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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

tu m'étonnes

Publié le 31 Mars 2015 par F/.

tu m'étonnes

Lu dans dans un Aujourd'hui en France trouvé la semaine dernière dans un TGV Rennes-Paris, cette surprenante interview de Marion Maréchal-Le Pen : la jeune femme s'y révèle une lectrice exigeante, et bien plus ouverte qu'on pourrait le croire. "Un article caricatural et, pour tout dire, assez crétin, paru dans un hebdomadaire que je ne citerai pas, a récemment publié de moi un portrait à charge si outrancier qu'il en devenait risible, affirme entre autre la jeune femme. C'est si simple de ne voir en moi qu'une hystérique à peine majeure incapable d'ouvrir autre chose qu'un obscure livre d'Histoire maurassien ou une biographie de Drieu La Rochelle. La vérité, c'est que mes lectures n'ont rien à envier à celles de cette insupportable intelligentsia parisienne qui prétend constamment délivrer des certificats de bon goût." Pressée de citer des exemples, la jeune députée ne se défile pas et sort l'artillerie lourde. Parmi ses derniers coups de cœur, aux côtés du Gène égoïste de Dawkins et du Soumission de Houellebecq qu'elle en trouvé "un peu en-deçà des précédents", le Karoo de Steve Tesich, l'intégrale des Poèmes de Ginsberg parue chez Bourgois (et qui trône depuis peu dans ma propre bibliothèque) et la récente réédition de L'Homme de Kiev de Bernard Malamud. L'espèce humaine n'en finira jamais de me surprendre.

Autres livres préférés de célébrités, et autres belles surprises: Les Frères Karamazov (Martin Sheen), Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (Alec Baldwin), Crime et châtiment (Jim Carrey), 1984 (Mel Gibson), De sang-froid (Tom Hanks), Le Maître et Marguerite (Daniel Radcliffe) et... Harry Potter (Wayne Rooney).

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kill your television

Publié le 30 Mars 2015 par F/.

Rien ne vaudra jamais le rock de l'année où tu avais 21 ans. Regarde, le son est bien pourri mais quand quelqu'un quelque part écrit "Without doubt the best band ever", l'espace de 3:52 en apesanteur shoegaze, tu veux bien être d'accord et te précipiter au milieu de la foule pour sauter en même temps que tous ces tarés du Bataclan, de la Loco ou de Gibus, n'importe où pourvu que la bière soit tiède et l'odeur de clope tenace, avec les regards de ces filles coupants comme des arêtes de glaciers que tu ne gravirais jamais. Tu faisais tes études dans le Marais, le midi déjeunais d'une baguette à deux francs au milieu de ces gens un peu trop riches pour toi, tu avais ce copain nantais qui avait rapporté un disque avec un bébé dans une piscine nageant après un billet d'un dollar et qui répétait "hé les mecs, hé les mecs", tu volais des CD à la FNAC comme des centaines d'autres petits cons adorables, ça s'appelait The Auteurs, Modern life is rubbish, ça s'appelait Superchunk, Jad Wio, Ned's atomic dustbin, Ocean Colour Scene, Primal Scream, tu avais acheté Doolittle en double, "we're chained", tu n'étais pas très amoureux, il y avait le sida et, dans le bar d'en face, des hommes à peine plus âgés que toi que tu n'avais jamais vus que dans l'ombre et, sans même le savoir, ne reverrais jamais, Lune de fiel à la radio c'était fini déjà et tu ignorais ce qu'il était advenu de David Girard parce qu'Internet n'existait pas, juste des rumeurs et des souvenirs bleus, de la crasse, des pavés luisants, un rat derrière le Centre Pompidou, des errances nocturnes rue Saint-Denis parce que le dernier métro t'était filé sous le nez, puis les Halles, puis Bd Saint-Michel, dans une réalité parallèle le Megatown avait fermé ses portes mais tu te foutais de ça, n'en étais pas à Guillaume Dustan, n'en étais pas à te demander comment un jour tu pourrais écrire sur tout ça et si tu le devrais seulement, tu lançais des D4, des D12 derrière un écran plus compliqué que celui de tes paupières, tu jouais à l'Appel de Cthulhu jusqu'à 6h du matin rue Gay-Lussac puis tu prenais le RER pour rentrer chez toi dans la grisaille de l'aube et ton père te réveillait à 7h20 en te demandant si tu avais bien dormi, la mère de ton ami était rédactrice-en-chef de Marie-Claire, la mère de ton autre ami était prof d'anglais à Henri IV, ta mère à toi était à la maison, cette fille de ta classe posait secrètement dans Entrevue, les mains posées sur le torse d'un colosse adipeux ("don't you want a piece of the action ?"), tu essayais de ne pas te demander ce que tu ferais plus tard et tu y arrivais d'autant mieux, joyeux, démâté et légèrement au désespoir, que PJ Harvey se lamentait dans les écouteurs de ton walkman telle une déesse tordue en chantant Always stings the sa-aaame.

