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(please follow) the golden path

Llittérature, films, séries, musique, etc.

cette guerre à nous-même

Publié le 31 Août 2011 par F/.

Tous les deux ans environ, je fais ce rêve : je suis quelque part, peu importe où, je tourne lentement la tête et, à l’horizon quelque chose se rapproche – un mur de feu titanesque qui déferle, une vague semblable à l’onde de choc d’une bombe nucléaire que je n’aurais pas vu tomber. Je sais, avec une absolue certitude, que le monde va cesser d’exister. Je sais aussi que ça ne durera qu’un instant. L’imminence du désastre s’accompagne d’un grondement de plus en plus intense. Longtemps, et pour une raison assez puérile, il m’a semblé que le rêve et le grondement s’évanouiraient lorsque quelqu’un mourrait dans mon entourage, comme une tension qui se relâche. Je sais maintenant que ce n’est pas le cas. Que ce qui doit arriver me concerne au premier chef. Melancholia parle, il me semble, de la façon de vivre avec ce grondement, de la façon d’attendre en permanence, de ce que nous savons, de ce que nous choisissons de croire. C’est une sorte de pendant nihiliste, universel, au Tree of life de Malick et ses images, sa musique (ici, Wagner) sont pareillement sublimes. C’est un film qui m’a touché au plus profond, un film que j’avais l’impression de connaître par cœur à mesure que la conclusion approchait.

 

http://culturevisuelle.org/luciddreams/files/2011/08/melancholia.jpg

 

Deux femmes, deux sœurs (il faut saluer ici l’exceptionnelle prestation de Kirsten Dunst et Charlotte Gainsbourg, et des actrices et acteurs en général) attendent l’inéluctable – une planète dans le ciel, belle et vaste comme la mort. L’une est sombre, l’autre tente d’être lumineuse. L’une ne sait pas vivre, l’autre doit apprendre à mourir. Cette planète, cette ombre, cette fin, c’est la fin que nous portons en nous, “we are accidents waiting to happen”, à tel point qu’il est permis de se demander si ce n’est pas de nous que naît la fin, si nous ne sommes pas le cocon de notre propre mort : la dépression ne serait alors qu’une extra-lucidité, une façon de regarder le mur de feu sans jamais baisser les yeux. L’art, semble nous dire Lars Von Trier en composant, comme les maîtres anciens, des tableaux d’une tragique splendeur, n’est qu’une expression de cette lucidité, une façon de vivre, en somme, en sachant que tout va finir.  « Tout le monde a peur » rappelle la très sombre Charlotte Rampling à sa fille. « Et maintenant, fous le camp d’ici. »

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here lies

Publié le 23 Août 2011 par F/.

Je n'y peux rien : je garde une tendresse particulière pour Hard-Fi, combo de lads pouilleux comme seule l'Angleterre sait en produire et que j'avais découvert en concert il y a quelques années par l'entremise d'un copain producteur. Le troisième album, Killer sounds (si), est tout ce qu'il doit être : dansant, gouailleur et somptueusement vulgaire. Comme le résume un commentateur sur youtube, "If Depeche Mode got into a car accident with the Killers it would come out the other side sounding like this". Il paraît que les lyrics sont nuls. Ah bon, il y a des lyrics ?

 

 


 

Dans un tout autre genre, le Repas de morts de Dimitri Bortnikov semble bien à la hauteur de son buzz : monceau d'élégies crasseuses, hymne mortifère au souvenir - 188 pages aussi vitales que des braises sur la neige.

 


 

DSK blanchi, trop cool : si vous avez l'intention d'imposer votre conception virile de l'amour courtois à une jeune inconnue, faites-le aux Etats-Unis et choisissez de préférence une mytho.

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abondance ne nuit pas

Publié le 21 Août 2011 par F/.

Après cet été particulièrement lol, c'est le temps des feuilles mortes : la rentrée littéraire. Dans le supplément Livres du Monde, les chroniqueurs du moment s'appellent Nothomb ou Weitzmann. L'éreintage par ce dernier du Freedom de Franzen donne furieusement envie de lire le bouquin : c'est au moins un changement. J'ai lu, quant à moi, les deux premiers tomes du 1Q84 de Murakami, qui devrait en toute logique squatter le top des ventes automnales => chronique bientôt sur fluctuat, avec celle du James Frey et du David Vann. D'autres plaisirs ? Une nouvelle de mon David C. national, qu'on peut parcourir (et acheter, pas cher, et avec le reste de la revue) ici. Le bougre sort un nouveau roman chez La Volte dans quelques semaines ; Elliot du néant sera son titre. Abolition programmée du sens critique en ce qui me concerne : les écrits de ce garçon éveillent en moi un genre de nostalgie rétroactive proprement irrésistible. Chez le même fournisseur (Angle Mort), la nouvelle de Jean-Claude Dunyach publiée dans le n°4, Dieu vu de l'intérieur, est une pépite métaphysique ahurissante qui nous console de bien des avanies récentes (liste disponible sur demande).

