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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

you and whose army ?

Publié le 1 Septembre 2011 par F/.

La Guerre est déclarée : deux jeunes parents unis dans une bataille contre le cancer de leur enfant, une histoire vraie, des critiques à genoux, "un hymne à la vie", un film "juste", un scénario "parfait"qui évite "tous les pièges". Eh bien, il faut croire que je suis totalement passé à côté.

Déjà, j'aimerais savoir comment il est possible de réaliser un film sur le cancer d'un enfant sans en faire un hymne à la vie : comme si le marché était encombré de produits tire-larmes se vautrant dans un pathos morbide. De quels pièges parle-t-on, au juste ? Bien sûr que les gens se battent. Bien sûr que les gens se révèlent. Bien sûr qu'il y a du rire, parfois, de l'absurde, des moments de grâce volés à l'horreur. C'est obligé. Le problème, c'est que l'originalité du film, son parti-pris novateur, affichés dès le titre et l'affiche, se situeraient dans cette volonté de montrer que seul le combat importe, l'instant présent, la vie. Or, il faut vraiment n'avoir jamais approché le cancer de près ou de loin pour ignorer un truisme aussi universel, me semble-t-il, il faut vraiment n'avoir jamais réfléchi une fois à la question. Accessoirement (et ce n'est pas de leur faute), les parents sont parisiens, donc proches de l'Institut Gustave Roussy. Le hasard fait bien les choses, cinématographiquement parlant (ah, les rues de Paris) et dans la vraie vie : la même histoire, touchant un couple d'agriculteurs creusois se serait soldée par la mort de l'enfant, et la la bande-son aurait ressemblé un peu moins à une compile FIP. Un film sur le cancer situé à Pont-à-Mousson, avec une fin glauque et des chansons de Chimene Badi : voilà qui aurait été punk. Le problème, c'est que Les Inrocks auraient été foutus d'aimer.

Un film n'est pas responsable de l'emballement critique qu'il suscite (seule voix dissonante, celle de Pierre Murat, mazette), et je ne vois pas grand-chose à redire à la démarche des protagonistes, ni à leur parcours. Ils ont traversé l'enfer, ils s'en sont sortis, cabossés mais vivants, je suis content pour eux, comment ne pas l'être ? Mais ça ne fait pas de leur film un chef-d'oeuvre, loin de là : la direction d'acteurs et l'écriture laissent grandement à désirer, le scénario est bancal (on ne nous montre rien, finalement, du véritable combat, celui de l'usure) et cet amateurisme cool, cette nonchalance bobo imprégnant l'ensemble me hérissent le poil : j'avais parfois l'impression de voir un film de Christophe Honoré. Au fond, l'erreur était peut-être de voir La Guerre est déclarée après Melancholia, qui continuera longtemps de me hanter, de me travailler : c'est un peu comme lire du Foenkinos après du Denis Johnson - l'un sera vite oublié, devinez lequel.

 

http://ftp.web.free.fr/odd/blog/Photos/021%20-%20les%20chutes%20de%20l%27apocalypse/cascade3.jpg

 

A propos de Denis Johnson : j'ai replongé dans Jesus' Son hier, ça m'arrive tous les cinq ans et cette fois, c'était suite à une discussion avec l'inénarrable Adam Levin, génie de 34 ans auteur du livre le plus fou de cette rentrée (dont nous reparlerons). C'est ce qu'on appelle un hasard fécond = tout de suite après, je me suis mis à poser les bases d'un prochain thriller en gestation, un bouquin très différent de Blue Jay Way, autant le dire tout de suite. Les yeux d'Adam brillaient de passion. "This book blows you away, man." J'aimerais trouver une traduction acceptable à cette incroyable expression, "to blow away" : comme un mur de feu vous disperse. Deux passages au hasard ? Elle a tiré sur moi cinq fois juste de l'autre côté de la table. Mais elle m'a raté. Ce n'était pas ma vie qu'elle voulait. C'était bien plus. Elle voulait me manger le coeur et se perdre dans le désert avec ses méfaits. Elle voulait tomber à genoux si violemment qu'elle en accoucherait. Elle voulait me blesser comme seul un enfant peut être blessé par sa mère. Et celui-ci, inégalable : Comment ça se fait que la pièce soit devenue si blanche ? j'ai demandé. Une belle infirmière me touchait la peau "Ce sont des vitamines", a-t-elle dit en enfonçant l'aiguille. Il pleuvait. Des fougères gigantesques se penchaient sur nous. La forêt glissait le long d'une pente. J'entendais un torrent se précipiter dans les rochers. Et vous, vous, risibles individus, vous croyez que je vais vous aider.

 'nuff said.

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sara 19/09/2011 19:59


merci!


sara ananda 10/09/2011 07:37


C'est marrant que tu parles de cancer et de Denis Johnson dans le meme post. Quand on était dans le service de néo nat avec mon fils qui était en couveuse et branché de partout, on se lisait
Jesus'son à tour de rôle. Ça tombait à pic. Le petit avait l'air d'aimer aussi.
Sinon j'ai une question pour toi: il y a très longtemps, je crois, tu avais posté une vidéo d'une reprise des beatles, en noir et blanc, chantée par une chanteuse soul. Ça te dit quelque chose?
Pour une raison assez obscure, je recherche le nom de la nana et de la chanson.


F/. 10/09/2011 08:09



Esther Phillips, And I love him (un bijou).



Drunk Soul 07/09/2011 19:11


Et j'aime bien Radiohead... ;)


g@rp 01/09/2011 10:02


Blue Jay Way, finalement ?