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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

you are a tourist

Publié le 27 Mai 2011 par F/.

Le Paris à minuit de Woody Allen, encensé par la critique à un point presque surréel, souffre à mes yeux d'un problème bien plus préjudiciable que la présence - parfaitement anodine et dispensable - de Carla Bruni ou de Gad Elmaleh, dont le principal problème (et le nôtre) est, somme toute, d'être eux-mêmes : c'est un film qui s'effondre sous le poids de son indigence, un objet non-indentifiable que notre faux dépressif préféré destinait sans doute à ses fans les plus hard-core ou à son propre plaisir, mais dont il aurait été bien avisé de confier le scénario à quelqu'un que le sujet inspirait réellement plutôt que de l'écrire lui-même en deux semaines sur un coin de table avec nappe à carreaux en écoutant du jazz Fip.

 

http://static.lexpress.fr/medias/1347/689941_le-cineaste-woody-allen-et-carla-bruni-sarkozy-lors-du-tournage-de-midnight-in-paris-a-paris-le-27-juillet-2010.jpg

 

Reconnaissons-le, on entrait dans ce Paris-là avec une certaine appréhension : s'enticher subitement d'une idée SF, chez un cinéaste accoutumé au réel, est rarement de bon augure. On pourrait prendre, pour excuser la lourdeur du propos, les voyages dans le temps du personnage principal (Owen Wilson, décalque juvénile du maître jusque dans ses moindres tics) comme une simple métaphore de la nostalgie, métaphore un peu galvaudée certes, mais acceptable à la limite si d'autres personnages - une fille des Année folles, un détective de notre époque - n'en faisaient également in fine l'expérience. Cette révélation tardive éclaire rétrospectivement le film d'une décevante lumière : notre progagoniste ne voyage pas subjectivement, mais bien objectivement. Et c'est là, notamment, que le bât blesse : le Paris du passé qu'il traverse est une collection de clichés si ahurissante qu'on l'imagine destinée aux gens qui n'y connaissent rien : mais alors, en quoi cela peut-il les intéresser ? Les Années folles vues par Woody, c'est l'Histoire culturelle pour les nuls : Zelda F. est alcoolo et veut mourir, Scott F. est marrant mais n'a rien à dire, Ernest H. aime boxer et ne parle que de courage et de mort, Salvator D. s'apprécie beaucoup et répète dix fois le mot "rhinocéros" (Seigneur, cet homme est un peu fou-fou dans sa tête) et Gertrude S. est une bonne copine, toujours prompte à prodiguer des conseils artistiques. Les lecteurs de Lire seront contents. Un film magique, nous dit-on. A ce compte-là, Disneyland aussi est magique, et Montmartre : on y trouve ce qu'on y apporte.

Le problème, avec les films d'Allen, c'est qu'ils ne sont que des extensions filmées de leur scénario (on pourrait dire à peu près le contraire de ceux de Malick). Quand le script est brillant, quand le maître est en verve, ça pétille, ça ravit, ça fait rire. Ici, tout tombe tristement à plat. A cause de ce fameux problème structurel, qui n'a sans doute pas effleuré le réalisateur, le vieux coup de la fable ne tient pas et, comme dans le Alice de Burton, on se trouve pris de pitié pour un créateur que l'imaginaire, au fond, embarrasse. Reste le message, le pauvre message qui n'a pas lieu d'être. Qu'apprend le personnage ? Que - attention, spoiler -, c'était pas réellement mieux avant. Et ? Que les gens avaient le droit de fumer à l'intérieur. Et ? Que Paris sera toujours Paris, c'est-à-dire une ville de riches, principalement articulée autour d'Odéon et de la Concorde. Chez Allen, les gens rêvent d'être écrivains parce que scénariste à Hollywood, ça craint trop. Chez Allen, les vendeuses des marchés aux puces, qui parlent un anglais so charming, vivent dans le 8e arrondissement, et les gens bien sont de gauche parce que la droite est trop vulgaire. On me dira que c'est fait exprès, que c'est un peu pour rire. J'aurais été content de rire, justement. Mais le choix de faire jouer Carla Bruni, à ce stade, ne m'apparaît pas aussi anodin que sa pauvre prestation. Le lutin à lunettes s'est paumé dans Paris. Quand il se cache derrière l'ironie pour tourner dans le 6e, quand il prend l'excuse du cliché assumé pour enfiler les perles, Woody Allen nous propose un cinéma fatigant, comme Libé est fatigant, comme Le Masque et la plume est fatigant : parce qu'il n'assume pas sa vérité bourgeoise et la médiocrité satisfaite qui va avec.

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Pascale 28/05/2011 20:44


Bon, c'est vrai, le père Woody ne s'est pas trop foulé sur ce coup-là, c'est léger, mais au bon comme au mauvais sens du terme. Et puis, il est faux de dire que Woody Allen n'est qu'un "cinéaste
accoutumé au réel" qui se serait "entiché subitement d'une idée SF". Et "La rose pourpre du Caire", alors ? Et "Zelig" ? On s'engueule à Rennes sur le sujet, si tu veux.


Lola 28/05/2011 02:34


Yeeeha! Ça, c'est envoyé. Du coup (reverse psychology, I know), ça me donne envie de voir le film, alors que j'hésitais (le tapage autour, et puis surtout la présence de la sus-nommée non-actrice
potiche).