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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

un vrai ami

Publié le 20 Juillet 2013 par F/.

Tenez, si vous voulez entendre un de mes bouquins (Ta Mort sera la mienne) se faire défoncer la gueule par, non pas un, mais deux chroniqueurs de Télérama, ça se passe ici. Bien sûr, je pourrais tenter de me persuader - et de vous convaincre aussi - que Télérama n'est rien d'autre qu'une grosse blague interminable, un aréopage de gentils cathos de gauche bloqués dans un 20e siècle parallèle au pays des biens culturels amicaux. Le problème, c'est que, primo, je ne lis plus Télérama depuis que j'ai quitté le domicile familial - circa 1994, donc - et que, secundo, j'aurais certainement trouvé plein de qualités à ces gens s'ils avaient porté mon bouquin aux nues, ce qui leur est déjà arrivé - ils avaient même mentionné Kathleen en son temps, loués soient-ils. Revenir sur l'objet du délit me paraît donc plus pertinent, histoire au moins de préciser un point : oui, Ta Mort sera la mienne est un bouquin violent, et qui met mal à l'aise. Et heureusement, putain, dans la mesure où il traite d'un sujet absolument monstrueux. Un livre creux ? Moi, j'aurais dit : un livre-gouffre. C'est/c'était mon espoir, en tout cas. Que des gens s'arrêtent au bord et regardent en vacillant. Quand je me suis mis en tête d'écrire du thriller, il y a deux ans, je pensais naïvement que l'objectif principal était de secouer le lecteur, de sortir le Mal en laisse - silhouette grisâtre, contrefaite, horriblement séduisante -, je croyais que le Mal était le principal sujet à aborder - c'est en grande partie, d'ailleurs, le sens de la trilogie que je bouclerai l'année prochaine avec Jenny, un roman qui s'annonce assez peu Télérama-friendly. Et cependant, je m'en rends compte, un grand nombre de personnes ne lisent pas de thrillers pour se confronter à la laideur et au vertige, mais bien pour se divertir, pour "s'attacher aux personnages", pour être happé par une "mécanique narrative bien huilée." Mon intuition par rapport à tout ça, c'est que des petits systèmes efficaces, des protagonistes bien disposés, n'importe qui peut en créer et que n'importe qui le fera à l'avenir, jusqu'à ce qu'un gros malin conçoive enfin le générateur aléatoire d'histoires ultime qui mettra la plupart d'entre nous au chômage. L'écrivain véritable (pardonnez cet accès de grandiloquence : je n'ai pas la prétention d'en être, seulement d'essayer), c'est celui, de Nabokov à Claro, de Joyce à McCarthy, qui descend bien profond à votre place et vous rapporte la boue et l'or, en des proportions qu'il vous reviendra toujours d'apprécier, même si c'est avec la grimace.

 

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YlianEstevez 27/08/2013 14:20

Pas faux. Subtilité sémantique assez vraie. Je me sens du coup plus auteur qu'écrivain. :-)

erik 27/08/2013 13:58

Ah, mais tu confonds écrivain et auteur, ami. C'est l'auteur qui descend bien profond. L'écrivain, lui, l'observe à deux pas du puits avant de raconter l'histoire de cette exploration.

F/. 05/09/2013 17:00



En fait, l'auteur, c'est un mec qui écrit des trucs, l'écrivain, c'est un mec qui écrit des livres qui racontent des histoires.
Pour le féminin, je ne sais pas comment ça marche.



YlianEstevez 20/07/2013 12:34

Voilà un coup de gueule comme je les aime. Bon, mes livres ne sont pas Télérama frindly non plus, à tel point qu'ils sont même sous omerta.

Çà m'évite de m'insurger contre cette mauvaise foi politiquement correcte qui nous impose la voie du milieu comme unique tremplin vers le bonheur pépère d'une vie sans lumière.

Bref, de Joyce à Mac Carthy, de Lolita à Raskolnikov, les vrais héros sont ceux qui dérangent, et vive ceux qui leur donnent vie. Frémir, c'est encore exister.

Ylian Estevez
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