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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

Publié le 19 Juillet 2014 par F/.

Tue-moi tue-moi ne me laisse pas crever de rien ne me laisse pas mourir sans que personne ne me touche par simple flocalisation ne me laisse pas finir à cause de rien je ne suis pas rien je mérite que tu me tues que tu me poignardes dans le dos que tu m’étrangles que tu m’assassines mais pas de mourir comme ça avec rien dans le dos avec rien en plus avec rien qui m’arrête dans mon élan et ma force je ne veux pas m’arrêter pour rien tue-moi je veux que tu me tues que tu m’assassines je n’ai aucun pouvoir sur ma mort je ne veux pas mourir par mourrissement je suis de la valeur à tuer je suis un élan qui ne s’arrête pas qui ne s’arrêtera pas si tu ne me tues pas dans mon élan mon combat est digne d’un assassinat je suis un combattant tue-moi que je puisse me défendre et te regarder dans les yeux te voir toi le garçon qui va avoir le dessus je me défendrai je perdrai je serai tué par toi qui vas me tuer pour ta raison parce que je suis un vaillant combattant dans son élan en trop [...]

Caisses, Christophe Tarkos, P.O.L.

 

Les martyrs ne sous-estiment pas le corps, ils le font élever sur la croix, en cela ils sont d'accord avec leurs adversaires.

Les aphorismes de Zürau, Franz Kafka, Gallimard.

 

 

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vers chez les morts : du nouveau

Publié le 16 Juillet 2014 par F/.

vers chez les morts : du nouveau

Petit point-route pour ceux que le sujet concerne : 1) Le projet ne s'appellera pas comme ça, rassurez-vous. 2) Le projet a a priori trouvé son éditeur - je révèlerai son nom quand j'aurai le contrat en mains, mais c'est un éditeur chez lequel j'ai déjà publié et en qui j'ai toute confiance. 3) Je contacterai bientôt tous les participants pour discuter avec eux, précisément, des modalités, avant de revenir vers eux pour des questions plus éditoriales, au cas par cas. En gros : je serai le seul à être payé (avance sur droits / mais il n'y aura pas de droits d'auteur pour moi, tout l'excédent sera reversé à une association qui reste à trouver - si certains d'entre vous ont des idées à ce sujet, d'ailleurs, ils peuvent se manifester dès maintenant ; nous pensons qu'il serait très intéressant de mettre en place un partenariat, logo contre pré-achats, par exemple), mais vous recevrez des exemplaires, évidemment, ainsi que des lettres-accord attestant votre participation à l'entreprise. Ceux que le principe dérange (no hard feelings) sont invités à se manifester dès maintenant afin que nous ne perdions pas de temps en échanges superflus. 4) Sur la question de l'anonymat : chacun fera comme il l'entend, je pense, vrai nom ou pseudonyme, mais je continue à plancher sur le sujet.

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sous la peau, au-dessus du reste

Publié le 8 Juillet 2014 par F/.

sous la peau, au-dessus du reste

Under the skin - Jonathan Glazer le répète en interview - est un film qui fonctionne comme un corps. Une transe lente et éminemment sensorielle qui s'adresse à l'inconscient par secousses électriques. Pas étonnant que certains spectateurs ne l'aient pas aimé. Ce n'est pas un film qui est fait pour être aimé (et il faut rendre hommage au courage de son réalisateur, qui ne recule jamais devant son projet), mais pour être vécu, et de préférence pas très bien. J'ai mal dormi cette nuit. Et j'ai aimé mal dormir. Ces images, cette plongée dans la nuit, c'était une chose merveilleuse et inouïe.

La peau est la barrière entre l'être et le réel. Scarlett Johansson (et quelle meilleure actrice pour incarner une extra-terrestre, une étrangère au monde, que cette femme que nous ne connaissons pas, ne comprenons pas, et qui ne nous comprend pas non plus ?) déambule dans un Glasgow hyper-réaliste peuplé de laideur et de pluie : "chez nous". Les scènes d'extérieur, où on la voit fendre la foule comme un rêve balloté par le sommeil, ont été tournées en caméras one-cam, qui la rendent invisible - parmi les aveugles. Scarlett, pâle, pulpeuse, paumée - une sorte de Béatrice Dalle grande époque / Blanche-Neige perdue dans la forêt des hommes - est là pour faire l'expérience du désir tandis qu'un double muet et phallique sillonne le pays à moto pour effacer ses traces. Scarlett jette son dévolu sur des hommes choisis au hasard, ceux qui veulent bien. Elle les attire dans l'ombre, puis dans le noir total. Ils la regardent. Et ils s'enfoncent. "I am dreaming", répète l'un d'eux, un monstre voyant, le seul assez lucide pour savoir que cette transe-là n'est plus l'affaire du monde extérieur. Oh, cette lente, sublime noyade. Cette désintégration - ce qui reste de nous lorsque nous nous soumettons au désir de l'autre.

Under the skin est traversée de fulgurances d'une beauté renversante et de scènes à la limite du soutenable. C'est un film qui questionne comme on arrache la peau pour voir palpiter le cœur. Jusqu'où ? Jusqu'où sommes-nous prêts à aller ? Et qu'est-ce qui nous retient, surtout ? Celle qui vient d'ailleurs ne connaît ni l'empathie, ni l'amour, ni le regret. Un peu la peur, sans doute. Le réflexe de se protéger du feu qu'on a soi-même allumé, jusqu'à ce que cela ne soit plus possible, jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Mais ce qui l'intéresse avant tout, c'est le contact. Le sublime brûlant de cette seconde, de cette respiration.

La suite du processus ne résiste pas à la dégradation. La satisfaction. La concrétisation : le mal incompressible. Dans son rapport parfait à la femme, l'homme en désir n'est qu'un noyé, un aveugle, un pantin qui agite les bras et pour finir se dissout. Mais la plupart des hommes, nous le savons, se défendent, et restent hommes à cause de cela. Désespérés mais en vie.

Les vrais cinéphiles, dont je ne suis pas, vous expliqueront à quel point et dans quelle mesure Under the skin questionne la grammaire même du médium. Et, en effet, on a parfois la sensation de voir le premier film du monde, ou le premier film d'un autre monde. Ce goût de l'ailleurs et du jamais-vu érigé en principe tient le spectateur dans un état de veille permanent alors qu'il devrait en toute logique sombrer : la mise en scène devient un garde-fou.

Expérience sensorielle et intime, rêverie étouffante, pourvoyeuse d'états-limites intensément hypnagogiques, Under the skin est un joyau unique qui place son réalisateur dans un repli de dimension inconnu, quelque part entre Kubrick et Viola. Que vous le vouliez ou non, c'est un film qui inocule, qui dépose des secrets au creux de votre âme, et cette violence ressemble à la marque des chefs-d’œuvre.

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