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pleins de vie

Publié le 29 Mars 2015 par F/.

© Dom Moreau
© Dom Moreau

Si vous ne connaissez pas Françoise, on dirait bien que c'est trop tard ; et j'en suis désolé pour vous, vraiment. Parce qu'elle était de celles qui peuvent infléchir le cours d'un ruisseau primordial, pas en vous poussant de l'épaule, non, pas en remuant le monde comme on secouerait un panier de frites, mais en douceur, d'une volute tendre, alambiquée, d'un sourire à la beauté taquine. La dame aimait les mots et les mots valsaient, se laissaient bousculer, les mots dansaient pour elles, ravis, paumés comme nous tous. Les écrivains ? Elle les aimaient d'amour, c'est étrange, on ne sait pas trop ce qu'elle leur trouvait à ces dompteurs viles et frêles, à ces capitaines bravaches - la belle inutilité de la domestication à l’œuvre, peut-être -, toujours est-il qu'elle les prenait sous son aile et qu'elle ne volait pas, jamais, ce qui fait qu'on restait près d'elle, à l'ombre, tranquilles.

Ce week-end nous étions à Sainte-Cécile, Joy Sorman, Véronique Ovaldé, François Bégaudeau, Arno Bertina & moi - nous étions là avec Jean-Paul, son mari au regard si doux, ses fils, et le solide aréopage des amis de Françoise, on ne nous demandait pas grand-chose sinon témoigner, expliquer par quel miracle nous étions arrivés ici, comment cette belle plante étique, éthique, exigeante, nous avait pris dans ses rets, comment nous nous étions laissé faire, et pourquoi nous étions heureux, combien nous nous sentions reconnaissants.

Il faisait chaud, un vent léger soufflait et c'était bien elle cette fois, discrète mais virevoltante. On me dit que, de notre petit groupe, je suis le dernier à l'avoir vue ; je crois surtout qu'elle est la première à m'avoir vu, moi, sans arme et avide, curieux de rater encore et toujours car oui, la littérature est un échec dont il faut se relever sans cesse et j'imagine que c'est amusant de nous voir remonter chaque fois en selle, je veux même croire que c'est là le secret de son sourire perpétuel.

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Publié le 25 Mars 2015 par F/.

Le lecteur assidu de ce blog à périodicité variable aura remarqué que la musique s'y fait rare ces derniers temps. Nul top de fin d'année (je vous aurais parlé du Eeh Ze de Kasabian, vous m'auriez jeté des pierres, j'aurais renchéri avec le Queen de Parfum Genius, et puis quoi ?), guère de chroniques d'albums - à vrai dire, mes goûts me portent plus vers des vieilleries 60's & 70's, dernièrement, le fait est que je ne me suis toujours par remis du Forge you own chains de D.R. Hooker - et puis est arrivé, un peu de nulle part, ce deuxième LP de Mini Mansions et là, paf, arrêt sur image. L'album parfait, c'est celui où toutes les chansons sont parfaites (Revoler des Beatles). L'album de la décennie, c'est le même avec une chanson dispensables (Doolittle des Pixies ou OK Computer de Radiohead). Le grand album, c'est celui-ci avec deux ou trois titres hum-bof : Arcade Fire sort régulièrement de grands albums. Et Mini Mansions tient là son premier bijou ciselé. Pardonnez le ton péremptoire de cette chronique, je ne suis plus habitué à argumenter et d'ailleurs, je commence à penser que c'est un peu vain, s'agissant de musique, s'agissant d'un poison censé gagner votre cœur, attendu que ma seule compétence en la matière est la réceptivité émotionnelle, et que mon critère principal ressemble à quelque chose du genre : si tu écoutes ça au casque, est-ce que le monde autour de toi devient plus beau, plus vaste - est-ce que tu le vois enfin tel qu'il est ? Le bassiste et chanteur de Mini Mansions n'est autre que Michael Shuman, bassiste de Queens of the stone age, groupe que je tiens en très haute estime. The Great Pretenders de Mini Mansions est beaucoup plus pop que les disques de QOTSA, mais j'aime l'idée qu'il vient du désert, du cabaret, d'un cerveau en partie bouffé au sable, aux lézards et au peep-show. On y trouve Alex Turner et Brian Wilson (oui : Brian Wilson) en guest, et ça devrait vous suffire à vous faire une idée de la dualité nécessairement étrange qui habite ce disque : d'un côté l'abrasif, le teigneux, le crooner revenu de Mars, de l'autre la voix des anges, le cerveau grillé du génial Wilson soumis à l'étude. Le tout saupoudré de synthés 80's comme des nappes de plastique fondu. Le tout suivant des circonvolutions mélodiques évidemment hors du commun. Album de l'année en cours, et vidéo ad hoc, lubrique et mortelle avec Turner en vieux mafieux, comme si Kubrick ne savait plus qu'il était mort et venait de trouver un dollar par terre.