 


 

Penché sur la version 3 ou 4 de Cut, je ne sais plus très bien. Les suggestions de mes chères relectrices et de mes chers relecteurs ont été attentivement étudiées, soupesées, et une dernière phase de réécriture est en cours. Merci encore à toutes et tous. La sortie est toujours prévue pour février - soit après-demain en temps littéraire.

 


 

Ce que j'ai retenu de ces vacances (mais qu'en réalité je savais déjà) : la vache Abondance, qui pullule en Haute-Savoie, plaide en faveur de l'existence de Dieu, ou à tout le moins d'un Dessein intelligent. Cet être d'une douceur et d'une placidité exquises, qui tutoie allègrement les 650 kilos, passe son temps à bouffer et produit en moyenne 5800 litres de lait par an. L'autre jour, à Saint-Nicolas de Véroce, je me suis allongé dans l'herbe près du chalet, muni d'un bouquin sur le rock signé Benoît Sabatier et des épreuves d'un roman de fantasy française dont je ne dirai rien. Les vaches se trouvaient à trois mètres. Je les entendais brouter, soupirer, profiter de la vie... et je me suis endormi, bercé par la très bienveillante rumeur. Quiconque ne reste pas pantois devant le regard amorphe d'une vache Abondance, quiconque ne ressent pas l'envie de caresser dans l'instant son doux pelage pie rouge acajou, abrite certainement l'âme d'un serial-killer. Allez, une citation de Kundera pour la route, soufflée par un ami qui se trouvait là-bas avec moi et qui aime les vaches lui aussi (comme David Lynch) : "La vraie bonté de l'homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. Le véritable test moral de l'humanité (le plus radical, qui se situe à un niveau si profond qu'il échappe à notre regard), ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. Et c'est ici que s'est produite la faillite fondamentale de l'homme, si fondamentale que toutes les autres en découlent..." Tout ça pour dire, à présent qu'il pleut sur Paris et que j'écoute de nouveau la radio et que je lis de nouveau les journaux, cédant ainsi à une autre rumeur, tristement impérieuse et pénible, celle-ci, que j'échangerais bien l'oeuvre complète de Foenkinos contre une journée de plus parmi les vaches. C'était ma minute Brigitte Bardot.

 

http://www.lavache.com/vamonde/images/france/abondanc/abondance.jpeg

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pourtant

Publié le 8 Août 2011 par F/.

Dans mes chères Alpes avec les amis. Marche, lecture, saucisson, soirées folles. J'ai décidé, en accord avec mon père, de ne pas me rendre aux funérailles de ma grand-mère : trop compliqué, besoin de repos, d'autres idées pour les vivants, et puis j'ai le sentiment d'avoir fait mes adieux déjà et je veux rester sur ce moment-là, cette émotion, ce bonheur authentique. Mercredi à l'heure dite, j'irai m'asseoir dans l'église de Saint-Nicolas de Véroce, le paradis sur Terre, et je ferai ce qui doit être fait, voilà.

Hier, j'ai écrit un mot qui sera lu lors de la cérémonie. Je ne le reproduirai pas ici. C'est un petit texte très simple, une sorte de remerciement. Ma grand-mère a veillé sur moi ; à moi de devenir le réceptacle, à présent, le creuset de sa vie, sa mémoire en action.

 


Fini de lire le premier tome de 1Q84. Toujours aussi étonnant, foutrement bizarre, très lent par endroit, d'une lenteur japonaise sans doute, qui recèle des secrets, et trouée de purs instants de bizarrerie. La fin est très belle. J'entame le deuxième livre, et je vous en parlerai quand je l'aurai terminé, bien sûr.

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onwards

Publié le 6 Août 2011 par F/.

On l'aura compris : ce blog, à l'image de son auteur, entre en hibernation douce. Deux morts dans la famille et un drame chez des copains, tout ça en moins de deux semaines - les vacances arrivent cette année à point nommé. Les projets pour 2011/2012 ? Nombreux, parfois retors, choisis avec soin. Mes retrouvailles avec France Culture se confirment, par ailleurs, et nous continuons d'avancer sur le dossier cinéma. Je vous en dirai plus quand les choses deviendront officielles.

 


 

J'ai lu l'autre jour un article d'un type qui prédisait la mort à court terme du livre papier (bâillement). Y était déplorée, notamment, l'absence de fonction "rechercher" sur les ouvrages en dur. Voilà certes une conception intéressante de la littérature. Rechercher quoi ? La grâce ? Bon, je ne souhaite pas à ce type de se retrouver sur une île déserte avec une liseuse pour seule amie, mais c'est vrai que ça lui laisserait le temps de réfléchir de façon un peu plus approfondie au problème. Ou d'écrire son propre livre sur sable.

