Réponds seulement à la question.

- Des papiers ?

Avec un soupir, j'agite sous son nez un récent mail adressé aux associations chargée de l'accueil des SDF par la direction départementale de la cohésion sociale du Calvados : « Il a été rapporté à la DDCS que les ménages déboutés de la demande d'asile étaient présents en structure d'hébergement d'urgence (...). Lors de la réunion qui s'est tenue en préfecture le 16 juillet, la DDCS avait clairement annoncé que les déboutés ne seraient plus pris en charge dans le dispositif d'hébergement » et ce afin de résoudre un problème chronique de manque de place dans les structures d'accueil. « Actuellement, de trop nombreuses personnes restent quotidiennement sans solution de mise à l'abri, certaines places d'hébergement d'urgence étant embolisées [sic]par des personnes déboutées [du droit d'asile]. »

Ahmed-ou-quel-que-soit-son-nom cligne des yeux. Sait-il seulement lire ? Ce parasite peut s'estimer heureux de ne pas vivre dans le Calvados. De fait, je suis à peu près certain qu'il n'est pas en règle. Je regarde ailleurs, irrité. Mon clochard se gratte la tête. Eh oui, mon bonhomme : ta présence ici ressemble à un aveu. Je pourrais te dénoncer, bien sûr ; après tout, ce sont mes impôts qui paient la chaleur de ta grille d'aération (sans parler des croissants). Mais le numéro est payant et, comme je le disais, je fais partie des classes moyennes, salaire bloqué, forfait minimal, etc. Vivement 2012. Vivement un vrai hiver. 

 

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