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et ?

Publié le 23 Mars 2015 par F/.

et ?

Ceux qui ont voté FN n'ont aucune excuse. L'UMP c'est des fachos. Les Ecolos c'est juste lamentable. C'est à cause des dissensions à gauche. Je suis tellement déçu par le PS. "Ni, ni" ça revient à dire qu'on est pour. S'abstenir, c'est donner sa voix à l'extrême droite. Le PC, ah bon, ça existe encore ? Je ne vote pas "pour", je vote "contre". Je sais bien, mais est-ce qu'on a le choix ? La démocratie ça marchait parce qu'il y avait des esclaves. Je retournerai aux urnes quand ils seront moins cons. Dans extrême-gauche il y a extrême. Sérieusement, je me pose la question. Il faut entendre ce que disent les électeurs de Marine. C'est pas juste un droit c'est un devoir. Vous verrez quand ce sera vraiment l'extrême-droite au pouvoir. Le centrisme de toute façon c'est la droite. Bonjour les laquais de Solférino. Ah bon parce que Valls c'est mieux que Juppé ? Moi en tout cas je ne me ferai plus avoir. Je ne peux pas croire que tu ne sois pas allé voter. C'est facile quand on habite à Paris. Des gens sont morts pour obtenir ça. L'abstention au moins ça leur faire peur. Continue à te faire avoir. Si le FN passe advienne que pourra. Les mecs ils te voient voter ils se marrent. T'es de gauche et tu as Macron aux manettes. Je me suis fait avoir une fois, pas deux. Ce n'est pas ma faute si les gens sont cons. Le PS est un moindre mal. Il faut une 6e république, point. Marine Sarko au second tour moi je vais à la pêche. On aurait besoin d'une royauté. Et on critique les États-Unis. T'es sérieuse ? On n'a pas les mêmes chiffres. Les politiques ne contrôlent plus rien : c'est le CAC40 qui le pouvoir. A part légaliser le mariage gay et repousser l'âge de la retraite ils n'ont rien fait. Parce que Poutine, toi, ça te va ? La Terre va crever quoi qu'il arrive. J'en ai assez d'avoir mal au cul. Si déjà on comptabilisait les votes blancs ? Leur programme est sur leur site. Faut pas exagérer quand même. Syriza on en reparle dans 3 ans. N'empêche que tu as fait des gosses. La vérité c'est que je n'ai pas le temps de m'y intéresser. Je suis Charlie ça aura duré quatre jours. Advienne que pourra.

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au programme

Publié le 16 Mars 2015 par F/.

au programme

Le contrat d'adaptation de La Brigade chimérique au cinéma a été signé ; celui de notre intronisation, à Serge Lehman et à moi, comme scénaristes, devrait l'être dans les jours qui viennent - nous allons nous mettre au boulot.

L'Atlas de la France merveilleuse sort en mai chez Autrement. C'est un bouquin assez rigolo divisé en 5 parties et 40 petits chapitres qui parle d'extra-terrestres, de fantômes, de monstres, d'illuminés et de trésors. Je vous en dirai plus bientôt.

Peu de temps après, avant les grandes vacances : L'Anti-guide de la 6e, chez Play Bac. Comme son nom le suggère, c'est un guide sans en être un - disons que nous avons essayé de construire un objet instructif mais marrant, explicatif mais pas moralisateur.

En septembre : Le pays qui te ressemble, chez Albin Michel. Un roman jeunesse qui parle de deuil, d'aventures et d'une chienne idiote.

Jenny, qui devait paraître au même moment, est repoussé. Probablement à début 2016 - on en saura plus dans les jours à venir.

Janvier 2016 : En attendant l'hiver, un roman chez Actes Sud (peut-être que le titre changera)(il sera notamment question de Kafka).