 


 

A propos de mes derniers posts : merci à tous ceux qui ont pris le temps de réagir, ici ou en privé. Tel que je l'avais initiallement pensé, cet espace était plutôt dévolu au partage culturel ou aux anecdotes primesautières. On dirait bien que j'ai débordé un peu, par moments - allez savoir pourquoi.

 

http://www.locasun.co.uk/img_ville/ete_saint%20gervais%20les%20bains0.jpg

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g-m

Publié le 2 Août 2011 par F/.

D'accord, elle a beaucoup maigri et, à force de dire qu'elle décline, ça devait finir par arriver. Donc, oui : elle a déjà été mieux, beaucoup mieux. D'un autre côté, elle vient de fêter ses 95 ans, et la vie n'a pas toujours été simple. Par exemple, peut-on guérir d'un cancer du sein dans les années 60 ? La réponse est oui.

Ses cheveux : épars, blancs comme une neige très ancienne. Il lui reste une dent, une dent unique. Il n'y a plus la place de mettre un dentier, et ça ne servirait pas à grand-chose. "Mais je peux encore mordre", affirme-t-elle. Tu m'étonnes.

Elle passe ses journées au lit, et c'est ainsi que nous la trouvons. Au début, j'ai un peu peur. Je me dis "elle ne va pas me reconnaître." Je me dis "elle va me reconnaître moi, mais pas Katia, et certainement pas Alice." Je la sous-estime gravement. C'est juste que nous la réveillons. Juste que nous n'avons pas jugé utile de la prévenir. Les émotions, tout ça.

La voici qui émerge doucement. C'est comme un enfant qui s'éveille à la conscience, s'extirpe du Grand Tout et devient quelqu'un de très important et de très complet, en accéléré. Je m'installe sur son lit. M'allonge presque. Nous avons toujours eu une relation très charnelle, elle et moi. Je l'embrasse : sur le front, dans le cou. Elle ne sent pas la vieille personne. Elle ne sent pas le parfum. C'est juste elle - une jeune fille malicieuse.

Il paraît qu'elle faisait déjà chier le monde à 5 ans, en 1921, donc. Je veux bien le croire. Il paraît qu'elle racontait des blagues. Elle en raconte encore. Et des morceaux de sa vie, aussi. Des histoires de fantômes, de tête coupée, de sectes étranges, des histoires de vieilles voitures et de chiens perdus. On en apprend tous les jours, pour de bon. Aujourd'hui : la fois où s'elle faite draguer par un Allemand sur une piste de ski pendant la guerre.  Quelle guerre ? "Che fais fous ramener afec moi." Elle se marre. Et quand elle était infirmière, pendant la Guerre d'Espagne. Cet homme qu'elle a revu soixante ans plus tard.

C'est une personne qui s'est mise à l'italien à 75 ans. C'est une femme qu'un homme a demandé en mariage le 2 septembre 1939. C'est une dame qui préparait les plats les plus simples (une salade, des pommes de terre sautées) comme personne au monde.

Elle regarde ma fille. "C'est Alice", se croit obligée de préciser ma tante, dont les yeux brillent un peu trop. "Je le sais bien", répond Marie-Louise. On lui raconte la colonie de vacances, les copines, la boum. Elle opine. "J'ai envie de dire une connerie". Allons bon. "Oui mais c'est vraiment une connerie." Je me rapproche. "Allez, vas-y. Depuis quand ça t'arrête ?" Elle m'attrape par le bras. "Ta fille. Elle est pas enceinte, au moins ?"

Quand j'avais six ans, cette femme m'emmenait chercher des escargots dans le jardin. Quand j'avais dix-sept ans, cette femme veillait son mari mourant, et je revisais le bac dans une mansarde frappée de pluie, et je me sentais seul et béni. Elle a toujours fait partie de ma vie.

"Tu n'as pas mal ?" Elle dit que non. "Tu dors toute la journée, en fait." Elle dit que non. "Tu ne t'emmerdes pas un peu ?" Elle secoue la tête. "Mais alors, qu'est-ce que tu fous ?" Elle cligne des yeux. Tous ces mondes en elle.

Penser qu'elle puisse partir bientôt me déchire, mais je suis très heureux d'avoir pu m'allonger un peu auprès d'elle, la humer, lui parler, la toucher, et je sais que les histoires vont rester, la sienne avant toutes les autres. Quand je lui dis au-revoir, elle me serre encore. "Je t'aime", dit-elle, de sa petite voix éraillée. Je lui dis que moi aussi. Elle serre un peu plus fort. "Je t'aime profondément."

Moi aussi, mamie.

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