Miraculeusement, et en longeant la côte, l'attelage brinquebalant parvient à quitter la ville. La nuit est glacée. Batsheva et les enfants sont emmitouflés dans d'épais manteaux et portent des bonnets de fourrure. Là-bas, au-dessus des toits, des détonations se répondent en saccades. La nuit est en sang, et des volutes s'en échappent, des rêves noircis, des souvenirs morts-nés. Isaac serre fermement les rênes. Le regard éteint, il essuie machinalement les larmes qui glissent sur ses joues.
Derrière, sa femme tient ses deux enfants blottis contre elle. Epuisée par la peur et la faim, Leah s'est endormie. David, lui, se retourne et s'agrippe pour contempler une dernière fois les lueurs pâles d'Odessa. Il a dix ans, et tout ce qu'on lui a permis d'emporter est son précieux journal.