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they came from outer space

Publié le 14 Mars 2015 par F/.

they came from outer space

Vous les connaissez forcément : les invaders, ces petits envahisseurs pixelisés qui fleurissent au coin de nos rues, ponts & avenues dans les endroits les plus inaccessibles. Invader, leur quasi anonyme papa français, officie depuis plus de vingt ans dans l'illégalité la plus complète mais avec le soutien moral, on l'imagine, de nombreux artistes contemporains. Son premier petit monstre, fossilisé sur un mur près de Bastille, a aujourd'hui été recouvert d'enduit, mais son cœur bat encore en secret, on en est sûr. L'armée de ses frères, disséminée dans le monde entier, est forte à ce jour d'environ 3000 membres. On peut en trouver à Hong Kong, à New York, à Barcelone, à Perth et à Paris, bien sûr, ainsi que dans une quarantaine d'autres villes françaises. Mon préféré - et sans doute le plus mythique : celui du "D" de Hollywood, représenté ci-dessus (n'hésitez pas à grossir l'image). Autre curiosité, le plan d'attaque de Montpellier qui fait apparaître, sur la carte, une sorte de space invader géant évoquant assez irrésistiblement les pérégrinations de Stillman dans La Cité de verre de Paul Auster, en vérité. Plus de détails (cartes, photos) sur le site du bonhomme.

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ça change tout

Publié le 13 Mars 2015 par F/.

ça change tout

En trois pavés massifs - No Logo, La Stratégie du choc et Tout peut changer, Naomi Klein qui, en 2001, comptait un certain Thom Yorke parmi ses admirateurs - est passée de la critique d'une culture à celle, radicale et féroce, d'un système : le capitalisme. Tout simplement, et comme le rappelle la 4e de couverture de ce livre bleu comme un ciel d'antan, "notre modèle économique est en guerre contre la vie sur Terre". J'en vois certains sourire, hausser les épaules, s'agacer. La démonstration est pourtant difficilement réfutable : le capitalisme, qui encourage une consommation croissante et continue comme si demain n'existait pas, qui considère l'environnement comme une contrainte devant être écartée, affirme la prédominance de l'humain sur toute chose. La Terre n'est pas d'accord ? Nous dompterons la Terre, et tant pis pour l'Arctique, tant pis pour le dauphin du Yang-Tsé et ses frères, tant pis pour les pauvres, tant pis pour nos enfants, si nous sommes assez débiles pour en faire.

Pendant que nous continuons à nous laisser endormir par des promesses jamais tenues, tandis que nous humons l'âcre parfum de catastrophes encore lointaines, alors qu'un vague et tenace sentiment d'impuissance nous berce (Benasayag le rappelait avec justesse : le contraire du capitalisme, c'est la joie), d'immenses conglomérats internationaux injectent des sommes délirantes dans l'élaboration et la promulgation d'un discours anti-environnementaliste visant à faire passer les écologistes au mieux pour de doux rêveurs, au pire pour de dangereux fascistes inféodés à Gaïa. Or, et contrairement à ce que certains voudraient nous faire croire, le modèle unique ne l'est pas, une solution est à portée de mains. Le problème, et les conglomérats l'ont bien compris, c'est qu'elle passe par une refonte complète du système, par la disparition de pans entiers de notre économie, par un reformatage hardi et radical de valeurs auxquels nous restons tous, à un degré ou à un autre, absurdement attachés.

Soyons honnête : la lecture des premiers longs chapitres de Tout peut changer s'avère remarquablement déprimante. L'hydre capitaliste est un monstre de science-fiction, invisible parfois, protéiforme par nature, remarquablement enjôleur. D'une certaine façon, il a déjà gagné une bataille (il suffit pour s'en convaincre - c'est un exemple, il en existe mille autres - d'observer année après année la fonte progressive du glacier du Mont-Blanc) et la guerre, si guerre il y a, entraînera de nombreux sacrifices matériels et idéologiques. Mais que se passera-t-il si nous ne sautons pas du train en marche ? Vers quel genre de muraille conceptuelle nous précipitons-nous à allure croissante, sous les vivats d'une foule en état d'hypnose avancée ? Cela, l'hydre s'abstient bien sûr de le préciser. Le futur, par définition, n'existe pas - n'existera jamais. Le futur n'est qu'une extension d'un présent idéal où les riches sont riches, surfent sur les dunes et vous emmerdent quand ils trouvent le temps. Et pourtant. Sur le site consacré à son livre, Naomi Klein ne se contente pas de collecter les éloges un peu affolés de ses coreligionnaires. Elle répertorie des solutions et des initiatives concrètes, déjà ébauchées à grands traits dans l'ouvrage.

Il est très difficile, dans un monde indexant le bonheur au profit comme si c'était là une chose parfaitement naturelle, de trouver le temps de se pencher sur les questions fondamentales posées par Naomi Klein. Un certain président nous l'a rappelé : plus vous bosserez, mieux ça se passera pour vous, vous, vous - et qu'est-ce qui pourrait compter d'autre ? Courez, travaillez, faites les soldes quand c'est les soldes ("Concerned (but powerless) / An empowered and informed member of society (pragmatism not idealism) / Will not cry in public") et arrêtez de vous poser des questions dont les réponses ne vous feront aucun bien. Dormez sous les tempêtes. Tenez-vous loin des côtes. Fabriquez-vous un abri.

"L'histoire a frappé à ta porte. Lui as-tu répondu ?" Tout peut changer est un ouvrage salvateur, un thriller existentiel dont vous êtes à la fois le tueur et la victime. Il me laisse désemparé, plein d'espoir, furieux contre le monde et contre moi-même, il me pousse aussi - et heureusement - à accomplir des choses dont je ne vous parlerai pas. En attendant, je vais faire mon possible pour interviewer Naomi Klein d'ici la fin du mois. To be continued.

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mc

Publié le 13 Mars 2015 par F/.

mc

C'est toujours un telle joie d'aller là-bas. De parler avec elle. Je ne m'en remets pas. D'abord, ce plaisir du rituel. Parce que d'abord je dois l'attendre. Même si elle est à l'heure, elle est en retard. Et c'est bon de patienter, de répéter ces choses. Un chat noir somnole sur le fauteuil réservé aux visiteurs. Le porte-bonheur de la maison, le félin le plus heureux du monde. Si on essayait de le faire déguerpir tout l'édifice tremblerait sur ses bases, alors surtout pas. J'examine les livres dans la vitrine. Des livres sur les jardins. Des livres sur des meurtres, sur des gens qui ne savent pas qui ils sont : on a fait le tour de la question mais on va faire le tour encore. Et tiens, la voici qui arrive, par le jardin, clac-clac. Volubile, précédée d'un rire et de gestes amples. Un soleil, me dis-je, et qui lit des histoires et parfois ce sont les tiennes. Elle est drôle : très. Si énergique. A l'ancienne et moderne. J'aime quand l'humilité tire l'intelligence par la main pour la faire monter sur les toits ; on voit loin. Un roman, ce n'est rien du tout et c'est pour ça que c'est si important. Ta vie concentrée dans ce rien. Elle rit de plus belle. La cigarette est partout. Son odeur, sa fausse rudesse. Elle a vécu, et ça se sent, ne pose pas de questions. Au mur, un portrait de DeLillo. Elle donne envie d'être rusé, de deviner, de tenter des choses. Elle descend dans ton livre et elle observe, amusée. Ici il faudrait mettre un coup de peinture. Et c'est quoi, ce cagibi ? Tu as des trucs à cacher ? Nous parlons théâtre. De ces moments où les personnages se souviennent qu'ils sont des personnages et commencent à se comporter comme tels. Les idiots. Et moi, l'idiot en chef. C'est la vie longue d'un roman. Mon merveilleux problème. Surtout, ne faites pas attention. Tiens, dit-elle en me tendant un livre. Celui-ci, lis-le.
D'accord.

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faut bien

Publié le 13 Mars 2015 par F/.

faut bien

Te souviens-tu de ton enfance ? Peut-être devrions-nous commencer à vivre pour nous-mêmes, me dit-elle. Non comme si le projecteur du monde était braqué sur notre face ravie d'hébétude mais comme si nous faisions partie d'un ensemble plus vaste qui ne requerrait de nous aucune pensée aiguë, aucun mouvement d'humeur spectaculaire. Le monde se fout de tes opinions politiques, de ta gentillesse, de ta cruauté navrée ; le monde se branle de ta tristesse soi-disant insondable, et tes selfies ne le font pas rire. Appelle au meurtre et, avec un peu de chance, tu le verras bâiller. Qu'espères-tu donc ? Que quelque chose t'attend ? Que l'espace est tout ouïe ? S'il te plaît : quand tu songes à l'effet papillon, souviens-toi qu'une simple tornade à l'autre bout du monde peut déclencher ici le plus merveilleux, le plus destructeur des battement d'ailes.

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